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CHEZ L'AUTEUR, RUE DE BUFFON, 99
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PRÉFACE.
La Société impériale et centrale d’Horticulture du département de la Seine,
persuadée, d’une part, que la culture des plantes ornementales, quant à ce qui
concerne les variétés qu’on emploie, manque de guide, que, sous ce rapport, tout,
pour ainsi dire, est livré au hasard, ct, d'une autre part, voulant remédier à cet
élat de choses, décida qu'un concours serait ouvert dans ce but, et que les can-
didats qui y prendraient part, devraient, sur son indication, traiter divers suj ets
qui se rattachent à cette question, et poser certaines règles propres à fixer les
principes et à faire reposer les procédés dont ils découlent sur des bases solides, à
la fois pratiques et théoriques.
Ayant pris part à ce concours, la brochure que nous publions aujourd'hui est
en partie la reproduction du Mémoire que nous avons adressé au secrétariat de la
Société au commencement de l'automne 4862. Nous disons qu'il est en partie le
même ; on verra plus loin pourquoi.
Le programme dressé par la Société impériale el centrale d'Horticulture, en
même temps qu'il indiquait les divers sujets que les candidats devaient traiter,
disait que le mémoire couronné serait, seul, reproduit dans les Annales de la So-
ciété; notre Mémoire n’ayant obtenu qu'un deuxième prix, il ne devait point
paraître. Néanmoins, à cause de certains faits nouveaux, inédits ou peu connus,
qu’il contient, nous avons cru qu'il pouvait rendre quelques services; c'est là ce
qui nous a engagé à le publier.
La commission chargée d’examiner notre travail a trouvé que, bien que rem-
fermant des faits intéressants, la division en était confuse, et que la rédaction
n'en était pas toujours irréprochable, surtout au point de vue de l'ordre et de la
netteté. D'une autre part, celte commission, par l'organe de son rapporteur,
nous fait le reproche : « de ne point conclure et de ne pas nous résumer. »
Ce reproche, selon nous, porte à faux, car pour conclure et nous résumer, 1l
aurait fallu nous répéter, et alors, tout en augmentant la confusion et le manque
d'ordre, la répétition n’aurait pu rétablir la netteté, qui, d’après le rapport, man-
quait à notre Mémoire.
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PRÉFACE.
Nous ne comprenons pas non plus cet autre reproche que la commission fait
à notre opuscule: d’être composé « de notes recueillies dans les Jardins et dans les
livres pendant plusieurs années … (1) » Sans contester ces faits, qui sufliraient
presque à faire notre éloge, nous trouvons néanmoins étrange l'observation, pres-
que le reproche qu’on nous adresse; car, puisqu'il s'agissait de choses-relatives ax
jardinage, où fallait-il aller chercher des exemples si ce n’est dans les jardins ?
Mais nous rejetons comme faux le reproche « d’avoir recueilli des notes dans les
livres », bien que, d’après l’esprit du programme, nous en eussions le droit. Nous
sommes d'autant plus surpris de ce reproche que le mémoire couronné est com-
posé en partie de citations puisées dans différents ouvrages, dont l'auteur s’est
servi pour tirer des conséquences et appuyer son dire.
Devons-nous ajouter que sur la médaille qu'on nous à décernée pour notre Mé-
moire On à fait graver le mot Hybridation, chose dont il n’était pas question .dans
le programme ct dont le apport n'a pas parlé? Ce fait pourra paraitre quelque
peu singulier; car, si la commission a trouvé que la partie du Mémoire qui
traite de l’hyÿbridation a une certaine valeur (ce que semble indiquer la légende
qui se trouve sur la médaille), comment se fait-il que le rapport n’en parle
pas?
Quoi qu'il en soit, nous admettons comme vrais et mérités les reproches
que la commission nous a adressés, et nous ajoutons que, selon nous, per-
sonne n'en sera surpris lorsqu'on saura que ce travail est entièrement de
notre rédaction, et que personne autre que nous n’y a mis la main. D'une
auire part aussi, nous devons dire que nous avons mieux aimé être long et
nous répéter, sauf à être lourd, que de rester incompris faute de détails
suffisants.
Toutefois, nous aimons à croire que la commission a bien jugé, et surtout
qu'elle à agi avec impartialité. Du reste, nous n'avons rien à voir à sa déci-
sion, ct la brochure que nous publions aujourd’hui, et qui n’est pas une pro-
testation confre cette décision, ne doit pas non plus être mise en concurrence
avec le Mémoire que là commission a couronné. |
En livrant cette brochure au public, nous le répétons, nous n’avons d'autre
but que de faire connaître certains faits ignorés ou peu connus, qui nous ont
paru dignes d'intérêt, tant au point de vue pratique qu’au point de vue scien-
tüfique.
En recopiant notre manuscrit, qui est déposé à la bibliothèque de la Société
impériale et centrale d'Horticulture, nous avons remarqué certaines répétitions
tellement saillantes et rapprochées l’une de l’autre qu’on n'aurait même pas dû en
tenir compt>; nous ne les avons pas reproduites. Du reste, ces répétitions n’alté-
raient ni ne changeaient en rien le sens des idées; peut-être les rendaient-elles un
peu moins claires, c’est tout.
1 « Pour exprimer toute notre pensée à cet égard, nous dirons que c’est peut-être moins un mémoire
qu'une réunion par chapitres, enchaînés pius où moins logiquement, de notes recueillies dans les jardins
et dans les livres pendant plusieurs années d’une existence consacrée à la pratique intelligente et raisonnée
de lhorticulture..… » Journal de la Société impériale et centrale d'Horticulture de la Seine, 1864,
page 228,
en
PRÉFACE. en.
Quelques passages, se rapportant à des faits que nous n’avions pu suffisam-
ment étudier, mais que néanmoins nous avions Cru devoir rapporter à cause de
l'intérêt qu’ils semblaient présenter, ont été supprimés comme ne nous paraissant
par offrir de garanties suffisantes; mais par contre, comme depuis que notre
Mémoire a été déposé jusqu'au jour où il a été examiné, il s’est passé presque
deux ans, nous avons pu faire de nouvelles observations que nous avons cru de-
voir ajouter, ainsi que des notes, lorsque cela nous a paru nécessaire.
D'une autre part encore, profitant de la critique faite par le rapporteur de la
commission d’éxamen qui dit : Que delongues notes ajoutées dans le texte viennent
encore contribuer à le rendre plus confus, nous avons rejeté ces notes à la fin
de l'ouvrage, où on les trouvera sous un numéro d'ordre correspondant à un
numéro semblable placé dans le texte. Enfin, pour mieux fixer les idées et faire res-
sorür certains faits de végétation qui, d’après nous, ont une grande importance,
nous avons jugé nécessaire de les accompagner de dessins, de manière à appuyer
notre dire et à donner au travail que nous publions, un double intérêt : de le ren-
dre à la fois utile à la science et à la pratique; en d’autres termes, de le faire par-
ler aux veux en même temps qu’à l'esprit.
_ Mai 1865.
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PRODUCTION ET FIXATION
DES VARIÉTÉS
DANS LES VÉGÉTAUX
En 1869, la Société impériale et cen-
Wale d'Horticulture de la Seine a proposé
€t mis au concours la question sui-
vante : Sa
« Exposer, en se basant soit sur des
< expériences nouvelles, soit sur des faits
« connus, mais bien établis, les circon-
€ stances qui déterminent la production
«et la fixation des variétés dans les
€ plantes d'ornement. »
Cette question est três-complexe ; pour
la bien comprendre et la traiter conve-
nablement, il faut d’abord la simplifier,
4 décomposer, pourrait-on dire, afin de
dégager les uns des autres tous les faits
Qui, bien qu’ils sy rattachent trés-étroi-
lement, n’en sont cependant que des
Corollaires qui peuvent être traités à
Part.
En effet, il est facile de reconnaître
u'on peut décomposer la question
Comme il suit :
1° Comment se forment les variétés?
° Peut-on en provoquer l'apparition?
39 Peut-on, lorsqu'elles sontproduites,
€ conserver, et alors comment?
ais comme dans la nature rien n’est
isolé, qu’au contraire tout s’enchaîne, et
Cela d'autant plus étroitement que la
Partie qu’on étudie est plus circonscrite,
Al s’ensuit que la question proposée tou-
La stabilité des formes, dans un groupe quelconque de
Végélaux, est en raison inverse du nombre d'espèces qu’il
contient, É
che à beaucoup d’autres, auxquelles
même elle est intimement liée. Aussi
les divisions que nous venons d’établir
sont-elles elles-mêmes tellement com-
plexes qu’on reconnait tout de suite que,
comme conséquences, elles nécessitent
de nouveaux développements qui em-
brassent plusieurs ordres de faits. Malgré
cela encore, en suivant cette voie, et
quelles que soient les divisions et sous-
divisions qu’on puisse établir, on con-
State que, en définitive, il n’y a là que
des effets divers d’une même cause.
Cette cause, c’est ce que, dans les scien-
ces naturelles, on est convenu d’appeler
une espèce; c’est donc par celle-ci qu’il
faut commencer. :
Or, qu'est-ce que l'espèce?
Dans son acception la plus rigou-
reuse, le mot espèce signifie type, c’est-
à-dire principe fondamental, origine;
d’où il résulte que, commeilne nous sera
jamais donné de connaître l’origine des
choses d’une manière absolue, l'espèce,
quelle qu’elle soit, ne peut être que re-
lative, et plus ou moins conventionnelle.
Mais comme en tout il faut partir d’un
principe, et que, à défaut de base ab-
solue, on est forcé, lorsqu'on traite un
sujet, de partir d’un point connu, qui
devient alors l’origine (relative, bien en-
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EE
6 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
tendu) du sujet qu’on traite, on a dù
aussi, afin de s'entendre sur la valeur
du mot espèce, fixer des bases à ce
terme, en donner une formule qui, en
matérialisant, pour ainsi dire, l’idée, la
rendit compréhensible tout en facilitant
son application.
Les diverses définitions qu’on a don-
nées de l'espèce, et qui, on peut le dire,
varient suivant leur auteur, suffiraient
déjà pour prouver que, comme nous
avons dit, l'espèce est quelque chose
d'indéfini, uné sorte de concept relatif.
Voici notre définition :
On nomme ESPÈCE un type complexe,
représenté par un ensemble de carac-
tères pouvant s'appliquer à un nombre
plus ou moins grand d'individus qu'ils
relient, en revêtant chacun d'eux d’un
cachet spécial qui lui donne un œr
de parenté, et qui permet alors de le
rapprocher de certains autres avec les-
quels il constitue un groupe particulier
qu'on nomme GENRE.
Les caractères auxquels nous venons
de faire allusion, qui s’appliquent à l’es-
pèce, et que pour cette raison on nomme
caractères spécifiques, sont permanents
et transmissibles par voie de génération;
ils peuvent se perpétuer tant que des
influences d’un ordre supérieurne vien-
nent pas ou les modifier plus ou moins
profondément, ou même les faire dis-
paraître, et par conséquent anéantir
l'espèce.
Mais, d'autre part, ce que nous venons
de dire de l’espèce,nous pouvons le dire
de presque tous les individus qu'elle
comprend; car, bien que ceux-ci pré-
sentent un certain nombre de caractères
qui les relient au type commun et les
spécialisent, ils en présentent néanmoins
d’autres qui leur sont propres et qui les
individualisent. Ce sont ces derniers
qui constituent les variétés ‘, les sous-
variétés, les races, les sous-races, etc.
D'autre part encore, ces caractères de
second ordre pouvant aussi, dans beau-
coup de cas, devenir permanents et trans-
missibles, il s'ensuit que certaines va-
riétés peuvent se fixer, devenir à leur
tour le point de départ de nouvelles sé.
D'une manière générale, on nomme varlété tout
individu qui, par quelque caractère que ce soit, se
distingue d’un ou de plusieurs autres avec lesquels
onle compare et qu’on considère comme apparte-
nant à un même type spécifique.
ries, et donner naissance à des individus
qui leur ressemblent, et qui forment
alors des groupes particuliers qui gra-
vitent autour des premiers auxquels ils
se relient. C’est ce qu'on nomme des
races.
Les termes variétés, races, sous-races,
etc.,sont donc eux-mêmes complexes; ils
peuvent aussi, par suite de leur exten-
sion, former des sortes de cadres ou de
sous-genres dans lesquels viendront éga-
lement se ranger un nombre plus ou
moins grand d'individus, de sorte qu’on
peut encore, pour matérialiser cette idée
afin de la rendre plus saisissable, com-
parer l'espèce, la variété, la race, la sous-
race, etc., à des sortes de boîtes qui en
contiendraient d’autres à peu près sem-
blables quant à la forme générale, et qui
n'en différeraient que par les dimen-
sions.
Pour résumer ce qui précède et pour
en faciliter la compréhension, nous al-
lons tâcher d’en faire l'application, de
l’'appuyer de quelques exemples pris
parmi des plantes bien connues, telles que
Pelargonium, Reine-Murguerite, Delphi-
nium, Giroflée, Pivoine, ete. Ainsi, dans
le genre Pelargonium, nous citerons
comme espèce, les P. granchflorum, 20-
nale,peltatum, etc. Ge dernier, n'ayant
jamais guère été multiplié que par bou-
tures, a produit, par dimorphisme (note 1)
une variété à feuilles panachées.
Le Pelargonium grandiflorum, en rai-
son des nombreux semis qu’on a faits de
ses graines, a produit une quantité con-
sidérable de variétés, dont certaines se
sont fixées et ont constitué des sortes de
sous-types qui, à leur tour, comprennent
un plus ou moins grand nombre d’indivi-
dus qui sont autant de variétés. Ainsi par
la culture, à l’aide de soins particuliers,
on a obtenu, comme sous-races, des Pé-
largoniums à GRANDES FLEURS proprement
dits, les P.dits FANTAISIE, puis les P. dits à
cing macules où ÜDIERS, qui compren-
nent chacune un nombre illimité d’indi-
vidus.
Le Pelargonium zonale, qui est éga-
lement devenu tête de série, a aussi
produit un nombre considérable de va-
riétés, qui, tout en conservant les carac-
tères principaux du type, en ont revêtu
qui leur sont propres et qui les groupent
autour de lui.
Le genre Reine-Marguerite (Galliste-
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DANS LES VÉGÉTAUX. + 7
phus) ne renferme qu’une seule espèce,
qui, par les nombreux semis qu’on a faits
de ses graines, a produit les variétés dites
Pyramidales, pivoines, à tuyaux, naines,
grandes, etc., qui se sont fixées et ont
constitué des races dans lesquelles on
trouve des sous-races qui renferment un
certain nombre de plantes distinctes, soit
par les formes, soit par les couleurs, et
qui, à leur tour aussi, tendent à former
de nouveaux groupes.
Il en est à peu près de même du'genre
Balsamine, vrai, qui ne renferme non
plus qu’une seule espèce, la Balsamina
hortensis. Gette espèce a également
donné naissance à des variétés qui se
sont fixées et ont formé des races diffé-
rant les unes des autres, soit par la
hauteur des plantes, soit par leur port
Ou facies, soit par les couleurs des
fleurs, etc., desquelles aussi sont sorties
des sous-races qui se distinguent égale-
ment par des caractères particuliers, et
Qui se reproduisent presque identique-
ment par graines.
Le genre Camellia ne renferme guêre
qu’une espèce, le C. Japonica. Les va-
riétés qu'il a produites sont innombra-
bles, mais aucune d’elles n’a encore
formé de races; les différences qu’elles
présentent sont toutes individuelles;
elles portent soit sur la forme, soit sur
la couleur des fleurs, soit sur ces deux
choses, soit enfin sur la forme et sur les
dimensions des feuilles. Ces différences
ne se transmettent pas par semis.
Le genre Delphinium comprend un
assez grand nombre d’espèces, la plu-
part vivaces; quelques-unes sont an-
nuelles, Parmi les premières, il en est
une, le D). elatum, qui, dans les cultures
et d’après les nombreux semis qu’on a
faits de ses graines, s’est tellement mo-
difiée qu'aujourd'hui il est à peu près
impossible de reconnaître le type.
Une espèce annuelle de ce même
genre, le Delphinium Ajacis, tout en
nous fournissant l'exemple d’une exces-
sive plasticité, nous donne aussi celui de
la formation de races et de sous-races
qui, toutes, se reproduisent à peu près
identiquement par leurs graines. Ajou-
tons que, toutes, indépendamment du
port des plantes, de leurs dimensions,
ainsi que des coloris si divers et si con-
stantsque présentent leurs fleurs, celles-
el sont tellement modifiées que, dans
certains cas, c’est à peine si on en ren»
contre à fleurs simples.
Il en est à peu près du Pied d’alouette
des champs, (Delphinium Consolida),
comme du 1). Ajacis. Dès son introduc-
tion, pour ainsi dire, dans nos cultures,
il a donné naissance à de nombreuses
variétés, qui bientôt se sont fixées et
ont constitué des races très-différentes
par leurs fleurs, et dont les caractères
se reproduisent parfaitement à l’aide de
graines. Toutes ces variétés sont à fleurs
doubles (dans le sens horticole).
La Giroflée commune (Cheiranthus
Cheiri), qui croît si fréquemment sur
nos murs, à produit aussi un grand
nombre de variétés qui se distinguent
par la couleur et par la grandeur des
fleurs, et quelques autres aussi dont les
fleurs. très-pleines sont également de
couleurs diverses.
Le genre Mathiola, qui comprend les
plantes connues sous les dénominations
horticoles de Quarantaine, de Giroflée
quarantaine, de Cocardeau,etc.,ne ren-
ferme que deux espèces, qui ont pro-
duit un très-grand nombre de variétés;
celles-ci une fois fixées ont constitué des
races qui, à leur tour,ont formé des sous-
races, parmi lesquelles on trouve égale-
ment des sous-variétés de toutes dimen-
sions, d’aspect, de port et de coloris très-
divers, qui se reproduisent à peu près
identiquement par graines, et qui par
conséquent équivalent à des sous-races.
Le genre Pivoine renferme quatre es-
pèces ou types; ce sont : le Pæonia pa-
paveracea (d’où sont sorties toutes les
Pivoines en arbre ou Moutan), le Pæo-
nia officinalis, le P. Sinensis et le P. te-
nuifolia. Les trois premières espèces
ont produit un nombre considérable de
variétés à fleurs pleines, semi-pleines,
doubles, simples, etc., de formes et de
couleurs très-variées.
Tout ce qui vient d’être dit des végé-
taux herbacés peut également s’appli-
quer aux végétaux ligneux; en voiciquel-
ques exemples pris parmi des plantes
communes et bien connues. Afin d’abré-
ger, nous ne ferons que citer les noms.
Le Lilas commun à produit des varié-
tés à fleurs blanches, rouges, violacées,
semi-pleines, etc. À gas
Une espèce du genre Cytise, le Cytisus
Laburnum, a produit les variélès quer-
| cifolium, bullatum, monsirosum, etc.
tte
PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Dans les genres Rosier, Azalée,Rhodo-
dendron, etc., les variétes sont innom-
brables.
Parmi les essences forestières, le Ro-
binier commun, l’Orme, le Frêne, les
Chênes, les Saules, les Pins, ete., nous
présentent également une quantité con-
Sidérable de variétés. Mais c’est princi-
palement chez certains de nos arbres
fruitiers, tels que: Poiriers, Pommiers,
Vignes, etc., que les variétés sont nom-
breuses; elles sont incalculables.
Après ces explications, qui, bien que
resireintes, peuvent Cependant donner
une idée de ce qu’on doit entendre par
espèces, variétés, races, elc., nous devons
encore, afin d’être compris lorsque plus
tard nous entrerons dans les détails
d'application, faire ressortir certaines
particularités très-importantes.
Constatons d’abord ceci : que, puisque
ce sont les mêmes sucs séveux qui, en
se modifiant diversement sous les lois
de la vie, constituent les herbes, les bois,
les feuilles, les fleurs, les fruits, etc al
suffira que les modifications s’opèrent
d'une manière différente, ou avec plus
ou moins d'intensité dans tel ou tel Cas,
pour donner naissance à des produits
de nature et d'aspect trés-variés. D'autre
part, il ne faut pas oublier que la nature
des plantes, quoiqu’en apparence sim-
ple, est extrêmement complexe, à tel
point qu’on peut dire d’un végétal qu’il
n'est pas un, mais bien une infinité de
végétaux. En effet, chacune de ses par-
ties, lorsqu’elle est détachée et placée
dans des conditions appropriées à sa na-
ture, peut produire une plante sembla-
ble à celle dont elle a été détachée ; d’où
il résulte que, puisque chacune de ces
parties a une existence particulière,
qu’elle peut vivre de son propre fonds,
et que, tout en possédant les propriétés
générales de la plante dont elle sort, elle
en à aussi qui lui sont particulières, qui
Peuvent se stabiliser et quelquefois même
se transmettre, un végétal pourra pré-
senter sur l’une ou sur l’autre de ses
parties certains caractères exceplionnels,
et qu’alors, si l’on détache, qu’on greffe
où qu'on bouture ces parties elles pour-
ront consituer des plantes nouvelles,
parfois très-différentes ou même complé-
tement différentes de celles dont elies
proviennent. Ce sont ces sortes de faits,
auxquels, en horticulture, on a donné le
nom d'accidents, que nous nommons Soit
dichroïisme, soit dimorphisme (note 1).
Nous devons encore, afin de distinguer
l’une de l’autre les diverses phases de la
végétation, après avoir indiqué et donné
quelques exemples de ce qu'on doit en-
tendre par variétés, dire aussi en quel-
ques mots ce qu’on doit entendre par
varialion.
On nomme variations des phéno-
mênes qui se montrent parfois sur cer-
taines plantes, mais qui sont tellement
fugaces qu’il est impossible de les stabi-
liser; tels sont, par exemple, ceux qui se
montrentsur les Tulipes, chez lesquelles,
dans les plantes très-modifiées par la
culture, les couleurs paraissent être
constamment en voie de modification
(note 9).
On trouve des faits sinon semblables,
du moins analogues, sur certaines varié-
tés de Dahlias panachés, chez lesquels
il n’est pas rare de rencontrer, çà et là,
sur une même plante, des capitules ou
inflorescences unicolores, mélangés à
d’autres qui sont plus ou moins et diver-
sement panachés. Tous ces faits sont
des variations, non des variétés; celles-
ci peuvent se stabiliser et constituer des
individualités permanentes ; celles-là,
non. Ge sont des phénomènes qui ap-
paraissent sans qu’on en connaisse la
cause, ni qu’on puisse en fixer les effets.
Nous croyons aussi devoir indiquer
ce qu'il faut entendre par le terme fixé,
si souvent employé en horticulture, On
ne doit se servir de ce mot qu’en par-
lant de végétaux issus de graines, qui,
ayant revêtu des caractères particuliers,
les reproduisent lorsqu'on les multiplie
à l’aide de graines; on doit donc, sous
ce rapport, comme valeur organique, le
distinguer du mot dimorphisme, qui, au
point de vue pratique, sert à caractériser
ces accidents ou ces faits exceptionnels
qui, tout à coup et sans cause apparente,
se montrent Sur un végétal quelconque,
et qu'en suite on perpétue à l’aide soit
du bouturage, soit du greffage. Ainsi,
pour en citer un exemple, supposons
que, Sur une plante dont les feuilles
Sont vertes, 1l se soit développé une bran-
che dont les feuilles soient panachées ; si
on prend cette branche et qu’on la bou-
ture ou qu’on la greffe, cet accident
pourra se maintenir; mais si la plante
résultant de cet accident produit des
DANS LES VÉGÉTAUX. 9
graines et qu'on les sème, on verra pres-
quetoujoursdisparaitre ce caractère, qui,
comme son nom l'indique, n’était qu'ac-
cidentel. 11 n’y avait donc là rien de fité,
il y avait tout simplement un fait excep-
tionnel, stabilisé et rendu permanent
par un mode particulier de multiplica-
tion.
Faisons encore, relativement au mot
firé, l'observation suivante : qu'une va-
riété ou une race quelconque pourra
être fixée quant à ses caractères géne-
raux, sans pour cela l'être quant a ses ca-
ractères particuliers, c’est-à-dire quant à
certains détails quitiennent à sa descen-
dance. Par exemple, cette variété pourra
produire constamment des plantes d’une
même forme, ayant un même facies, mais
qui, néanmoins, différeront par des ca-
ractères particuliers, soit par la couleur,
soit par les dimensions des fleurs, etc.
Dans ce cas, c’est le port ou aspect qui
est fixé et qui constitue la race; mais les
couleurs ou les dimensions des fleurs
wont rien d’absolu; elles sont propres
aux individus qu'elles caractérisent.
D’autres fois, au contraire, c’est la cou-
leur qui faitle fonds ou le caractère essen-
tiel de la variété; l’aspect, la forme, etc.,
caractérisent les individus.
Faisons aussi remarquer que les di-
verses combinaisons faites pour perpé-
tuer les variétés, ou pour en obtenir de
nouvelles, reposent sur cette loi générale
que, dans la nature, tout tend à se re-
produire et même à s'étendre, que
par conséquent les modifications peu-
ventnon-seulement devenir héréditaires,
mais qu’elles peuvent encore servir de
moyen pour arriver à d’autres modifica-
tions, à étendre et à multiplier de plus
en plus les séries typiques.
Aprés cette sorte de préambule, qui
peut-être pourra paraître un peu en de-
hors du sujet, mais qui cependant nous
a paru nécessaire afin de bien détermi-
ner la valeur des termes, de manière
à donner une idée nette et bien arrêtée
du sens que nous y aftachons, nous al-
lons aborder la question au point de vue
pratique, c’est-à-dire tirer les consé-
quences des divers faits que nous avons
tâché de faire ressortir.
.Constatons d’abord que, d’une ma-
hière générale, nous pouvons partager
les variétés en deux grands groupes: l’un
qui comprendra celles à la production
desquelles nous prenons une part plus
ou moins grande; l’autre, au contraire,
qui comprendra les variétés pour les-
quelles nous ne pouvons rien ou à peu
près, quant à leur apparition, qui sont
le produit de faits auxquels nous sommes
tout à fait étrangers, et que par consé-
quent nous devons saisir lorsqu'ils se
présentent afin d'en tirerle meilleur parti
possible. Le premier groupe se rattache
exclusivement aux semis; le deuxième a
rapport aux accidents.
Dans la pratique, les semis peuvent
aussi se diviser en deux groupes princi-
paux : l’un dans lequel, en combinant
les opérations préliminaires qui s’y rat-
tachent de manière à obtenir certains
résultats, on laisse néanmoins agir la na-
ture en ce qui concerne la fécondation;
l'autre dans lequel, indépendamment
des combinaisons particulières, on prend
une part importante, en intervenant
d’une manière directe, pour en quelque
sorte contraindre la nature à donner
des produits qui paraissent être un peu
en dehors de ses lois, c’est-à-dire à
suivre une marche différente de celle
qu’elle aurait suivie si on l’eût aban-
donnée à elle-même. On obtient ce ré-
sultat à l’aide de certaines combinaisons,
et tout particulièrement en pratiquant
la fécondation artificielle.
D'une autre part, comme il y a diver-
ses séries de variétés, les moyens, soit
de les provoquer, soit de les conserver,
sont toujours relatifs et subordonnés à la
nature des variétés qu’on veut obtenir.
Ces séries, que nous examinerons suc-
cessivement, peuvent être portées au
nombre de six principales, ainsi ré-
parties :
La première comprendra tout ce qui
a rapport aux dimensions soit des plan-
tes, soit seulement des fleurs;
La deuxième comprendra ce qui se
rattache soit à la précocité, soit à la tar-
diveté;
La troisième comprendra ce qui se
rapporte aux couleurs; |
La quatrième comprendra ce qui se
rapporte aux panachures; s
La cinquième comprendra ce qui a
rapport aux formes;
Enfin la sixième comprendra les plan-
tes à fleurs dites doubles.
Comme dans la suite nous aurons sou-
vent à parler des porte-graines, nous
A0 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
croyons devoir, en quelques lignes, dire
ce qu'on entend par cette expression.
On nomme porte-graines tout végé-
tal qui, quelle que soit sa forme ou
sa nature, est particulièrement destiné
à la production des graines.
Ces considérations générales étant éta-
blies, nous allons entrer dans les détails
d'application, en suivant l’ordre des sé-
ries indiqué ci-dessus.
Aer GROUPE. — Are SECTION.
Semis naturel, c’est-à-dire semis opéré
sans qu'il y ait eu fécondation artificielle
des fleurs, mais fait avec combinaisons
préalables, relativement aux porte-grai-
nes, dans le but d'obtenir des variétés.
Série A4, — Dimensions.
Lorsqu'on vise à obtenir des variétés
soit naines, soit grandes, on doit, dans le
premier cas, choisir pour porte-graines
les individus qui présentent les plus pe-
ttes dimensions possibles, sans toutefois
offrir rien de disgracieux ni de contraire
au but que l’on veut atteindre. Dans le
deuxième cas, au contraire, on choisit
les individus qui ont une tendance à s’é-
lancer et à dépasser les dimensions ordi-
naires, tout en conservant, bien entendu
encore, l'aspect général qu’on désire ob-
tenir; en un mot, dans l’un comme dans
autre cas, on doit récolter les graines
sur les individus qui présentent au plus
haut degré les caractères que l’on re-
cherche. Si, au lieu de viser aux dimen-
sions des plantes, on visait à celles des
fleurs, on agirait absolument ainsi qu’il
vient d’être dit, mais alors en prenant
pour guide, c’est-à-dire comme point
de mire, les fleurs au lieu des plantes.
C'est en partant de ces principes, et en
les mettant en pratique à chaque géné-
ration, qu’on arrive à créer des variétés
ou même des races, c'est-à-dire à obte-
nir des plantes qui, parfois, par leur
Stabilité, présentent sous ce rapport le
caractère d'espèces. En voici quelques
exemples :
VARIÉTÉS NAINES OBTENUES ET FIXÉES
PAR LES SEMIS.
Ageratum cœlestinum nanum ;
Agroslis cœli rosea nana :
Balsamina hortensis nana (variétés nom-
breuses) ;
Calceolaria Yunghii nana ;
Callirrhoe pedata nana :
Clarkia pulchella nana ;
Coreopsis tinctoria nana (2 variétés);
Delphinium Ajacis nana (variétés nom-
breuses) ;
Dianthus Sinensis nana:
Giroflies quarantaines (variétés très-
nombreuses) ;
Helianthus annuus nanus;
Helichrysum bracteatum nanum :
Leptosiphon densiflorum nanum ;
Lobelin gracilis erecta nana:
Lupinus (plusieurs varlélés) ;
lemesia elegans nana:
Œnothera Drummondii nana ;
Papaver somniferum nanum (plusicurs
variétés) ;
Phaseolus coccineus nanus :
Polygonum orientale nanum :
Reines-Marguerites naines (variétés nom-
breuses) ;
Salpiglossis sinuata nana;
Salvia coccinea punicea nana ;
Scabiosa alropurpurea nana (plusieurs
variétés) ;
Senecio eleguns (plusieurs variétés) :
Tagetes erecta nana;
palula nana ;
signala nana ;
Tropæolum majus nanum (plusieurs va-
riétés);
Viscaria oculata nana.
_—
__—
Quant aux variétés grandes ou géantes,
nous ne Îles indiquons pas; il y en a peu,
du reste, par cette raison qu’en cherche
plutôt à diminuer qu’à augmenter les
dimensions des plantes. Toutefois, si l’on
voulait en obtenir, on agirait ainsi qu’il
a été dit précédemment, mais en suivant
une marche tout à fait opposée à celle
qu’on devrait suivre si l’on voulait ob-
tenir des plantes naines. Nous faisons
les mêmes observations relativement aux
fleurs.
Série B.— Précocité et Tardiveté.
Les bases posées dans la série précé-
dente relativement au mode d'opérer
étant semblables pour cette série et
pour les séries suivantes, iln’y a donc,
dans chacun des cas, qu’à en faire di-
versement lapplication, c’est-à-dire à
se conformer, dans la pratique des opé-
rations, ainsi que pour le choix que
me ne
gg are me
DANS LES VÉGÉTAUX. 11
l’on fait des porte-graines, au but que
Von veut obtenir. |
Ainsi, lorsqu'on désire avoir des varié-
tés hâtives, on doit surveiller avec soin la
floraison des plantes afin de remarquer
celles qui présentent les qualités qu’on
recherche et qu’on désire améliorer, puis
choisir parmi celles-ci les individus qui
fleurissent les premiers, en récolter et
semer les graines, puis choisir de nou-
veau, parmi les individus qui résultent
de ce semis, ceux qui, tout en fleurissant
1es premiers, ont cependant aussi con-
servé les autres caractères auxquels on
tient également. Dans un grand nombre
de cas on se trouvera bien aussi de ré-
colter les graines provenant des fleurs
qui se sont épanouiesles premières et de
les semer à part; celles-ci ont parfois
une tendance à donner des plantes en-
core plus hâtives.
Lorsque, au contraire, on désire obte-
nir des variétés tardives, on agit absolu-
ment comme il vient d’être dit, quant à
la manière générale de procéder, mais
dans un sens inverse, c’est-à-dire en
prenant pour porte-graines, à chaque
génération, les individus dont la florai-
son est la plus tardive.
Comme exemple de hâtiveté nous ci-
terons particulièrement le Pyrethrum
Sinense præcox (note 3).
Série €. — Variétés portant sur les couleurs des
fleurs, obtenues et fixées par les semis.
Lorsqu'on veut fixer des variétés qui
drésentent une couleur déterminée, on
choisit, parmi les plantes sur lesquelles
on porte particulièrement son attention,
les individus qui, avec un port et un
feuillage convenables, se rapprochent le
plus, par leurs fleurs, de celles qu’on
désire obtenir. Ainsi, par exemple, si on
tient à avoir des fleurs rouges, on prend
pour porle-graines les individus dont
les fleurs sont les plus voisines de cette
couleur; si lon désire obtenir des
fleurs blanches, on choisit ceux chez les-
quels la couleur est la plus atténuée. Si,
au contraire, on désire obtenir desfleurs
jaunes, on doit, tout en prenant pour
porte-graines des individus dont les
fleurs soient très-pâles, tâcher, s'il est
possible, que cette teinte tire déjà un
peu sur le jaune (note 4). Enfin, et quelle
que soit.la couleur qu’on désire, on doit
s'appuyer sur les principes que nous
venons d'indiquer et choisir ses porte-
graines en conséquence.
En général on remarque que, pour
qu'il y ait chance d'obtenir des fleurs
jaunes, ilfaut que Patténuation provienne
de l’affaiblissement de couleurs plus ou
moins foncées, parexemple, soitdu violet,
soit du lilas. Pourtant ici encore on ren-
contre de remarquables exceptions, ainsi
que le démontre lanote 4. En général
encore on remarque aussi que le blanc
(note 5) et le jaune sont les couleurs
qui se modifient le plus difficilement.
On a d’autant plus de chances d’obtenir
de nouveaux coloris que les éléments de
ceux-ci se trouvent déjà dans les types
que l’on veut modifier. Ainsi, dans les
Pensées, par exemple, où l’on trouve dans
le type sauvage ( Viola arvensis) du jaune
uni à du violet velouté, on pouvait
être à peu près certain qu’en choisissant
ses porte-craines avec discernement on
arriverait à faire dominer telle ou telle
de ces couleurs, à avoir des variétés à
fleurs jaunes, lilas, violet plus ou moins
foncé, ou même à peu près complétement
noires, et telle est la variété qu’on nomme
Faust (note 6).
La Giroflée dite Quarantaine grecque
(Cheiranthus Grœca) semble contredire
ce que nous venons de dire relativement
à l’atténuation des couleurs; en effet,
bien qu’à fleurs blanches, elle n’en à pas
moins produit des variétés à fleurs
roses, violettes,lilas,etc.,et même jaunes.
Cette contradiction n’est qu’apparenté;
en regardant avec attention, on reconnaît
que les fleurs, loin d’être blanches, sont
jaunes, ou à peu près, avant l’ouverture
du bouton,etque, même lorsqu’elles sont
épanouies, elles conservent la couleur
jaune dans toute la partie inférieure des
pétales. Du reste, la nature ne se prète
point servilement à nos calculs, et il peut
bien y avoir des cas où les faits contredi-
sent nos théories et semblent se trouver
en opposition avec la gamme chromati-
que des couleurs que nous avons établie;
car, les couleurs résultant d’une combi-
naison particulière des principes colo-
ranis, ces derniers ne peuvent-ils pas,
d’après des lois que nous ne pouvons
comprendre, se séparer et se grouper
“suivant une marche opposée à celle que
nous considérons comme normale? Mais,
d'autre part, rien ne nous prouve que
PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
la Quarantaine grecque blanche soit un
type spécifique ; le contraire même est
trés-probable, puisqu'il n’y a pas encore
trés-longtemps (c'était vers 4 835) qu’elle
a fait son apparition dans les cultures,
et qu'à cette même époque il y avait
déjà d’autres variétés de Quarantaine
grecque à fleurs de couleurs diverses,
dont elle sort. Elle n’est donc qu'une
variété fixée.
Toutefois, et quelle qu’en soit 1 cause,
Consiatons que, toutes circonstances
égales d’ailleurs, il est certaines espèces
extrêmement plastiques qui semblent
pouvoir revêtir les formes et les cou-
leurs les plus diverses, tandis qu'il
en est d’autres au contraire qui, bien
que cultivées en très-grande quan-
tité et depuis longtemps, n’ont encore,
pour ainsi dire, produit aucune variété :
tels sont le Datura ceralocaula, le Re-
seda, l'Eutoca viscida, le Cosmos bipin-
nata, le RhodanteManglesi, ete. Comme
exemples contraires nous pouvons citer
le Dahlia, la Reine-Marguerite, la Bal-
samine des jardins, la Rose trémière,
les Rosiers, l’'Œillet des fleuristes, le
Camellia, les Azalées, etc., les Rhodo-
dendrons, etc., etc.
Variétés à fleurs rouges, obtenues et fitées par les
semis.
Agrostemma cœli rosa purpurea ;
Amygdalus rubra plena:
Althæa rosea rubra ;
— Sinensis rubra;
Balsamina hortensis (plusieurs varié-
tés);
Celosia cristata rubra;
Centranthus ruberrimus ;
Cosmos bipinnata purpurea;: ,
Giroflée quarantaine (plusieurs variétés);
Helichrysum macranthum rubrum ;
Tpomea purpurea Kermesiana
Lathyrus odoratus rubra;
Martynia fragrans rubra ;
Mathiola annua rubra;
— ncana rubra;
Papaver somniferum rubrum ;
Pentsiemon gentianoides purpureum ;
Portulacca Thellussonii ;
Reine-Marquerite (plusieurs variétés) ;
Scabiosa atropurpurea ;
Silene armeria rubra ;
Verbena incisa rubra ;
Zinnia elegans coccinea ;
— Mulhflora rubra.
Variétés à fleurs roses, obtenues et fixées par les se-
mis.
Agrostemma coronaria rosea :
Anagallis grandiflora rosea é
Balsanina hortensis ( Plusieurs variétés):
Celosia cristata rosea $ S
Clarkia elegans rosea ;
Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) ;
ere consolida (idem);
Digitalis purpurea rosea;
Gilia tricolor rosea;
Giroflée quarantaine (variétés nom
breuses) ;
Godetia amæna rosea à
Gomphrena globosa rosea -
Tpomea purpurea rosea :
Lobelia erinus Lindleyana,
— TAmosa rosea ;
Lupinus hirsutus roseus :
Lychnis Chalcedonica rosea j
Lymnanthes Douglasii rosea "
Maurandia Barcleyana rosea :
Mimulus cardinalis Hudson ;
Papaver somniferum TOSeEUM ;
Pentstemon gentianoides rosea “
Reine-Marquerite (varictés nombreuses):
Scabiosa atropurpurea nana rosea ;
Senecio elegans rosea.
Variétés à fleurs lilas ou violacées, obtenues et
fixées par les semis.
Balsamina hortensis (plusieurs variétés);
Campanula speculum lilaceum ;
Celosia cristata violacea >
Delphinium Ajacis (plusieurs variétés) ;
— consolida violacea ;
Girofléequarantaine (plusieurs variétés) :
Jberis umbellata violacea ;
Mirabilis longiflora violacea ;
Papaver somniferum vrolaceum ;
Reine-Marquerite (plusieurs variétés);
Senecio elegans violacea;
Verbena Drummondii ;
Zinnia elegans violacea.
Variétés à fleurs jaunes, obtenues et fixées par les:
semis.
Antrrhinum majus Luteum ;
Amaranthus caudatus luteus ;
Celosia aurea pyramidalis;
cristata aurea ;
Chrysanthemum carinatum aureum ;
Emilia sonchifolia aurea ;
Escholtzia Californica crocea ;
Giroflée quarantaine (plusieurs varié-
tés).
: DANS LES VÉGÉTAUX. 13
* Tpomea coccinea aurea ;
Leptosiphon androsaceum aureum ;
luteum ;
os re
Lotus Jacobeus luteus ‘
Portulacca grandiflora aurea ;
aurantiaca ;
Rose trémière (plusieurs variétés) ;
Salpiglossis sulfurea ;
Thunbergia alata aurantiaca(orangema-
culé) ;
Thunbergia alata Fryeri (orange sans
macule).
Thunbergia alata lutea immaculaia ;
Tropæolum majus (plusieurs variétés) ;
Zinnia elegans simplex aurea ;
flore pleno luteo.
a ——_—
En es
Variétés à fleurs blanches, obtenues et fixées par
les semis.
Agrostemma coronaria alba ;
cœli rosa alba,
Argemone Mexicana alba ;
Balsamina hortensis (plusieurs variétés);
Brachycome iberidifolia alba; |
Browallia alata alba ;
Calceolaria Yunghii alba;
Catananche cœrulea alba :
Campanula pyramidalis alba ;
Speculum album ;
media alba;
Boccont alba ;
Loreyi alba ;
pentagona alba ;
Centaurea moschata alba;
Centranthus ruber alba;
Clintonia pulchella alba ;
Crepis rosea alba ;
Daiura fastuosa alba;
Delphinium grandiflorum album ;
Ajacis album :
Consolida alba;
Dianthus Sinensis alba ;
Dictamnus albus ;
Digitalis purpurea alba;
Escholtzia Californica alba;
Galega officinalis alba;
Gilia capitata alba;
tricolor alba ;
Giroflée quarantaine (plusieurs variétés);
Godetia rubicunda alba ;
Gomphrena globosa alba;
edysarum coronarium album;
Hesperis matronalis candidissima;
maritima alba;
Impatiens glandulosa alba ;
Tonopsidium acaule album ;
Tpomea Quamoclit alba ;
—
——
——
—
——
———
Lathyrus latifolius albus ;
Lavatera trimestris alba:
Lobelia syphilitica alba ;
Lychnis Chalcedonica alba ;
Lymnanthes Douglasi alba;
Mathiola annua alba ;
incana alba;
Malcolmia maritima alba ;
Malope trifida alba; |
Maurandia antirrhiniflora alba ;
Mesembrianthemum tricolorum album;
Mirabilis Jalapa alba;
Myosotis Alpestris alba;
. intermedia alba;
Nemophila insignis alba;
Nolana grandiflora alba;
Papaver somniferum album ;
rhœas album ;
Pentistemon gentianoides album;
Persica Sinensis alba;
vulgaris alba ;
Phaseolus coccineus albus;
Platycodon grandiflora alba ;
Podolepis gracilis alba;
Polemonium cϾruleum album ;
Polygonum orientale album;
Primula Sinensis alba;
Reine-Marquerite (plusieurs variétés);
Rhodante Manglesii alba;
Rose trémière (plusieurs variétés) ;
Saponaria Calabrica alba ;
Scabiosa atropurpurea alba ;
Schizanthus retusus albus;
Senecio elegans alba ;
Silene Armeria alba ;
—* pendula alba; #
Thunbergia alata alba;
Trachelium cœruleum album’;
Vinca rosea alba;
Viola odorata alba ;
Viscaria oculata alba;
Xeranthemum annuum album ;
compactum album ;
bracteatum album.
rs
——
——
ee
a
Série M. — Variétés à fleurs ou à feuilles pana-
chées, oblenues et fixées par les semis.
Les plantes constamment panachées
sont relativement rares; la raison en
est que la plupart des panachures sont
des faits anormaux, qu’elles résultent le
plus souvent d'accidents, et qu'on en
obtient peu par les semis. Cependant si,
comme tout semble le faire croire, les
| panachures sont dues à des sortes de ma-
ladies (note 7)nepourra-t-il pas arriver que
ER er
oo or
44 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
celles-ci soient assez intenses pour affec-
ter l’organisme , pour, ainsi qu’on le
dit en termes vulgaires, passer dans le
sang et alors devenir héréditaires, trans-
missibles par les graines?
Sans avoir recours aux hypothèses
pour expliquer la cause des panachures,
aous admettons que, dans le plus grand
nombre de cas, les plantes panachées
doivent cet état particulier à unedépla-
cement des éléments colorants, déplace-
ment qui, étant le résultat de perturba-
tions organiques, n’a rien de rigoureuse-
ment fixe; ce qui explique pourquoi
l’on voit si souvent les panachures s’ef-
facer, les parties qui les présentaient
reprendre la couleur dont les éléments
dominent, et alors des fleurs ou des
feuilles unicolores se montrer parmi
d’autres plus ou moins panachées.
Les panachures ne sont pas exclusive-
ment propres aux fleurs; le plus souvent
même elles affectent les feuilles, parfois
aussi les rameaux, quelquefois même
elles se montrent sur les fruits (note 8).
Mais, quelles que soient Fes parties sur
lesquelles elles se montrent, on con-
state qu’elles sont d'autant plus stables
qu’elles circonscrivent plus compléte-
ment l'organe qu’elles affectent, ou, ce
qui revient au même, que, sans les cir-
conscrire, elles sont disposées en forme
de cercle dans toutes ses parties, qu’elles
sont, comme on dit, zonées (Pelargonium
zonale, certains Oxalis), etc. Toutes les
fois, au contraire, que les panachures sont
disposées par macules, et surtout par
stries ou bandes longitudinales, c’est-à-
dire dans le sensde l’axe, ilest assezrare
qu’elles soient constantes, à moins pour-
tant que les individus qui les présentent
appartiennent au groupe des végétaux
monocolylédonés.
On connaît pourtant quelques excep-
tions à la règle générale que nous venons
dénoncer relativement à la fixité des
panachures; une très-remarquable est
fournie par le Chardon-Marie, qui, mar-
qué sur toutes ses parties de nom-
breuses et belles macules blanches très-
régulières, se reproduit identiquement
par ses graines.
Reconnaissons toutefois que, en gé-
néral, les panachures sont beaucoup
plus constantes sur les feuilles que sur
les fleurs, que, dans quelques cas même,
par exemple chez certains Bégonias, de
même que chez beaucoup de Caladium,
les panachures sont tellement constan-
tes que non-seulement elles se repro-
duisent par le moyen des graines, mais
encore que les plantes qui les por-
tent sont trés-vigoureuses, ce qui a
rarement lieu lorsque les panachures
sont placées sur les fleurs. Dans ce der-
nier cas, en effet, les plantes sont généra-
lement délicates; c’est un véritable signe
d’affaiblissement; d’où l’on pourrait con-
clure que, en général, on aura d’autant
plus de chances de conserver cet état
particulier que les porte-graines seront
plus souffreteux, qu’on les laissera un
peu pâtir.
Pour arriver à fixer les plantes à feuil-
les ou à fleurs panachées on se fonde
sur les mêmes principes. que ceux que
nous avons indiqués ci-dessus, en trai-
tant d’autres séries, c’est-à-dire qu’on
choisit pour porte-graines les individus
chez lesquels les panachures sont les
plus prononcées, et dont la végétation,
sans être trop vigoureuse, estnéanmoins
assez bonne; car ce caractère n’étant,
dans beaucoup de cas, que le résultat
d’un affaiblissement organique, il peut
disparaître, en grande partie du moïns,
lorsque les plantes sont trés-vigoureuses.
De même aussi, en se fondant sur les
mêmes principes, il faut éviter de pren-
dre pour porte-graines des individus qui
soient trop affaiblis, car alors on pour-
rait n’obtenir que des plantes chétives.
Plantes à fleurs panachées obtenues etfixées par les
semis.
Aquilegia vulgaris variegata ;
Balsamina hortensis (plusieurs variétés);
Centaurea cyanus variegata;
Convolvulus tricolor variegata ;
Delphinium Ajacis (plusieurs variétés)
— Consolida variegata ;
Ipomea purpurea variegata;
Lathyrus odoratus (plusieurs variétés) :
Lobelia Eriñus marmorata; |
Lupinus mutabilis Cruiksankii
Malcolmia maritima bicolor ;
Mirabilis Jalapa variegata ;
Nemophila insignis alba variegata ;
Phaseolus coccineus bicolor ;
Phlox Drummondit Raditwitzt ;
Portulacca grandaflora alba striata ;
Primula Sinensis.variegata ;
Reine-Marguerite (plusieurs variétés);
)
D ue 2 RE + ed oo
DANS LES VÉGÉTAUX. 15
Tropæolum majus variegatum ;
Série E. — Variétés à fleurs dites doubles (note 9),
obtenues et fixées par les semis.
Anemone coronaria (variétés nombreu-
ses);
Aquilegia vulgaris (variétés nombreu-
ses); |
Calendula Bungei (note 10);
— — hortensis;
Campanula media;
sr a
Centaurea cyanus ;
Chrysanthemum coronarium (plusieurs
variétés) ;
Chysanthemum (Pyreihrum) Indicum
(variétés nombreuses) ;
Clarkia pulchella alba ;
— elegans;
Convolvulus tricolor ;
Datura fastuosa;
— violacea;
— alba;
— lutea;
Delphinium Ajacis (variétés nombreu-
ses);
Delphinium Consolida (variétés nom-
breuses);
Dianthus Sinensis (variétés nombreuses)
(note 11); |
Dianthus barbatus (variétésnombreuses);
Giroflées diverses (idem);
Helianthus annuus;
es Californicus ;
Helichrysum annuum ;
— bracteatum ; |
Matricaria parthenium (note 10);
Papaver somniferum (variétés nom-
breuses);
Papaver rhœas (variétés nombreuses);
Persica Sinensis alba; |
rubra ;
vulgaris ;
Petunia (variétés nombreuses);
Ranunculus Asiaticus (variétés nombreu-
ses);
Rose trémière (variétés nombreuses) ;
Senecio elegans (note 10 ) (plusieurs va-
riétés) ; ns
Zinnia elegans (plusieurs variétés) .
— —
ss
Il ést inutile de dire que, dans la liste
qui précède, toutes les fois qu’on cite le
nom de l’une ou de l’autre des variétés,
il faut ajouter à ce nom le qualificatif de
flore pleno, que nous n’avons pas mis
afin d'éviter les répétitions.
En horticuliure on donne au mot dou-
ble une signification sinon fausse, du
moins différente de celle qu’il a réelle-
ment. En effet, dans le sens vrai, double
signifie deux, c’est-à-dire deux fois l’u-
nité, ce qui, logiquement, conduit à ceci
que semi-double, étant la moitié de dou-
ble, signifie simple. Ce n’est pas ainsi
qu’on l'entend en horticulture en ce qui
concerne la duplicature des fleurs; dans
cette circonstance double, en parlant
d’une fleur, signifie qu’elle a un plus
grand nombre de pétales que, celuiqu’elle
doit avoir normalement, mais sans
indiquer ce nombre, ni la nature, non
plus que l’origine de ces organes, Se-
mi-double, en parlant d’une fleur, indi-
que également qu’elle a un nombre
de pétales plus considérable que celui
qu’elle devrait avoir normalement, bien
que ce nombre soit toujours moindre
que celui dont le mot double donne l’idée.
Toutefois ces deux termes n’ont rien
d’absolu ; ils se prennent toujours d’une
manière relative.
La duplicature des fleurs peut être dé-
terminée par des causes diverses, soit,
par exemple, par la multiplicité résul-
tant de l’augmentation ou du dédou-
blement des pièces florales (sorte de
bourgeonnement) (Pivoine, Pavot); soit
par la transformation des organes se-
xuels. Dans le premier cas les fleurs
peuvent encore donner desgraines; elles
ne le peuvent plus dans le second, si la
transformation est complète.
Les fleurs tout à fait doubles, dans le
sens qu’en horticulture on attache à ce
mot, qui sont ce qu’on doit nommer des
fleurs pleines, sont touiours stériles.
Nous n’avons donc pas à nous en occu-
per, puisque les plantes qui les portent
ne peuvent être propagées que par la
division ou par la séparation de leurs
parties, soit par boutures, couchages,
greffes, etc. Cependant, dans certains
cas, elles paraissent exercer une cer-
taine influence (note 41). PR
Les fleurs semi-pleines ou plus ou
moins pleines peuvént au contraire don-
ner des graines, ce qui permet de multi-
plier à l’aide des semis les plantes qui
présentent ce caractère. Constatons tou-
tefois que le point de départ des fleurs
doubles est en dehors de notre puissance
comme de nos calculs; nous ne pouvons
rien, ou à peu près rien, sur le fait ini-
ent
Dern
SRE
16 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
tial ; nous ne pouvons que le saisir lors-
qu'il se présente; nous ne pouvons pas le
provoquer; c’est un effet dont la cause
nous est inconnue (note 12). Lors donc
que, par une circonstance quelconque, il
se présente un de ces faits, il faut le sur-
veiller avec soin, éloigner même du con-
tact ou du voisinage des autres la plante
qui le présente, soit en l’enlevant de l’en-
droit où elle est, soit, si cet enlèvement
n’est pas possible ou qu’il présente quel-
que inconvénient, en détruisant toutes
lesplantes qui l'entourent lorsque celles-
ci sont de nature à influencer la fécon-
dation. On en récolte les graines, on les
sème à part, et on observe avec soin les
individus qui en proviennent, pour, plus
tard encore, choisir parmi eux ceux qui
auront le mieux conservé les caractères
qu'on cherche à fixer, et qu'on prend à
leurtour pour en faire desporte-graines;
ce qui ne doit pas empêcher de recueillir
et de semer les graines qui proviennent
du premier pied-mère, car il est toujours
bon de multiplier les chances.
Cest en agissant ainsi qu’on a obtenu
les variétés de Potentille du Népaul à
Îleurs très-grandes et presque complé-
tement pleines. On en a obtenu d’abord
une à fleurs semi-pleines, jaunes, dont
les graines ont donnédes variétés àfleurs
jaune clair ou plus ou moins foncé, jaune.
mordoré, rouge, rouge-orangé, etc.
C’est également de cette manière qu'ont
êté produites toutes les variétés de Pétu-
nas à grandes fleurs (note 13), les unes
complétement pleines, qui par consé-
quent ne donnent plus de graines et
qu'il faut multiplier par bouture; d’au-
tres à fleurs semi-pleines, qui donnent
quelques graines à l’aide desquelles on
les multiplie et dont on obtient de nou-
velles variétés.
Comme dans les fleurs dites doubles il
y à presque toujours quelques organes
sexuels dont la transformation est in-
complète, on doit, pour augmenter les
chances de succès relatives à la produc-
tion des graines, rapprocher ces organes
les uns des autres, de manière à ce qu’ils
puissent se féconder entre eux; on doit
même au besoin faciliter leur rappro-
chement en écartant les difficultés. Mais,
s’il arrivait que les étamines fissent
complétement défaut, on prendrait alors
sur d’autres fleurs de la même espèce,
et, autant que possible, de couleur con-
venable pour atteindre le but qu’on se
propose, du pollen qu’on apporterait
sur le stigmate de la fleur double afin
d’en assurer la fécondation. Dans cette
circonstance On a cru remarquer qué
l'influence de l'organe mâle est considé-
rable, que l'opération est plus satisfai-
sante, quant à l'obtention des fleurs
doubles, lorsqu'on prend ces dernières
pour pères, c’est-à-dire quand en enlève
les étamines pour féconder serait-ce
même des fleurs simples de plantes
appartenant soit à la même espèce, soit
à une autre espèce du même genre.
Nous ferons aussi observer que les
fleurs doubles ne se rencontrent guère
que dans les plantes cultivées; elles pa-
raissent être la conséquence d’une modi-
fication de tempérament due à la domes-
tication, parfois au traitement ; aussi ne
les rencontre-t-on que très-rarement à
l’état de nature, si ce n’est accidentel-
lement, pour ainsi dire.
« Faisons aussi remarquer que, la du-
plicature des fleurs étant déterminée
par une modification organique des in-
dividus qui les portent, il s’ensuit que,
suivant la nature ou suivant l'intensité
de cette modification, la plénitude ou
duplicature est aussi plus ou moins te-
nace; elle peut même devenir perma-
nente, ce qui explique pourquoi, lorsque
certaines espèces se mettent à doubler,
c’est parfois avec une telle rapidité que,
au bout de peu de temps, il est difficile
de conserver les types à fleurs simples
(note 11).
Pour donner une idée de cette rapi-
dité, nous allons citer quelques exemples
de date assez récente. Ainsi le premier
pied de Petunia à fleurs doubles, dont la
couleur était d’un blanc sale ou verdä-
tre, parut à l'exposition universelle en
1855. Ce Pétunia, qui appartient à une
race mixte (note 13), fut trouvé dans un
semis de graines de Pétunia ordinaire
fait par un employé de la Banque de
Lyon. Malgré le peu d'années écoulées,
le nombre des variétés produites par
l'influence de ce pied unique est auJour-
d’hui considérable. On en trouve de cou-
leurs très-diverses ; il en est même beau-
coup dont les fleurs panachées sont
très-jolies.
Le Zinnia elegans à fleurs doubles,
introduit dans nos cultures vers 1858
(nous l’avions remarqué en 1854 chez
mo RS
DANS LES VÉGÉTAUX.
MM. Audibert, horticulteurs à Tarascon,
qui en avaient reçu des graines du Mexi-
que), a déjà produit une grande quan-
üité de variétés également à fleurs dou-
bles, de couleurs très-diverses; plusieurs
tendent à se fixer et à former des sous-
races.
Le genre Fuchsia nous offre aussi un
exemple très-remarquable de cette faci-
lité doubler. Les premiers pieds à fleurs
doubles ont apparu vers 1854. Bien que
cette époque soit très-rapprochée, on
en possède aujourd'hui une telle quan-
tité qu’il est à peu prés impossible de
“les énumérer. Il arrive parfois que, dans
les semis qu’on fait de graines de Fuch-
sias récoltées sur des pieds à fleurs dou-
bles, les trois quarts des individus qui
en sortent ont conservé les mêmes ca-
ractères (note 14).
On ne peut nier du reste que, par la
culture ou par la domestication, le tempé-
rament des plantes ne soit plus ou moins
modifié, que celles-ci ne perdent peu à
peu leurs caractères primitifs pour en
prendre d’autres en rapport avec le cli-
mat, le milieu, en un mot, avec les con-
ditions dans lesquelles elles sont placées,
et constituent alors des races particu-
lières; nos plantes soit d’ornement, soit
potagères, en offrent de nombreux et
très-remarquables exemples.
Comme exemples, à l'appui de notre
dire, nous pourrions citer les Reines-
Marguerites, la Balsamine des jardins, le
Pied d’alouette, les Dahlias surtout,
qui, lors de leur introduction, et même
très-longtemps encore après celle-ci,
ne donnaient que très-rarement des
plantes à fleurs doubles, tandis qu’au-
jourd’hui c’est le contraire qui a lieu,
et que c’est à peine si l’on en obtient à
fleurs simples. |
Les plantes à fleurs dites doubles exer-
cent-elles sur leurs congénères une in-
fluence susceptible de modifier le pro-
duit de ces dernières?
Bien que cette question puisse peut-
être paraître oiseuse si on l’envisage au
point de vue scientifique, nous devons
néanmoins en parler, parce que l’obser-
vation d’une part, les faits d'une autre,
semblent pencher vers l’affirmative. En
effet que voyons-nous dans l'ordre
ordinaire des choses? Une espèce
est cultivée et multipliée par graines
pendant très-longtemps sans varier au-
17
trement que par les couleurs, par les
formes, par les dimensions,soit destiges,
soit des fleurs. Vient-elle à produire un
individu à fleurs doubles : on constate
que,en général, trés-peu de temps aprés,
on en voit apparaître d’autres également
à fleurs doubles, parfois même en grande
quantité; c’est ce qui s’est produit chez
les Pétunias, les Fuchsias, les Œillets
de Chine, les Œillets de poëte, etc.
(notes 11, 13, 14). j
Du reste ce fait, loin d’être en oppo-
sition avec la loi fondamentale d’évolu-
tion, y est au contraire parfaitement con-
forme; il confirme de tous points ce que
nous avons déjà dit plusieurs fois, et
que nous répéterons probablement en-
core, que, dans la nature, tout individu
a une tendance à reproduire ses carac-
tères, tendance d'autant plus grande
que sa puissance vitale est plus considé-
rable, et, sous ce rapport, les plantes à
fleurs doubles, en général, sont bien
partagées.
Ilest bien clair toutefois que, dans
cette circonstance, nous considérons
comme à peu près dépourvues d’in-
fluence fécondatrice lesfleursentièrement
pleines, c’est-à-dire celles chez lesquelles
la transformation des organes sexuels
est complète. Celles-ci sont des sortes
d’eunuques végétaux. Mais, lorsqu’aucon-
traire la duplicature est incomplète, qu’il
reste quelques organes sexuels assez bien
conformés pour être aptes à la fécon-
dation, il est hors de doute que les
plantes qui présentent ce caractère sont
propres à donner des individus à fleurs
doubles. Cependant, comme il pourrait
se faire que, par suite de la multiplicité
des pétales, ces organes ne pourraient
que difficilement exercer leur influence,
on devra, dans certains cas, venir en aide
à la nature en facilitant le rapproche-
ment des sexes (note 19).
De ce qui précède il résulte que, tou-
tes les fois que dans un semis quelcon-
que il se trouvera un ou plusieurs in-
dividus à fleurs doubles, on devra les
surveiller avec soin, et faire en sorte
que, au moment de-la floraison, ils puis-
sent être rapprochés d’autres auxquels
on voudrait transmettre leurs caractères.
Quelques mots aussi au sujet des va-
riétés qui présentent des formes parti-
culières pourindiquer la marche à suivre
pour les fixer.
PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Par le mot forme il faut entendre
l'aspect, la tenue, en un mot le facies,
ou, comme on le dit encore, le cachet
ou le port d’un végétal quelconque ;
ainsi il y a les formes pyramidale, buis-
sonneuse, lombante, etc. Les principes
sur lesquels on se fonde pour obtenir
* ces sortes de variétés sont exactement
les mêmes que ceux que nous avons in-
diqués pour les séries précédentes, c’est-
à-dire qu’on doit choisir, comme porte-
graines, les individus qui présentent au
plus baut degré les caractères que l’on
cherche à reproduire, et,demémeencore
que nous l'avons dit lorsque nous nous :
sommes occupé des autres séries, il faut
- avoir soin d'isoler au besoin ces plantes,
de manière à empêcher que, lors de leur
floraison, elles jouent avec d’autres qui
ne présenteraient pas les mêmes carac-
tères. Ces variétés de formes diverses,
obtenues et fixées par les semis, sont
assez nombreuses; on les rencontre
chez les Reines-Marguerites, les Balsa-
mines, les Quarantaines, les Tagètes ou
Œillets d'Inde, etc.
La grande Capucine (Tropæolum ma-
jus) nous en fournit surtout un exemple
remarquable dans sa forme naine, qui,
au lieu de produire une tige qui s’al-
longe et grimpe comme sa mére, en pro-
duit une pour ainsi dire nulle , de sorte
que la plante forme une sorte de
petit buisson compacte. Nous avons des
exemples analogues dans le Pois nain,
dans la Tomate naine et dans le Pécher
nain, tandis que le Pêcher pleureur nous
fournit un exemple contraire; chez celui-
ci, qui se reproduittrès-bien par noyaux,
les branches retombent jusqu’au sol, sur
lequel elles traînent. :
Nous allons terminer ‘cette série par
l'énumération de quelques variétés re-
Mmarquables par la forme ou par la cou-
leur deleur feuillage, qui se reproduisent
par semis, soit en tout, soiten partie seu-
lement; puis nous en indiquerons quel-
ques autres quiprésentent des caractères
anormaux (des monstruosités), qui se
reproduisent également par graines.
VARIÉTÉS A FEUILLES DÉCOUPÉES OU LA-
CINIÉES SE REPRODUISANT PAR GRAINES.
Juglans regia heterophylla (partim);
Rubus fruticosus laciniatus ;
Sambucus regia cannabifolia (par-
tim).
VARIÉTÉS A FEUILLES COLORÉES SE RE-
PRODUISANT PAR SEMIS.
Hêtre à feuilles
Epine-Vinette à
(partim).
pourpres (partim);
feuilles pourpres
VARIÉTÉS MONSTRUEUSES SE REPRODUI-
SANT PAR SEMIS.
Papaver somniferum monstrosum ;
Scolopendrium officinale monstro-
sum (note 16).
1er GROUPE (2e section).
SEMIS FAIT APRÈS AVOIR OPÉRÉ LA FÉ-
CONDATION ARTIFICIELLE avec combi-
NASON, DANS LE BUT D'OBTENIR DES
VARIÉTÉS.
Précisons d’abord et indiquons ce
qu’on doitentendre par fécondation; puis
nous indiquerons ce qu’il faut entendre
par fécondation artificielle.
Sans entrer ici dans de grands détails,
nous croyons cependant devoir dire
quelques mots sur ce sujet, et rappeler,
ne füt-ce que très-somrmairement,
quels sont les organes qui concourent
à l’accomplissement de ces importants
actes de la vie végétale. Ceci nous paraît
d'autant plus nécessaire qu’on ne peut
pratiquer cette opération avec fruit que
si lon connaît bien les organes à l’aide
desquels elle s'effectue, et même, jusqu’à
un certain point, le rôle qu’ils jouent.
La fécondation des végétaux, de même
que celle des animaux, s’accomplit à
l'aide d'organes particuliers que, d’une
manière générale, on nomme organes
sexuels où organes de la génération.
Chez les végétaux, les seuls qui doivent
nous occuper, ces organes sont contenus
dans les fleurs, ou plutôt ils en font
partie ; dans le plus grand nombre de
cas ils en occupent le centre.
De même encore que chez les ani-
maux, ces organes, dans les végétaux,
sont de deux sortes, mâles et femelles:
ceux-ci portent le nom de pistils; on
donne à ceux-là le nom d'étamines.
L’organe femelle ou pistil, lorsqu'il est
complet, se compose de trois parties
principales, qui sont, en allant de bas en
haut, l'ovaire, lestyle, etenfinle stigmate.
L'ovaire est la partie renflée, ‘creuse
à l’intérieur, dans laquelle sont placés
DANS LES VÉGÉTAUX. s 19
de petits corps nommés ovules (très-
jeunes graines non fécondées).
Le style est la petite colonne qui ré-
sulte du prolongement, du rétrécisse-
ment et de la soudure des pièces qui,
réunies, constituent l'ovaire; il est creux,
plus ou moins allongé, et se termine le
plus souvent par une partie renflée sus-
ceptible de prendre des formes très-
diverses. C’est à cette dernière qu'on à
donné le nom de stigmate, qui, toujours
dépourvu d’épiderme, laisse ordinaire-
ment, à une certaine époque de son dé-
veloppement, éranssuder une sorte de
0 . °
liqueur épaisse, sirupeuse ou visqueuse.
De ces trois parties, qui le plus ordinai-
rement composent le pistil, deux, l'o-
vaire et le stigmate, sont indispensables;
quant à la troisième (le style), elle peut
manquer sans que cela nuise à la fécon-
dation.
L'étamine se compose également de
trois parties qui sont : le petit pied ou
support, qui ordinairement s’insére sur
le réceptacle ou fond de la fleur : on le
nomme filet ; il est surmonté d’une par-
tie renflée ou sorte de sac : c’est l'an-
thère, qui, creuse à Pintérieur, renferme
le pollen, qui, à cause de ses propriétés,
de sa nature et de son aspect les plus
ordinaires, est souvent aussi nommé
poussière fécondante. :
Le filet, qui est plus où moins al-
longé, ténu (d’où son nom fil), n'est
pas non plus indispensable; de même
que le style, il peut manquer sans que
pour cela la fécondation ne puisse s’o-
pérer.
Pour qu'il y ait fécondation il faut
non-seulement qu'il y ait contact du
pollen et du stigmate, maïs il faut encore
que ces organes se trouvent dans des
conditions particulières que nous indi-
querons plus loin.
Lorsque lerapprochement des sexes se
fait naturellement, le phénomène, quelle
que soit la manière dont il s’accomplit,
est désigné par le nom de fécondation,
parfois de fécondation naturelle; lors-
qu’au contraire. l’homme intervient soit
pour assurer purement et simplement
la fécondation, soit, en opérant à l’aide
de combinaisons particulières, dans le
but d'obtenir des résultats en quelque
sorte prévus, le phénomène, par oppo-
ll prend le nom de fécondation arti-
cielle.
Dans l’acception la plus rigoureuse,
en parlant de la fécondation naturelle,
on la dit directe ou immédiatelorsqu’elle
a lieu entre les organes d’une même
fleur, indirecte ou médiale lorsque,
s’opérant également d'elle-même, elle a
lieu ,soitentre des fleurs différentes pla-
cées sur la même plante, soit entre des.
plantes différentes, avec le secours du
vent ou avec l’aide des insectes.
La fécondation naturelle directe ne
peut donc s’opérer que chez les plantes
dont les fleurs sont pourvues des deux
sortes d'organes sexuels, par conséquent
chez les fleurs hermaphrodites. Quant à
la fécondation naturelle indirecte, elle
peut présenter une foule de particula-
rités dont nous n’avons pas à NOUS OCCU-
per ici, telles que la fécondation entre
espèces diverses, entre des plantes à
fleurs monoïques, dioiques, etc.
Indépendamment de ce qui vient d’ê-
tre dit, les fécondations, soit naturelles,
directes ou indirectes, soit artificielles,
peuvent parfois s’opérer entre des plan-
tes qui occupent différents degrés dans
la série végétale, d’où il résulte des 1n-
dividus hybrides, des métis, etc., à di-
vers degrés.
Après avoir fait connaître les organes :
sexuels, disons quelques mots de l’en-
semble des fleurs. |
Considérées d’une manière générale,
les fleurs, quant à leur conformation,
présentent, lorsqu'elles sont complètes,
quatre séries distinctes d'organes, qui
sont, en allant de la circonférence au
cenire :
4o Le calice, qui est le plus généra-
lement vert, de nature foliacée ;
90 La corolle, qui est la partie la plus
brillante de la fleur, et qui est aussi très-
diversement colorée; elle se compose soit
d’une, soit de plusieurs pièces ;
30 Les étamines ;
4 Le pistil.
Le calice, de même que la corolle,
peuvent présenter des différences nota-
bles, soit de forme, de couleur, ou
de nature, etc.; ils peuvent aussi être
formés d'une seule pièce, comme ils
peuvent l'être de plusieurs. Dans Île
premier cas on les dit monosépales s’il
s'agit du calice, monopétales s’il s’agit
de la corolle; dans le deuxléme cas on
les dit polysépales S'il s’agit du calice,
| polypétales lorsqu'on à affaire à la corolle.
PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Toutesles fleurs ne sont cependant pas
pourvues de ces divers organes: chez un
grand nombre certains n'existent pas:
il est même des plantes dontiles fleurs
sont réduites à un seul organe sexuel,
chez les Conifères par exemple.
Quelquefois aussi les organes floraux
sont profondément modifiés, et présen-
tent, soit dans leurs formes, soit dans
leurs dimensions, les différences les plus
grandes; d’autres fois encore la corolle,
au lieu d’avoir l'ampleur et l'éclat qu’elle
présentele plusordinairement,estréduite
à des rudiments ou sortes d’appendices
peu apparents, de sorte que, pour la re-
connaître, il faut avoir une certaine ha-
bitude d'observation, et dans quelques
cas même !l faut l'œil exercé d’un bota-
niste. Ce sont là toutefois des exceptions
dont nous n’avons pas à nous occuper
ici.
Considérées sous le rapport des Orga-
nes sexuels, toutes les fleurs ne sont pas
non plus conformées de la même ma-
nière; ainsi il en est qui ne renferment
que des étamines, tandis que d’autres
ne renferment que des pistils : les unes
comme les autres sont dites uniseruées ;
celles qui ne renferment que des étami-
nes sont appelées fleurs mâles, ou fleurs
Staminées, par opposition à celles qui ne
renferment que des pistils, qu’on nomme
fleurs femelles ou fleurs pistillées. Les
fleurs qui renferment ces deux sortes
d'organes sont dites ou hermaphrodites
Ou bisexuées.
Il est aussi des espèces de plantes qui,
sur un même pied, ne produisent des
fleurs que d’une seule sorte, soit mâles,
soit femelles : on les nomme fleurs
diniques; tels sont le Chanvre, le
Pistachier, le Dattier, le Dioscorea
Bataias, V'Akebia quinata, ete. I est au
contraire d’autres espèces qui sur le
même individu portent les deux sortes
de fleurs unisexuées : on les nomme
monoiques ; tels sont les Noyers, les Ché-
nes, les Châtaigniers, le Maïs, les Me-
lons, les Potirons, les Concombres, les
Typhas, les Arum.
Il est facile de comprendre que, pour
toutes ces plantes dont les sexes sont
séparés et placés à des distances plus ou
moins grandes les unes des autres, s’il
n'y avait point d’intermédiaires, il ar-
riverait fréquemment que la féconda-
tion ne pourrait s’opérer. C’est ce qui
explique pourquoi les Melons, de même
que la plupart des autres Cucurbitacées
qu'on cultive comme primeurs, ont par-
fois tant de difficulté à nouer leurs fruits,
ou, comme on le dit dans la pratique, à.
arrêler, fait qui résulte de ce que, quand
les plantes sont en fleurs, il fait souvent.
tellement froid qu’on ne leur donne que
peu ou point d’air, de sorte que, les
fleurs n'étant pas agitées, la dissémina-
tion du pollen n’a pas lieu, et qu’il n’en
arrive pas aux fleurs femelles. Dans ce
cas encore la cause d’insuccès est aug-
mentée par cette raison que les insec-
tes, qui dans la fécondation jouent un
rôle important en allant butiner dans les
fleurs, ne le peuvent pas, les coffres
étant presque constamment fermés. On
pourrait Jusqu'à un certain point remé-
dier à cet inconvénient en pratiquant la
fécondation artificielle (note 17).
Nous avons cru devoir entrer dans
tous ces détails afin de mettre le lecteur
au Courant de certains faits qui, bien
que généralement connus, sont encore
ignorés de plusieurs, de manière que,
connaissant bien ces particularités, il
puisse, guidé par ces explications, se
rendre bien compte de la fécondation
arüificielle, et au besoin l'appliquer avec
succés.
Voyons maintenant quelles sont les
conditions les plus favorables pour pra-
tiquer avec succès la fécondation artif-
cielle. Deux conditions sont indispensa-
bles : la première, c’est que les organes
sexuels soient en bon état, c’est-à-dire
dans des conditions parfaites de déve-
loppement, et que les anthères puissent
s'ouvrir pour donner passage au pollen,
qui doit être bien conformé. Il faut, en
ouire, que le stigmate soit également
dans de bonnes conditions pour rece-
voir ce dernier, c’est-à-dire qu’il sé-
crête cette sorte de viscosité dont nous
avons parlé plus haut (note 18).
La deuxième condition, qui n’est ni
moins nécessaire ni moins importante
que la première, c’est que les plantes
qu'on veut féconder soient parenltes ,
qu’elles appartiennent à la même es-
péce, ou tout au moins au même genre
(note 19). |
On a beaucoup discuté aussi sur le
point de savoir quel est le moment le
plus favorable pour pratiquer la fécon-
dation. Ce moment ne peut être précisé
L
+ 2
DANS LES VÉGÉTAUX, 21
d’une manière absolue; on ne peut que
l'indiquer d’une manière générale, et
dire que c’estdepuis huitheures du matin
jusqu’à environ midi, lorsque la chaleur
solaire a déjà réchauffé les organes et
distendu leurs tissus (note 20). Toute-
fois ce n’est là qu’une indication rela-
tive, car il ne peut être douteux que
le moment le plus avantageux d’opérer
varie suivant les conditions dans les-
quelles sont placés les individus, sui-
vant la nature de ceux-ci, et probable-
ment aussi suivant l’état d’épanouisse-
ment des fleurs; car, puisque, sur la
plupart des plantes, les fleurs s’épa-
nouissent continuellement, leur état de
développement, amoureux, pourrait-on‘
dire, doit être différent pour chacune
d'elles. :
Le moment précis qui convient pour
féconder les végétaux est peut-être ce
qu’il y a de plus difficile à saisir, et c’est
même peut-être à cause de cela qu’on
échoue si souvent lorsqu'on pratique la
fécondation artificielle. Disons encore
qu’un certain degré de température est
nécessaire, mais que ce degré, variable
suivant les individus, est très-difficile à
apprécier. Nous pouvons admettre qu’au
dessous de 0° degré la fécondation ne
peut s’opérer, mais qu’à partir de là la
température pourra, suivant les plantes,
s'élever jusqu’à 40 degrés et peut-être
même au delà. D'une autre part encore,
il est bien clair que le moment le plus
convenable d'opérer la fécondation devra
en outre varier suivant que l’épanouisse-
ment des fleurs aura lieu soit le jour, soit
la nuit, soit à telle ou à telle heure de la
Journée. Il est hors de doute, par exem-
ple, qu’on ne pourrait féconder le Cereus
grandiflorus le jour, puisqu'il ne fleu-
rit que la nuit; que la Belle de nuit,
qui épanouit ses fleurs vers le soir
pour les fermer le matin, ne pour-
rait non plus être fécondée dans le milieu
_de la journée. Il en est de même encore
pour les Zpomea, les Calystegia, etc.,
qui présentent les mêmes particula-
rités. Jusqu'ici il n’y a rien de précis;
c’est par suite de tâtonnements et par des
observations attentives qu’on parvien-
dra à découvrir, pour une plante don-
née, quel est le moment le plus favorable
pour opérer la fécondation de ses fleurs;
ainsi, pour la Vanille, ce moment est vers
dix heures du matin, moment qui, du
reste, paraît être le plus convenable
pour la plus grande partie des végé-
taux. Toutefois l’état de l'atmosphère
(clair ou nuageux), une température éle-
vée ou basse pourront encore détermi-
ner des modifications dans l'heure
d'opérer.
Revenant aux conditions générales les
plus avantageuses pour pratiquer la fé-
condation artificielle, nous ajouterons à
ce qui à été dit ci-dessus qu'il faut aussi,
toutes circonstances égales d’ailleurs,
lorsqu'on veut opérer, qu'il fasse sec et
chaud, de manière que les organes soient
dépourvus d'humidité et que leur action
soit plus énergique (note 21).
D'une autre part, comme la féconda-
tion artificielle se pratique presque tou-
jours en vue d'obtenir un résultat prévu,
il faut, pour obtenir ce résultat, prendre
certaines précautions pour que rien
ne vienne déranger les combinaisons
qu’on a faites. Pour cela, si la plante est
hermaphrodite, on doit, avant que les
anthères s'ouvrent, enlever avec précau-
tion les étamines (les anthères surtout)
des fleurs qu’on veut féconder; après
quoi l’on attend, pour agir, que l'organe
femelle soit arrivé à un état convenable
de développement. |
Mais, comme il existe un certain nom-
bre de plantes chez lesquelles la fécon-
dation est antéflorale, c’est-à-dire chez
lesquelles la fécondation se fait avant
l'épanouissement des fleurs, on doit dans
ce cas, pour obtenir un bon résultat,
opérer la suppression des étamines avant
que cet épanouissement ait lieu. Nous
pouvons citer comme présentant cette
particularité les Gloxinias; cet exem-
ple est d'autant meilleur qu'il est bien
constaté, et que les nombreuses varié-
tés de ce genre que l’on possède aujour-
d’hui ne datent que d’un petit nombre
d'années, précisément de l’époque où,
ayant eu connaissance de ce fait, on a
agi en conséquence.
Bien longtemps auparavant, on avait |
essayé de pratiquer la fécondation arti- |
ficielle de ces plantes, mais toujours |
sans aucun succès; on obtenait bien
des graines en quantité, mais celles-ci
ne produisaient jamais que des plantes
à peu près semblables à celles dont elles
provenaient. Il ne pouvait du reste
en être autrement, puisque, lors-
qu’on opérait la fécondation artificielle,
99 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
fécondation naturelle, directe, était
opérée par les propres organes des
fleurs.
Toutefois, relativement au moment
où les organes sexuels semblent être dis-
posés à exercer leur action, il peut dans
certains cas se montrer des différences
assez grandes, des sortes d'anomalies
apparentes. (Voir plus loin comment une
température et des conditions de milieu
différentes peuvent, au point de vue de
l'époque de développement des organes
sexuels, déterminer de profondes modifi-
cations.)
Pour les plantes dont la floraison est
antéflorale, voici comment il faut opérer :
Lorsque le bouton est déjà trés-gros
on le fend longitudinalement sur l’un
des côtés avec la lame d’un canif; puis
on ouvre un peu la fente pour y intro-
duire une petite pince à l’aide de la-
quelle on enlève les étamines, bien en-
tendu avant l'ouverture des anthères.
On laisse ensuite les choses en cet
état jusqu’à ce que le stigmate soit bien
développé ; alors on apporte sur ce der-
nier du pollen de la plante qu’on a
choïsie pour père et dont on veut pro-
pager les caractères.
Certains auteurs ont conseillé l'emploi
d'un pinceau pour recueillir le pollen ;
cest là, suivant nous, un système
grossier, très-bon lorsqu'il ne s’agit
que d'assurer la fécondation simple,
c'est-à-dire la production de graines
telles quelles, mais insuffisant si l’on
voulait opérer avec précision, par suite
de combinaisons, afin d'obtenir un résul-
tat prévu. En effet, il est facile de com-
prendre que, quelque soin que lon
prenne, il restera presque toujours dans
le pinceau un certain nombre de grains
de pollen; or, comme ce pollen, qui
provient de diverses plantes, peut
occasionner une confusion, qui exclut
toute cerlitude, qui vient déranger les
calculs et en rendre le résultat douteux,
il faudrait donc, pour éviter cet inconvé-
nient, se servir d'autant de pinceaux
que l’on voudrait pratiquer de féconda-
tions diverses. Ce qu’il y a de mieux à
faire, lorsque la chose est possible et
qu'on tient à avoir un résultat certain
et précis, c’est de prendre les étamines
par le filet, soit avec les doigts, soit à
l’aide d’une petite pince, et d'appliquer
l’anthère sur le stigmate.
Si, au lieu d’être hermaphrodites, les
fleurs qu’on veut féconder étaient soit
monoiques, soit dioiques, on veillerait à
ce que les fleurs femelles ne soient point
fécondées par d’autres que par les fleurs
mâles des plantes dont on veut repro-
duire le caractère. |
Lorsqu'on pratique la fécondation
arüficielle des fleurs en vue d’en obtenir
des variétés nouvelles, on se fonde sur
cette idée, vraie en principe, que, dans
l'acte de la génération, tout être, en rai-
son de la tendance qu’il a à reproduire
ses caractères, peut aussi, en ralson de
cette même loi, en communiquer une
partie plus ou moins grande à l’individu
avec lequel il est mis en contact, d’où
peuvent résulter et .résultent très-sou-
vent des intermédiaires qui participent
à la fois des caractères que présentent
les deux individus dont ils proviennent.
Nous pourrions, à l'appui de notre
dire, citer un nombre considérable de
plantes qui, en effet, tiennent le milieu
entre d’autres dont elles sont issues;
nous citerons seulement les suivantes :
Rhododendron Princesse Royale, pro-
duit du Rh. Javanicum, Weïtch, avec
le Rh. jasminiflorum ; 1 est intermé-
diaire entre ces deux plantes; ses feuilles
rappellent le Rh. Javanicum, tandis que
ses fleurs sont semblables à celles du
Rh. jasminiflorum, mais un peu plus
grandes.
Gatleya Dominiana, produit du €.
amethystina et du C. labiata; il tient
de ce dernier par la forme et la gran-
deur des fleurs, et du C. amethystina
par son faciès général.
Le BegoniaDregei, plante caulescente,
fécondé par une variété du B. rex, a pro-
duit le B. Dregei à feuilles panachées,
plante entièrement semblable à la mère
par le port, au père par les panachures.
Le Begonia discolor, fécondé par le B.
rex ou par l’une de ses variétés a pro-
duit en très-grande quantité des plantes
semblables entre elles, qui ne différent
du B. discolor que par les feuilles, qui,
au lieu d’être rouge brun, sont complé-
tement panachées. Dans cette circons-
tance, de même que dans les exemples
précédents, la mère a conservé tous ses
caractères comme végétation, le père
a donné l’habit (les panachures).
Le Begoma discolor, fécondé par le
B. splendida, a produit en très-grande
or
om ts R n< MdShh" ots
DANS LES VÉGÉTAUX. 23
quantité des graines qui, semées, ont
donné un très-grand nombre d’indi-
vidus tout à fait intermédiaires entre les
deux parents, mais tellement semblables
entre eux qu'on n’en pouvait guère
faire qu’une variété. Au lieu d’être
glabres comme l’est le B. discolor, ces
intermédiaires sont couverts de poils,
sur toutes leurs parties; mais ces poils
au lieu d’être rouges et très-serrés,
comme ils le sont chez le B. splendida,
sont roux et moins denses.
Le Magnolia Soulangeana, résultat
d’une fécondation artificielle du Magno-
lia purpurea et du M. Yu-lan, est in-
termédiaire entre ces deux espèces.
Amaryllis formosissima hybrida.
Les plantes qui proviennent de ce
semis, quoique très-âgées, n’ont pas en-
core fleuri; elles proviennent de l’A-
maryllis formosissima (père) et de A.
longifolia (mère); par le port elles
sont intermédiaires entre les deux pa-
rents. Pourtant elles sont plus vigou-
reuses et plus fortes dans toutes leurs
parties que l'A. formosissima, elles
sont moins fortes que l'A. longifolia,
mais, de plus, elles tiennent du pêre par
leur mode de végétation; elles donnent
beaucoup de caïeux, tandis que leur
mère, l'A. longifolia, n’en donne pour
ainsi dire jamais.
Anemone Japonica hybrida.
Anemone elegans.
Issue de la fécondation de l’Anemone
Japonica et de VA. vitifoliu, cette plante
estintermédiaire entre ces deux espèces.
Toutefois elle se rapproche beaucoup
plus de celle-là que de celle-ci.
Crinum Meldense.
Amaryllis Meldensis.
Cette plante, obtenue en fécondant
l'Amaryllis longifolia par le Crinum
Taitense, tient exactement le milieu
entre ces deux espèces; mais, tout en
conservant les caractères généraux des
deux parents, elle a néanmoins CONservé
le tempérament de la mère, c’est-à-dire
sa rusticité.
Dianthus hybridus Quetierit.
Issue du D. Hedwigiüi et de lŒillet
Flon, cette plante est caulescente, très-
ramifiée; ses fouilles sont longues, rai-
des, longuement aiguës. La tige ainsi que
les ramifications sont noueuses. L'aspect
glaucescent bleuâtre de toute la plante
rappelle le D. Hedwigii, dont il a con-
servé les fleurs.
Dianthus barbato-superbus.
Cette plante, issue du Dianthus barba-
tus et du D. superbus, est intermédiaire
entre ces deux espèces; ses tiges, plus
ramifiées, sont plus dressées; les fleurs
sont très-largement fimbriées. Elle est
subvivace.
Dianthus Hedwigi barbatus.
Obtenus en fécondant le Dianthus
Hedwigi par le D. barbatus, ces hybri-
des sont tout à fait intermédiaires entre
les deux parents; leurs fleurs, un peu
plus petites que celles du D. Hedwigü,
sont plus grandes que celles du D. bar-.
batus. Quelques pieds sont à fleurs .
doubles.
Spiræa Billiardir.
Provenant de la fécondation du Spiræaæ
salicifolia et du S. Douglasü, le S. Bil-
liardii est intermédiaire entre ces deux
espèces ; ses feuilles, un peu plus longues
et plus acuminées que celles du $S. Dou-
glasii, ne sont pas glauques comme
celles de ce dernier ; l’inflorescence est
intermédiaire; les fleurs sont d’un beau
rose foncé.
Papaver hybridum Meldense.
Cette plante, très-curieuse, est issue
du Papaver bracteatum fécondé par une
variété à fleurs doubles du P. rhœas;
elle est haine, très-rameuse; ses feuilles
rappellent celles du P. rhœas, un peu
plus fortes toutefois ; ses boutons rappel-
lent ceux des Coquelicots; ses fleurs, un
peu plus grandes que celles de ce der-
nier, sont moins grandes que celles du
P. bracteatum dont elles ont l'aspect
général.
Papaver somniferum bracteatum.
Rien de plus curieux que la série de
plantes que nous comprenons sous ce
nom; elles proviennent du Papaver som-
niferum fécondé par du pollen pris sur
des hybrides issues de la fécondation du
P, bracteatum par le P. sommiferum.
Aussi tous les individus résultant de cette
deuxième fécondation étaient-ils à peu
près stériles. Le caractère de faciès do-
minant était celui du Papaver somnife-
rum; néanmoins on pouvait partager
à
pe
Hi
24 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
toutes ces plantes en deux groupes : l’un
contenait celles dont le faciés rappelait le
P. somniferum, mais avec cette diffé-
rence que les tiges, au lieu d’être ra-
mifiées comme chez ce dernier, étaient
simples et uniflores. Il partait du collet
de ces plantes des bourgeons qui sem-
blaient faire présager qu’elles seraient
vivaces. Les plantes de l’autre groupe,
beaucoup moins nombreuses, sem-
blaient, par leur aspect général, se rap-
procher davantage du Papaver bractea-
tum ; leur ovaire, au lieu d’être renflé
etrond comme chez les précédents, était
três-atténué à la base, qui se confondait
avec le pédoncule; les ramifications, au
lieu de partir du pied, sortaient de la
tige, de sorte que, sous ce rapport, il y
avait renversement des caractères.
_Le fait le plus curieux dans cette
circonstance, c’est d’abord que tous ces
individus, bien que provenant de graines
d’une plante annuelle, paraissaient être
vivaces; de plus ils étaient rustiques.
Ainsi, malgré un hiver rigoureux (celui
de 1863-64), ils n’ont aucunement sout-
fert, tandis qu'à côté des plantes pro-
venant de diverses variétés du P. som-
niferum, placées dans les mêmes condi-
tions, ont élé complétement détruites.
Gesneria Donkelariana.
Cette plante, issue par fécondation
artificielle du Gesneria discolor et du
Gloxinia caulescens, a tous les carac-
tres extérieurs du Gesneria discolor;
seulement ses fleurs sont plus gran-
des. Mais cet hybride, ainsi que les deux
suivants, dont l’origine est la même,
présente dans sa végétation la particu-
arité suivante : lorsqu'on le muliplie
par boutures de feuilles, ces boutures
produisent des bulbilles; mais ces der-
nières, bien qu’elles ne produisent jamais
de parties foliacées, n’en continuent pas
moins à végéter ; elles acquièrent même,
avec les années, d’assez grandes dimen-
sions.
Gesneria Miellezii.
Issu, comme le précédent, du Gesne-
neria discolor et du Gloxinia caulescens,
le G. Miellezi est beaucoup plus rappro-
ché du Gloxinia que du Gesneria: ses
Îleurs sont plus petites que celles de ce
dernier ; mais, au lieu d’être penchées,
elles sont droites.
Gesneria pyramidalis.
De même que les deux précédents,
celui-ci est issu de la fécondation artifi-
cielle du Gesneria discolor et du Gloxi-
nia caulescens ; son port rappelle un peu
le G. Miellezii, mais ses fleurs sont sem-
blables à celles des Gloxinias; elles sont
aussi plus ou moins penchées.
Nous ferons remarquer que, lorsqu’on
s’y prend à temps, on peut croiser entre
elles presque toutes les plantes du groupe
des Gesnériacées; aussi n'est-il pour
ainsi dire plus possible d’assigner des
caractères solides à aucun des genres
qu'il renferme, et presque tous, aujour-
d’hui, ont des caractères communs.
Du pollen et de sa conservation.
Le pollen pouvant conserver ses facul-
tés fécondatrices pendant un temps
plus ou moins long, une année et même
plus (note 22), on peut facilement le
transporter à d'assez grandes distances.
Pour conserver le pollen ondoit le re-
cueillir par un temps sec et lorsqu'il est
dans de bonnes conditions de dévelop-
pement, c’est-à-dire lorsque les anthères
commencent à s'ouvrir ; puis l’envelop-
per dans un peu de papier de soie qu’on
renferme dans une petite boîte de car-
ton. Si l’on doit s’en servir au bout de
peu de temps il suffit de placer cette
boîte dans un lieu sec, à l'abri du soleil,
et, autant que possible, d’une trés-forte
chaleur. Si, au contraire, on veut conser-
ver le pollen pendant longtemps, le faire
voyager, par exemple, il faut, avant de
le renfermer, le laisser ressuyer entre
deux papiers; puis, lorsqu'il est bien sec
et arrangé comme ïil vient d'être dit,
renfermer le tout dans une petite boîte
en carton qu’on place dans une boîte en
bois.
Quelle que soit la nature de l’enve-
Zloppe dont on s’est servi pour conserver
PP
le pollen, on doit toujours le préserver
avec le plus grand soin de l'humidité. Il
faut aussi éviter de faire usage de boîtes
métalliques; elles ont l'inconvénient de
s’échauffer fortement, de sorte qu’elles
pourraient faire subir au pollen une
sorte de fermentation qui lui enlèverait,
plus ou moins, ses propriétés fécon-
dantes. La fermentation, toutes choses
égales d’ailleurs, est d'autant plus dan-
gereusequ'elle s’éxerce dans un endroit
plus hermétiquement fermé; dans ce:
DANS LES VÉGÉTAUX. 95
<as il y a bientôt non-seulement altéra-
tion, mais pourriture. Les corps poreux,
tels que le papier, le carton et le bois,
sont donc ce qui convient le mieux pour
conserver le pollen. |
Lorsqu'on n’a en vue que d’obtenir
des variétés, sans tenir plutôt à tel ca-
ractère qu’à tel autre, au lieu de prati-
quer la fécondation, on peut se borner
à rapprocher l’une de l’autre les plantes
qui, avec des caractères organiques
" semblables, mais différentes soit par le
port ou faciès, soit par la grandeur,
par la forme ou par la couleur des
fleurs, fleurissentnéanmoins à la même
époque. Dans ce cas ce sont les insectes
qui, en allant butiner dans les fleurs,
font toute la besogne ; en emportant du
pollen d’une fleur, qu’ilslaissent tomber
Sur le stigmate d’une autre, il résulte
des mélanges, et, comme conséquence,
des variétés qui ne se produiraient pas
Si les plantes étaient placées à. de grandes
distances les unes des autres. La plupart,
Soit des hybrides, soit des variétés du
commerce, n’ont pas d'autre origine.
- Tout ce qu'il y a d’essentiel en ce
qui concerne la fécondation artificielle,
tous les soins qu’on doit avoir et toutes
les précautions qu’on doit apporter pour
assurer le succès de cette opération
ayantété décrits, il reste à en faire l’ap-
plication, ce qui, on doit lecomprendre,
n'est plus qu'une question de combi-
naisons, dont les principes, qui sont re-
latifs, doivent varier suivant les condi-
tions dans lesquelles on se trouve placé,
Suivant la nature des plantes sur les-
quelles on opère, et,surtout aussi, sui-
vant le but qu’on se propose d'atteindre.
Nous allons donc, mais seulement pour
mémoire, pour ainsi dire, en indiquer
Quelques exemples, en les basant toute-
fois surune hypothèse, ce qui, danscette
Girconstance, est biensuffisant, puisqu'il
ne s’agit que d'indiquer la marche à
suivre.
Ainsi, supposons qu’on possède deux
variétés d’une plante à fleurs hermaphro-
dites, et qu’on désire, soit obtenir des
intermédiaires entre elles, soit faire do-
miner tel ou tel caractère particulier à
lune d’elles; voici comment on doit
procéder. C’est une affaire toute pra-
que.
Au lieu de laisser leurs fleurs se fé-
Conder par elles-mêmes, on enlève,
avant l’anthère, les étamines des fleurs
qu'on destine à devenir mères; puis,
lorsque leur stigmate est bien développé,
on apporte et l’on dépose à sa surface
du pollen qu’on a pris sur les fleurs de
l'autre plante.
Si par hasard les deux plantes qu’on
veut féconder ne fleurissaient pas à la
même époque, 1l faudrait, lorsque s’épa-
nouiraient les. fleurs de celle qui doit
servir de père, en recueillir le pollen et
le conserver jusqu’à l’époque où l’on en
aurait besoin.
Si, entre les plantes qu’on veut fécon-
der, il y avait, lors de la floraison, quel-
que obstacle matériel qui s’opposât à leur
rapprochement, on devrait tâcher de le
faire disparaître. Ainsi il est un certainf
nombre de végétaux dans nos cultures,
soit par la disposition des organes, soit
par toute autre cause, qui ne peuvent se
féconder d'eux-mêmes et pour lesquels
il faut opérer la fécondation artificielle;
telle est, par exemple, la Vanille, ainsi
qu'à peu près toutes les espèces d’Or-
chidées. |
Si l’on avait affaire à des plantes
monoïques, et que leurs fleurs, uni-
sexuelles, fussent trop éloignées les unes
des autres pour qu’il y ait contact des
organes fécondateurs, il faudrait inter-
venir, et, au moment propice, appliquer
du pollen des fleurs mâles sur le stig-
mate des fleurs femelles; et, dans le cas
encore où les combinaisons exigeraient
l'emploi de pollen étranger à la plante,
il faudrait supprimer toutes les fleurs
mâles, ou du moinsleurs étamines, avant
leur complet développement: S'il s’agis-
sait de plantes dioïques, on prendrait
les mêmes précautions ; on apporterait,
puis on déposerait sur le stigmate des
fleurs femelles du pollen qu'on aurait
recueilli sur les individus mâles, en te-
nant compie des caractères que l’on
veut propager.
Nous ne nousétendrons pas davantage
sur ce sujet, les combinaisons qu’il com-
porte pouvant varier à l'infini, et pouvant
aussi porter sur les diverses parties des
plantes. |
De tout ce qui précède il résulte que,
lorsqu'il s’agit d'obtenir des variétés, le
succès dépend principalement du choix
dessujets porte-graines, choix qui, étant
lié au but qu’on se propose d'atteindre,
ne peut être indiqué, ni même prévu.
6
PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
dans un cas, l’on voudra faire dominer
tel coloris, telle forme, etc.; dansun autre
cas ce sera l'inverse, Parfois on portera
son attention sur les dimensions des
fleurs, d’autres fois ce sera sur celles des
plantes qu’on voudra agir; parfois en-
core on cherchera, soit des variétés hà-
tives, soit des variétés tardives, soit des
variétés naines, grandes, élancées, PY-
ramidales, buissonneuses, etc. Dans
toutes ces circonstances on devra, pour
obtenir ces différents résultats, combi-
ner les opérations et les baser sur les
principes que nous avons précédemment
indiqués, en tenant compte aussi de ce
que nous disons plus loin relativement
à l'influence des sexes.
Les variétés obtenues à l’aide de la
fécondation artificielle sont excessive-
ment nombreuses. Nous n’en citerons
qu'un petit nombre des plus remarqua-
bles, dont nous avons fait connaître ci-
dessus les particularités. Nous allons
seulement indiquer lesnoms des plantes.
VARIÉTÉS OBTENUES À L'AIDE DE LA
FÉCONDATION ARTIFICIELLE.
Amaryllis formosissima hybrida:
Amaryllis Meldensis;
CCrinum Meldense ;
Anemone Japonica hybrida ;
{ Anemone elegans ;
Begonia discolor variegata ;
splendida ;
— Dregei variegata;
Catleya Dominiana ;
Dianthus Hedwigii barbatus ;
— hybridus Quetierti ;
— barbalo-superbus ;
Gesneria Donkelariana ;
— Miellez;
— pyramidalis ;
Magnolia Soulangeana;
Papaver hybridum Meldense;
— somniferum hybridum;
Rhododendron Princesse royale ;
Spirœa Billiardii. ,
En pratiquant avec soin et avec dis-
cernement la fécondation artificielle, on
peut non-seulement modifier les formes,
les couleurs, les dimensions, soit des
fleurs, soit des feuilles, soit même des
plantes tout entières; on peut encore, à
l'aide de combinaisons particulières,
modifier leurs propriétés, changer plus
ou moins le tempérament des indivi-
dus. Pour atteindre ce dernier résul.
tat il faut, toujours en se fondant sur.
les principes généraux indiqués précé-
demment, lorsqu'on possède une variété
qui présente des qualités particulières
qu'on tient à propager, mais qui offre
aussi quelque inconvénient qu’on veut
éviter, opérer en conséquence. S'agit-il,
par exemple, d’une plante qui est belle,
mais qui est sensible au froid? Dans ce
cas 1l faut la féconder avec une antre
dont les caractères généraux organiques
ne soient pas contraires à ceux qu’on
recherche, et qui en même temps est
plus rustique. On en verra desexemples
plus loin.
Lorsqu'on a affaire à des plantes
dont les fleurs sont trop rapprochées
les unes des autres pour qu’on puisse
opérer facilement, on doit en abattre
un certain nombre et ne conserver que
celles qu’on veut féconder; par la même
raison, si les fleurs sont disposées en
grappes, en panicules, en corymbes, ete.,
on peut enlever toutes celles qui vien-
draient gêner le travail, en ayant soin
de conserver celles qui sont bien cons-
tituées, dont le pédoncule, gros et bien
nourri, atteste qu’il y a de la vigueur.
S'il s’agit d’un grand arbre ou d’une
plante dont le développement ne per-
met pas de féconder toutes les fleurs,
on choisit une ou plusieursbranches,
selon leur force, et même, si celles-ci
portent trop de fleurs, on en supprime
un certain nombre, ainsi qu’il a été dit
plus haut.
Pour rendre l’opération plus sûre on
peut envelopper d’une gaze fine les
fleurs qui sont préparées pour la fécon-
dation, de manière à ce qu’elles ne
puissent recevoir d’autre pollen que
celui qu’on a décidé d’y mettre.
OBSERVATION AU SUJET DE L'INFLUENCE
DES SEXES DANS L’ACTE DE LA FÉCON-
DATION.
Y a-t-il dans la fécondation des êtres
un sexe qui, par son influence, tend à
l'emporter sur l’autre sexe ?
Bien que cette question touche aux
plus hautes considérations physiologi-
ques, et que, par conséquent, on ne doive
l’aborder qu'avec une très-grande ré-
serve, nous croyons cependant, à cause
de l'intérêt qu’elle peut présenter, de-
voir en parler et hasarder quelques hy-
pothèses à ce sujet. Disons d’abord que,
_ DANS LES VÉGÉTAUX. : 27
considéré d’une manière générale, cha-
cun des sexes parait avoir une même
puissance relative; néanmoins, des ob-
servations attentives semblent démon-
trer que l'influence de chacun des sexes,
dans quelques cas du moins, s'exerce dif-
féremment, que l’un porte plutôt sur
certaines parties que sur certaines au-
tres; la pratique paraît même parvenue,
dans une certaine mesure, à reconnaitre
quelle est, en général, l'influence que
chacun d’eux exerce.
D'après lesremarques auxquelles nous
venons de faire allusion, on pourrait
presque poser comme principe que, dans
l'acte de la génération, la forme et la
couleur du père, c’est-à-dire tous les
caractères externes, y compris ceux des
fleurs, tendent à l’emporter, tandis que
la mère tend à dominer organiquement,
c’est-à-dire en ce qui touche à la rusti-
cité, à la vigueur, en un mot en tout ce
qui constitue le tempérament.
Ce sont là évidemment des données
générales qui pourront présenter denom-
breuses exceptions; néanmoins, les quel-
ques .résultats qu'on a déjà obtenus
méritent d’être pris en considération.
Mais, en admettant ce fait, quelle con-
séquence devrait-on en tirer, et surtout
qu'en devrait-on conclure? Ceci : que,
lorsqu'on voudrait obtenir des plantes
rustiques on devrait prendre pour mères
celles qui présentent ce caractère, et
pour pères, d'autresqui, bien que parfois
“moins rustiques, présentent, par leur
caractère extérieur, des qualités que
l'on recherche, par exemple une belle
forme, un*beau port, de belles et
grandes fleurs de telle couleur ou de
telle autre, suivant le but qu’on se
propose d'atteindre. Peut-être pourrait-
on, en se basant sur des principes ana-
logues,lorsqu'ils’agit de fruits, obtenir
des variétés quiprésenteraient des qua-
lités pour ainsi dire prévues (note 25).
Bien que ceci ne soit qu’une hypo-
thèse, elle ne nous paraît pas tellement
dépourvue de probabilité qu'elle ne
doive attirer l'attention des horticul-
teurs. Nous la signalons en passant.
Voici du reste quelques exemples qui
viennent à l'appui de notre dire et qui
semblent démontrer l'influence difié-
rente des sexes sur les diverses parties
des végétaux. |
Parmi les Rhododendrons on distin-
gue, horticolement parlant, deux séries
de plantes, provenant, l’une d’Angle-
terre, l’autre de Belgique. Les plantes
qui appartiennent à la première série
sont rustiques ; celles de la deuxième
_gêlent parfois. Gette différence vient de ce
que, dans le premier cas, onapris-pour
mère une plante extrêmement rustique,
le R. Calesbæi, et que, pour père, on a
pris, parmi les variétés de R. arboreum,
celles qui étaient les plus belles et les plus
remarquables, soit par le coloris, soit
par les formes, soit parles dimensions des
fleurs. On a obtenu de ces fécondations
de très-belles plantes, tenant du R. Ca-
tesbæi par la rusticité et des R. arbo-
reum par les fleurs.
Pour créer la deuxième série, celle de
Belgique, on a pris pour mère le
R. Ponticum (espèce qui gèle parfois,
soit en tout, soit seulement en partie),
et pour père on a pris, comme dans le
cas précédent, des variétés de R. arbo-
reum. On a obtenu de ce croisement
des plantestrès-variéeset très-méritantes
par la beauté, la forme et le coloris des
fleurs; mais ces plantes sont beaucoup
plus sensibles au froid que celles de la
série anglaise; elles tiennent de leur
mére, le R. Ponticum, dont elles ont
même un peu l'aspect (note 24).
Les Glaïeuls d’une part, les Amaryllis
de l’autre, nous montrent des résultats
analogues à ceux qui viennent d’être rap-
portés. Ainsi, quant aux Glaïeuls de la
série dite SoucueT, les expériences fu-
rent commencées vers 1844 (note 25).
Cette fois on prit pour mère une plante
rustique, le Gladiolus Gandavensis, qui,
fécondé par les hybrides de Gladiolus
cardinalis, ramosus, floribundus, etc.,
produisit, entre autres, de ce premier
semis, qaatre plantes regardées comme
méritantes, ce sont Madame Blouet,
Madame Gouder, Monsieur Georgeon
et Mademoiselle Fanny Rouget. La pre-
mire de ces plantes fleurit en 1847; les
trois autres fleurirent en 4848. Ces di-
verses variétés, qui tenaient de leur
mére par le tempérament, c’est-à-dire
par la rusticité, fécondées à leur tour
par les Gr. blandus, cardinalis, floribun-
dus, etc.,et, quelquefois entre elles, pro-
duisirent des plantes qui présentaient
les coloris et les formes les plus diverses, :
tout en ayant conservé la rusticité. Ce
mode de procéder fut suivi avec soin
28 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
pendant cinq à six ans; après quoi
les modifications étaient telles qu'il a
suffi de récolter des graines sur les va-
riétés les plus méritantes pour obtenir
des plantes très-remarquables. En effet,
on trouve aujourd’hui, parmiles variétés
qui sortent de ces semis naturels, pres-
que toutes les formes et les couleurs
de fleurs possibles. Dans cette circons-
tance encore l'influence des sexes peut
se constater, et l’on remarque que beau-
coup de variétés ont conservé les ca-
ractères généraux des types qui, primiti-
vement ont servi de pères, mais avec
cette différence toutefois qu’au lieu
d’être délicates, grêles et élancées, ce
sont, en général du moins, des plantes
vigoureuses, trapues et assez rustiques;
sous ce dernier rapport elles tiennent
de leur mère, le Gladiolus Gandavensis.
Quand aux Amaryllis, on a pris pour
mère l'A. viltata, plante assez rustique,
mais à fleurs petites et étroitement tu-
bulées, plus ou moins rosées et présen-
tant des stries ou bandelettes blanches
(vittata); l'ayant fécondéeavec du pollen
sec, c’est-à-dire avec du pollen conservé
depuisun an de l’Amaryllis pulverulenta,
espèce vigoureuse, mais sensible aux
froids, à fleurs grandes, bien ouvertes et
d’un beau rouge, on obtint, des graines
provenant de cette première fécondation,
des plantes en général rustiques et vi-
goureuses comme leur mère, qui don-
nérent, les unes des fleurs à peu près
blanches, les autres des fleurs rouges,
généralement grandes et bien ouvertes,
comme celles du pére.
Dans une deuxième expérience, où
l'on avait également pris pour mère
l’'Amaryllis vittata, que l’on féconda en-
core avec du pollen des À. pulverulenta
et Brasihensis (deux plantes à fleurs
rouges qui ne sont que des formes
d’un même type), mais, cette fois, avec
du pollen fraïchement récolté, on obtint
une très-grande quantité de plantes
à fleurs rouges comme celles du père;
quelques autres seulement étaient à
fleurs à peu près blanches.
Une troisième expérience, ayant été
faite avec des graines provenant de ces
diverses variétés fécondées entre elles,
produisit des plantes rustiques comme
la mère primitive, l’Amaryllis vittata,
bien qu’en général elles fussent plus vi-
goureusesque cette dernière. Les fleurs,
de formes et de couleurs variées, étaient
aussi beaucoup plus grandes. Ici encore
l'influence des sexes s'était fait sentir.
Un autre exemple qui semble démon-|
trer encore que l'influence des sexes |
dans la fécondation est sensible, et que, !
sous ce rapport, le mâle influe plus par-
üculiérement sur le faciès des plantes,
sur les couleurs et sur les formes des
fleurs, tandis que la femelle influe plus
particulièrement sur le tempérament,
nous est fourni par les Rosiers dits hy-
brides remontants. En effet ceux-ci, qui
ont eu pour mère les Rosiers dits Indiens
(Thés, Bengales, etc.), qui sont remon-
tants, mais sujets à geler, et, pour père,
les Rosiers Provins, qui sont rustiques,
mais qui ne remontent pas, ont produit
des plantes dont le facies général est
celui des Provins, et dont les fleurs pre-
sentent les formes et les couleurs les
plus variées, et qui, pour la plupart, re-
montent comme leur mère, mais qui,
cependant, gèlent parfois, qualité qu'ils
tiennent de cette dernière (note 96).
L'autre exemple de l'influence des diffé-.
rents sexesnous est fourni parle genre
Gynerium ; mais, comme il ne présente
encore aucun individu rustique, il est
donc dépourvu d'influence sous ce rap-
port; mais il en est tout autrement au
sujet de la couleur des fleurs ; le fait est
d'autant plus facile ‘à constater que les
plantes sont dioiques et que les indi-
vidus mâles que nous avons pu observer
sont à fleur rose violacé, ou mieux d’un
gris roux, plus ou moins poudreux ; aussi
tous ceux qui proviennent de semis
ont-ils, pour la plupart, des fleurs de
cette même couleur, plus ou moins fon-
cée', la couleur blanche est très-rare;
c’est une exception.
Sans rien préjuger, eten s'appuyant
sur les divers faits qui précèdent, on peut
en conclure que, dans certains cas, on
pourrait, par le fait de la fécondation ar-
tificielle, arriver, sinon à changer les
types, du moins à les modifier sensible-
ment dansleur descendance, de manière
à les approprier à certains besoins par-
ticuliers en faisant développer telle ou
telle particularité (note27). En effet, en
poussant assez loin les expériences, on
peut affaiblir tellement la force d’ata-
visme que les individus qui naissent de
ces croisements ont des caractères as-
sez forts pour rester permanents et
DANS LES VÉGÉTAUX. 99
constituer une race particulière, qui
pourrait se conserver pour ainsi dire
indéfiniment (note 28).
Nous aurions pu, aux divers exemples
que nous avons cités pour démontrer
l'influence particulière des sexes sur les
diverses parties des êtres qui résultent
des hybridations, en ajouter un grand
nombre d’autres, rappeler les exemples
si remarquables que nous avons eïtés du
Crinum Meldense, des Pavots,des Dian-
thus, etc.; mais ce serait accumuler les
preuves sans ajouter à la valeur de la
théorie que nous émettons, théorie qui,
nous le répétons, pourra présenter de
nombreuses exceptions, sans toutefois
perdre sa valeur, sans cesser de pouvoir
être prise comme guide.
Quelques mots sur l'emploi du Pollen.
En terminant sur la fécondation arti-
ficielle, nous croyons devoir rappeler,
relativement au pollen, qu’il ne faut pas
l'employer lorsqu'il est humide, qu'il
faut non-seulement qu'il soit sec,
mais encore qu’il soit bien arrivé à son
oint de développement. Il est donc bon,
orsqu’on se sert d’étamines dont les an-
thères ne font que commencer à s’ouvrir,
deles laisser pendant quelque temps ex-
posées à une chaleur sèche, de manière
à ce que le pollen, devenu bien pulvéru-
lent, s'échappe avec plus de facilité et
Que son énergie soit augmentée. On de-
vra agir à peu près de même lorsqu'on
se servira de pollen conservé; dans ce
cas, en effet, un peu de chaleur sèche,
un rayon de soleil surtout, en reléverait
la puissance fécondante, parfois un peu
engourdie par le temps. On a cru re-
Marquer aussi que, lorsqu'on prend des
étamines placées à l’intérieur de fleurs
Presque pleines, qui, par conséquent,
n'ont pu être suffisamment insolées, il y
a avantage à les exposer à une chaleur
Solaire douce avant de s’en servir. Dans
toutes ces circonstances on doit éviter
l’action desséchante de l'air et surtout
du vent.
_ OBSERVATIONS PARTICULIÈRES
SUR LA FÉCONDATION,
Il y a quelques genres de plantes chez
lesquellesla fécondation présente certai-
nes particularités qu’il est difficile d’ex-
Pliquer, et qui semblent ne pas concor-
der avec les principes généraux que nous
avons posés. Ces genres appartiennent
au grand groupe désigné par le nom
d’'Amentacées. Nous en citerons deux
exemples, pris parmi des plantes con-
nues à peu près de tout le monde; ils
portent sur les Noyers et sur les Noise:
tiers. Chez ces plantes, en effet, chez les
dernières surtout, les fleurs mâles, ou
chatons, s’ouvrent souvent bien long-
temps avant qu’on ne voie de fleurs
femelles, c’est-à-dire d’ovules ; ceux-ci
n'apparaissent que longtemps après que
les fleurs mâles sont tombées !.
Comment donc se fait-il que dans
des conditions en apparence si désavan-
tageuses, ces ovules puissent être fé-
condés? Pour expliquer ce fait on a dit
que le pollen, lorsqu'il s’échappe des
anthères, tombe là où il y a des ovules
et qu'il s’y conserve jusqu’au moment
où les ovules sont aptes à être fécondés.
Si ce fait est vrai, ce que nous ne nions
pas, il démontre, ainsi que nous l'avons
dit (note 22), qu'il y a des pollens
de bien des natures, et de plus qu’il en est
même dont les facultés fécondatrices se
conservent lorsqu'ils sont exposés à l’air,
où ils semblent avoir besoin de subir une
sorte d’incubation.
Ce que nous avons dit des Noyers et
surtout des Noisetiers, nous pourrions
le dire de certaines espèces de Comiféres.
REMARQUES A PROPOS DES CROI-
SEMENTS.
L'expérience a démontré qu’il arrive fré-
quemment que, chez deux plantes qu’on
soumet à la fécondation , la puissance
fécondante est diverse, c’est-à-dire que,
sous ce rapport, il ne paraît pas y avoir
entre elles une complète réciprocité.
Pour nous faire comprendre, et si nous
représentons ces deux plantes par A et B,
nous dirons qu’il pourra arriver que À
ne puisse féconder B, tandis qu’au con-
traire B pourra très-bien féconder A, et
vice versd, On devra donc, toutes les
fois qu’on ne réussira pas d’une maniére,
essayer l’autre. |
Rappelons aussi que beaucoup de
1 L'année dernière (1864), nous avons observé
certains pieds de Noisetier qui étaient en fleurs dès
la fin de décembre, tandis que les ovules. (fleurs
femelles) n’ont été visibles et ne nous ont paru être
aptes à la fécondation que plusieurs mois plus tard,
c’est-à-dire en mars. Cependant ces Noisetiers ont
donné des fruits qui, semés, ont très-bien germé.
2
D CR —
30 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
fleurs, bien qu'ayant les deux sortes d’or-
ganes sexuels parfaitement conformés,
ne se fécondent pas et restent stériles;
cela vient souvent de ce que les diffé-
rentsorganes nesont pas aptes en même
temps à remplir leur importante fonc-
tion. En général l'organe mâle est
plus tôt disposé que l'organe femelle,
mais presque toujours aussi cette dis-
position ne dure que très-peu de temps,
de sorte que, si l’on ne saisit pas ce
temps favorable, il n’y a point de fécon-
dation'. Une plante qu’à peu près tout
le monde connaît, le Cobæa, nous en
fournit une preuve manifeste; chez
eelle-ci les anthères sont déjà vides,
lorsque le stigmate devient apte à Ja
fécondation ; aussi n’en obtient-on que
très-rarement des graines lorsqu'on
abandonne les choses à elles-mêmes; si,
au contraire, lorsquelestigmate est dans
de bonnes conditions, on prend du pollen
sur des fleurs quine font que commencer
à s'ouvrir, onpeut être à peu près assuré
d’avoir des fruits, puis de bonnes
graines.
L'inégalité de développement dans les
organessexuels du Cobæa est presque tou-
jours déterminée par une température
trop élevée ; aussi, lorsque cette dernière
s’abaisse jusqu’à un certain degré, le dé-
veloppement de l'organe mâle se trouve
ralenti, de sorte qu'il arrive à propos
pour féconder organe femelle. C’est ce
fait qui explique comment, à une cer-
| taine époque de l'été, presque toutes les
| fleurs deCobæa nouent, et pourquoi en-
| core ces plantes sont abondamment char-
| gées de fruits non mûrs lorsquearrivent
| les premières gelées. Une température
de 46 à 20 degrés environ, pendant une
période de quelques jours, est très-fa-
vorable à la fécondation des fleurs des
Cobæa; dans ces conditions, en effet, le
développement des organes mâles et fe-
melles a lieu très-régulièrement, de sorte
qu’ils arrivent à propos pour se fécon-
der. Lorsqu’au contraire la température
est inférieure à 46 degrés pendant plu-
sieurs jours, le développement des deux
sortes d'organes sexuels ne sé fait pas
régulièrement; l'un est. prêt lorsque
l’autre ne l’est pas encore.
1 Le lierre commun nous fournit un exemple de
cette durée plus qu'éphèmère; chez cette plante, en ef-
fet, à peine les anthères sont-elles ouvertes qu'elles
sont déjà sèchesou cornées, ridées; aussi est-il très-
difficile d’en recueillir le pollen.
Ainsi qu’on le voit, une température
trop élevée ou trop basse est nuisible
à la fécondation des Cobæa, et dans l’un
comme dans l’autre cas cette dernière
wa pas lieu si l’on wintervient pour
rapprocher les organes sexuels lorsqu'ils
sont arrivés au point convenable de
développement; et dans ce cas ce ne
sont jamais les organes d’une même
fleur qui concourent à la fécondation,
mais ceux de fleurs différentes. Ici la
fécondation, bien que naturelle, est donc
indirecte (Voir page 19).
Mais, d’une autre part, nous devons
faire observer que toutes les plantes ne
se fécondent pas dans les mêmes condi-
tions; sous ce rapport on peut même
croire, puisque chacune a son tempé-
ramentparticulier, qu’il doit yavoir pour
elle des conditions spéciales où elle de-
vient plus apte à être fécondée. Ge sont
ces conditions, sans aucun doute variées
à l'infini, qu'il serait très-important
de pouvoir déterminer. Mais, de ce
côté, il faut en convenir, on n’a encore
fait que bien peu d'expériences; c’est à
peine si l’on y a pensé.
Le rôle que joue la température dans
la fécondation des plantes est très-im-
portant; c’est à ce point que, dans cer-
tains cas, la température peut modifier
tellement le développement des organes
sexuels qu’elle peut même changer du
tout au tout le moment où ils sont aptes
à la fécondation ; par exemple, elle peut
faire que, d'antéflorale, la fécondation ,
devienne postflorale; c’est le cas pour !
les Petunias. Pour ceux-ci, si, lorsqu'ils
fleurissent, la température se maintient
très-élevée pendant un certain nombre
de jours la fécondation est antéflo-
rale; elle se fait au contraire presque
en même temps qu'a lieu l’épanouisse-
ment des fleurs si la température est
moinsélevée. Enfin, sila température est !
basse, la fécondation n’a souvent lieu que |
plusieurs jours après que les fleurs sont |
épanouies. Il en est de même pour le}
Bouillon blanc, pour les Mufhers, les’
Pentsiemon, etc. (note .29). |
On doit comprendre que les condi-
tions de climat, et surtout de milieu,
peuvent dans certains cas apporter des .
modifications aux faits que nous venons
de citer; nous ne les donnons pas du
reste comme absolus, mais comme des
renseignements dont on devra tenir
ss
DANS LES VÉGÉTAUX. 31
compte lorsqu'on pratiquera la fécon-
dation artificielle.
Observations générales relatives aux
semis considérés au poiñt de vue de la
production des variétés. — Particula-
rités.
, Ainsi qu'on a pu le voir dans tout ce
qui précède, un des points les plus im-
portants relativementaux semis consiste
dans un choix judicieux des porte-
graines; on doit donc apporter à ce
choix une attention toute particulière.
On doit encore, ainsi que nous l'avons
déjà dit, lorsque les individus choisis
appartiennent à des espèces qui s’hy-
brident facilement, les éloigner de tous
ceux avec lesquels ils pourraientjouer,
ce qui nest, pas toujours facile à pré-
voir (note 30). Il est certaines espèces
qu’il suffit de rapprocher les unes des
autres pour qu’elles se fécondent réci-
proquement et que les graines qui en
résultent donnent des individus plus ou
moins différents de ceux dont ils sor-
tent. C’est une propriété qu'on met
Souvent à profit lorsqu'on veut obtenir
des variétés sans avoir recours à la fé-
\ Condation artificielle. "On remarque
|'tusei que, en général, les plantes de
“, vigueur moyenne sont celles qui con-
servent le mieux leurs caractères
I ne faut pas oublier non plus que,
le point de départ de toute variété étant
ordinairement en dehors de nos prévi-
sions comme de notre influence, il faut
avoir soin de visiter souvent les semis
afin de voir si parmi les jeunes plantes
il n’y en à pas quelques-unes qui, à
certains points de vue, pourraient pré-
senter quelques avantages, ét, dans le
cas où il s’en trouverait, on devrait les
marquer pour en récolter les graines
à part, et même, lorsque la chose est
possible, on devra les éloigner, afin de
les soustraire à l’inflüence de leurs voi-
sines, si toutefois cela était néces-
saire.
C’est en agissant ainsi qu'on est par-
. venu à créer une multitude de races
“ renfermant elles-mêmes des sous-races
_ trés-constantes dans leur reproduction.
Cependant, comme tout à des limites, et
qu’un type quelconque ne peut s’amé-
liorer indéfiniment, il faut, dans tous les
choix, savoir s'arrêter à temps, et ne
pas continuer à chercher là où il n’y a
plus rien à obtenir, Ici l'observation
seule peut servir de guide. Ainsi, on re-
marque parfois dans une espèce quel-
conque que certaine variété, quoique
trés-méritante, ne doit plus être prise
comme porte-graines ni même comme
mère à bouture (note 32) parce qu’elle
ne donne plus rien de bon; elle semble
épuisée. 11 faut alors, pour obtenir de
nouvelles variétés, prendre des graines
sur des plantes qui proviennent d’eile,
bien que parfois ces plantes paraissent
moins belles (note 33), à moins toute-
fois, lorsque la chose est possible, qu’on
ait recours à’hybridation, et qu’à l’aide
d’un pollen étranger on cherche de
nouveau à apporter une perturbation
dans son organisme.
Faisons encore observer que, dans
les espèces où les variétés sont nom-
breuses, on remarque fréquemment
chez certaines d’entre elles unetendance
à s’affaiblir, à pousser moins ou à de
venir sujettes à des maladies particu-
lières qui en rendent la culture très-dif-
ficile, parfois presque impossible.
Lorsque ce fait se présente, il ne faut
pass’obstiner à conserver ces variétés ;
ce qu’il y a alors de mieux à faire, c’est
de les abandonner; on peut dire qu’elles
sont wsées. C'est un fait que la scienec
théorique nie, mais que l'observation et
Fexpérience démontrent comme rigou-
reusement vrai. Nous pourrions en ci-
ter de nombreux exemples, nous en in-
diquerons seulement deux. Îls portent
sur les variétés de Pélargoniums connues
sous le nom de Reine des Fantaisies et
de Reine Hortense (note 32).
Le Pélargonium Reine des Fantaisies a
les fleurs grandes, un peu irrégulières ;
les deux pétales supérieurs sont d’un
rose foncé, violacé ou lilas ;les pétales
inférieurs, plus petits, n’ont du violet
qu’à la partie supérieure ; la partie in-
férieure est blanche. Aujourd’hui, ces
fleurs n’ont plus de violet qu’au som-
met, de plus elles sont plus petites et
régulières. Le Pélargonium Reine Hor-
lense a les fleurs régulières, d’un beau
rouge foncé velouté au centre; les péta-
les, entiers, arrondis, ont, comme on
| dit, une bonne forme; ils ont l'onglet
strié, velouté. Cette plante, qui date
d'environ dix ans, présentait dès 1862
des traces de dégénérescence; ainsi, on
remarquait sur certaines ramifications,
des fleurs dont les pétales, au nombre
RE IR TE ee
ie db 5
SERRE RARE CE 4
32 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
de 6, étaient irréguliérement laciniés,
(déchiquetés comme l’on dit vulgaire-
ment) ; les fleurs beaucoup plus petites
qu’à l’état normal,étaient aussi dispo-
sées en bouquets plus compactes; les:
sépales, au lieu d’être au nombre de 5,
étaient au nombre de 6, comme les
pétales des fleurs dégénérées.
Il y a aussi des plantes dont l’épuise-
ment ne se traduit que par une dimi-
nution dans la vigueur et tout particu-
lièrement dans la dimension des fleurs ;
telles sont certaines variétés de Geanotus
azureus; ainsi, on en voit qui, après
avoir eu des grandes fleurs pendant
quelques années, n’en donnent plus
que de très-petites, et cela quoi qu'on
fasse et quel que soit aussi le soin qu’on
donne aux plantes.
Lorsque des faits de dégénérescence
ou d’épuisement comme ceux dont nous
venons de parler, se montrent, ce qui
arrive assez fréquemment chez quelques
espèces dont la culture a dépassé certai-
nes limites, telles que les ülaïeuls, les
Balsamines, les Reines-Marguerites, les
Verveines, les Phlox, etc., on doit faire
des semis de graines de ces plantes,” et
rechercher parmi les individus qui en
sortent s’il y en a qui présentent quel-
que intérêt, et, s’il s’en trouve, on doit
les prendre pour créer de nouvelles
races. Parfois même les plantes dégé-
nérées et qui présentent tout à coup
des caractères insolites peuvent devenir
le type de ces séries.
Amélioration des plantes prises à l’état
dit sauvage.
Lorqu’on désire améliorer une plante
qu’on a prise à l’état sauvage, on doit
d'abord la mettre dans un milieu qui
surexcite sa végétation et modifie sa
nature; puisrécolter des graines sur les
fleurs qui présentent déjà un peu les
caractères qu’on recherche, s’il y en a;
dans le cas contraire on les récolte sur
les fleurs qui présentent le plus beau
développement.
Si on voulait arriver promptement à
l'amélioration de ces types sauvages, on
se trouverait bien de les soumettre à
l’hybridation, c’est-à-dire de pratiquer
sur eux la fécondation artificielle, ou du
moins de rapprocher ces types sauvages
de certains types cultivés avec lesquels
ils ont de l’analogie.
Encore un mot au sujet des
porte-graines.
Les soins généraux qu’on doit accor-
der aux porte-graines sont en rapport
avec le but qu’on cherche à atteindre.
Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.
Si nous revenons Sur ce sujet, c’est
d’abord parce qu’il est très-important,
ensuite parce qu'il se rattache à d’autres
phénomènes, et qu’il est la conséquence
d'une grande loi qui relie tous les êtres
les uns aux autres par leur affinité
réciproque. Nous savons, d’une manière
générale, que les individus placés,
près des portes-graines, lorsqu'ils
ont quelque analogie avec ceux-ci,
exercent sur eux une influence plus
ou moins grande, qui peut modifier
leurs produits. Mais y a-t-il dans un vé-
gétal des parties qui, à ce dernier point
de vue, ont plus d'influence les unes que
les autres? ou bien encore ces parties
exercent-elles une puissance d’action
relative? C’est ce qu’on ne peut affirmer.
Mais ce qu’il semble le plus raisonnable
d'admettre, c’est que toutes les parties
doivent exercer une action, et que
celle-ci est relative. Partant de ce fait,
nous disons que, lorsqu'on ne pourra
ou qu'on ne voudra pas pratiquer, Jæ
fécondation artificielle, et que néanmoins
on voudra obtenir des variétés, on devra
faire en-sorte que les porte-graines se
trouvent placés près des plantes qui ont,
des caractères semblables, ou du moins
analogues, à ceux qu'on cherche à
obtenir.
Après ces observations, en quelque
sorte complémentaires, sur les diverses
séries de variétés issues de graines que
renferme le premier groupe, nous
allons aborder l’énumération d’un cer-
tain nombre de variétés de plantes
produites par accident; elles constituent
notre deuxième groupe.
DEUXIÈME GROUPE.
VARIÉTÉS OBTENUES PAR ACCIDENT".
Les végétaux, ainsi que nous l'avons
dit ailleurs, étant composés d’un cer-
1 Nous devons faire observer que, lorsque nous
disons que telle ou telle variété est produite par
accident (dimorphisme ou dichroïsme), nous ne
prétendons pas dire qu’on n’a pu en obtenir d’ana-
logues ou d'à peu près semblables, par semis, mais
seulement quelle s’est produite de cette manière.
Cette observation est générale ; elle s'applique à
tous les faits accidentels que nous pourrions citer.
ir tnt
DANS LES VÉGÉTAUX, | me.
lain nombre d'éléments disposés aussi
dans un certain ordre, et de plus ces
éléments, sous l'influence de lois orga-
niques, pouvant se séparer ou se
grouper de différentes manières, il en
résulte qu'une même plante peut, sur
ses diverses parties ; présenter des
caractères et des propriétés particulières
plus ou moins différents de ceux
qu’elle présente normalement. C’est ce
fait qui constitue ce que dans la pra-
tique on nomme accident, et que, sui-
vant les cas, nous nommons, soit dimor-
Phisme, soit dichroïsme (note 1).
Mais comme, d’une autrepart, chaque
partie d’un végétal, lorsqu'on la dé-
tache et qu’on la place dans des condi-
tions appropriées, peut constituer un
individu, et, de plus encore, que, séparée
de la mère dont elle conserve les ca-
ractères principaux, elle en possède
aussi qui lui sont particuliers, ainsi que
des propriétés spéciales qu’elle est
susceptible de transmettre, on pourra .
en obtenir un individu souvent très-
différent de la plante dont elle provient.
Comme les causes qui déterminent la
Séparation de ces éléments peuvent
aussi s’atténuer et même disparaître, et
qu’alors, rentrant dans leur état normal,
ces parties peuvent reprendre leurs
caractères primitifs, il résulte de cet
autre fait des variétés d'ordre et de
valeur différents, les unes stables, les
autres instables.
Constatons que, dans cette circon-
Stance moins que jamais, nous ne pou-
vons rien sur l’obtention première, c’est-
à-dire sur lapparition des variétés :
que celles-ci le plus souvent naissent
spontanément, pour ainsi dire, et que,
sous ce rapport, notre rôle, purement
passif, consiste à surveiller ces écarts
Ou ces accidents, pour ensuite tâcher
d’en tirer parti lorsqu'ils se présentent.
Constatons encore que, dans cette série
de variétés, nous trouvons une diversité
considérable, soit dans le port ou le
facies des plantes, soit dans leur feuil-
lage, soit dans leurs fleurs, soit même
parfois dans leurs fruits, et que les
panachures s’y rencontrent également
très-fréquemment, beaucoup plus fré-
quemment même que dans les plantes
qui proviennent de semis.
Nous devons aussi, relativement aux
Variétés issues d'accidents et en ce qui
concerne les panachures, rappeler ce
que nous avons dit au sujet des plantes
issues de graines : que les panachures
se maintiennent d'autant mieux qu’elles
circonscrivent les organes qu’elles
affectent, soit que ceux-ci appartiennent
aux fleurs, soit, au contraire, qu'ilsappar-
tiennent aux feuilles. Aussi, lorsque sur
une plante dont les panachures sont
disposées par stries où bandes, il se
montre une partie sur laquelle elles
sont disposées circulairement, on peut
être à peu près certain que, si on dé-
tache, qu’on bouture ou qu’on greffe
cette parte, elle conservera ce nouveau
caractère. Ce phénomène est très-fré-
quent sur les Gamellias et surtout sur
les Azalées; aussi la plus grande partie
des variétés qui, chez ces dernières, pré-
sentent les: caractères qui viennent
d’être indiqués, n’ont-elles pas d’autre
origine.
Certaines espèces sont aussi beaucoup
plus que d’autres disposées à produire
de ces faits, soit de dimorphisme, soit
de dichroïsme; en voici un exemple
fourni par le Chrysanthème de Chine.
Vers 1836 on reçut d'Angleterre, à
l'établissement d’horticulture de Fro-
mont, trois variétés de Chrysanthème de
Chine; l’une était à fleurs roses, l’autre
à fleurs panachées, la troisième à
fleurs blanc-carné. Plantées en pleine
terre, on vit l’année suivante, sur l’une
d'elles, apparaître les trois variétés ; ce
qui semble démontrer que ces trois va-
riétés n'étaient que des accidents d’une
même forme.
Un phénomène tout à fait analogue au
précédent, etqui, comme lui, se rattache
à cette même espèce, s’est produit au
Muséum en 1856 sur la variété nommée
SURPRISE ; Celle-ci, qui porte desfleurs à
peine rose-carné, a donné, sur l’une de
ses branches, des fleurs d’un rose-lilas
foncé. Bouturée, elle a conservé tous
ses caractères,, et aujourd’hui encore
c’est l’une des plus belles de cette sec-
tion. On l’a nommée Gain du Muséum.
En 1862, sur ce même Gain du
Muséum il s'est développé un rameau
qui portait des fleurs parfaitement
blanches, à peu près de même gran-
deur et de même forme que celles du
type; puis, à côté, sur desrameaux dif-
férents, s’en trouvaient d’autres qui por-
taient des fleurs moitié roses, moitié
34 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
blanches. En bouturant à part ces deux
sortes de branchés on aurait donc
encore obtenu, de cette même SURPRISE,
des nouvelles variétés.
Citons encore quelques exemples
d'accidents produits par cette espèce de
Chrysanthème de Chine; commençons
par la variété nommée Sophie. Celle-ci,
qui est à fleurs blanc sale, très-égére-
ment picté rosé, à centre jaune, à pro-
duit, par accident, une plante qui est
connue souslenom de Trophée. Cette der-
nière qui est à fleurs rose-lilas-violacé,
a quelque rapport avec le Gain du
Muséum dont elle diffère cependant. Il
y avait aussi sur la même branche, mais
sur des ramilles différentes, des fleurs
semblables à celles que portaient les va-
riétés Trophée et Sophie, fait qui pro-
duisait un certain contraste; cetie der-
nière étant à fleurs plates et ayant les
pétales étroits et imbriqués, tandis que
Trophée a les fleurs bombées, les pétales
larges et peu serrés.
Le Chrysanthème Madame Richard,
dont les fleurs sont blanchâtres, très-
légérement bordées de rose, à produit
sur une de ses branches des fleurs viola-
cées plus fortes que celles de la plante
dont elle sort; les pétales sont ausêi
plus larges et plus imbriqués.
En 1863, nous avons remarqué, sur
certaines variétés de Chrysanthèmes de
Chine, les accidents suivants : ;
La variété appelée Cedo nulli, à fleurs
_três-doubles {note 10), blanches, très-
légèrement rosées, a produit une bran-
che qui portait des fleurs beaucoup plus
larges et beaucoup plus étalées que
celles de Cedo null.
Une autre variété, Argentine, à fleurs
petites, blanches, de forme pompon, à
donné une branche plus vigoureuse
qu’elle, dont les fleurs, étalées, très-
larges, d’un beau jaune, rappelaient,
jusqu'à un certam point, celles des
Chrysanthèmes à grandes fleurs; fait
qui tend à démontrer que des unes aux
autres il n’y à qu’un pas.
En 1864 nous avons vu sur un pied
de la Chrysanthème Pompon Vesta, qui
est à fleurs blanches, plusieurs branches
qui portaient des fleurs entièrement
jaune foncé, Les dimensions, ainsi que
la forme des fleurs, étaient les mêmes;
il n’y avait de différent que la couleur.
Lesvariétés obtenues par dimorphisme
sont très-nombreuses ; il n’y a même pas
de genre parmi, ceux qui comptent un
certain nombre d’espèces, qui n'en
ait produit. Bien que nous devions
indiquer plus loin un certain nombre
de ces accidents, en les faisant suivre
de quelques observations, il’ en est qui,
à notre avis, sont tellement intéressants
que, par anticipation, nous croyons
devoir en parler ici; l’un d'eux est re-
latif à une sorte d'Œillet qui, dans
le commerce, est désigné sous le nom
d’Œillet Flon.
Cet Œillet Flon, qui paraîtirès-voisin
de ceux qu'on appelle Œillet d'Espagne,
Œillet badin, etce., a les fleurs rose très-
foncé, à peu près pleines, de sorte qu'il
ne produit pas de graines et qu’on est
obligé de le multiplier par boutures.
Malgré cela l'Œillet Flon a déja donné,
par accident, plusieurs variétés, dont
la plus remarquable, qui est d’un frès-
bea blanc, s’est développée en 1858;
depuis cette époque, elle s’est fnain-
tenue avec tous ses caractères. Oblenue
par M. Paré, horticulteur à Paris, bou-
levard de la Santé, cette variété a été
nommée Murie Paré, nom de l’un des
enfants de cet horticulteur. D’autres
variétés, présentant dans leurs fleurs
des couleurs différentes de celle dont
nous veñons de parler, se sont égale-
ment développées, chez M. Paré, sur
l'Œillet Flon.
Le genre qui, probablement, a pro-
duit le plus de faits de cette nature, est
le genre Rosier; aussi, et malgré le
désir que nous avons d’abréger, les
faits sont-ils tellement intéressants que
nous croyons encore, à ce sujet, devoir
entrer dans quelques détails. Nous
allons donc en citer plusieurs très-re-
marquables, en commençant par ceux
qu'a fournis le Rosier Gent Feuilles.
Les accidents qu'a produits le Rosier
Cent Feuilles peuvent être rangés en
deux séries : l’une qui comprend tous
les individus qui s’éloigent relativement
peu du type, qui n’en diffèrent que par
le coloris, par la forme ou par la cou-
leur, soit des fleurs, soit parfois des
feuilles : ce sontles Rosiers Cent Feuilles
ordinaires; Vautre série comprend
tous les individus également issus par
accident du Rosier Cent Feuilles, mais
qui, aux caractères que présentent les
précédents, ont de plus celui d'être
EE
ne - — _ ere mqs
DANS LES VÉGÉTAUX. 35
-
L]
munis de sortes de petites bractées ou
poils glanduleux qui constituent ce
qu'on nomme la mousse; ce sont Îles
Rosiers Cent Feuilles mousseux.
Accidents ou faits de dimorphisme pro-
duits par le Rosier Cent Feuilles.
SECTION A. — Rosier CENT FEUILLES
ORDINAIRE.
I. — FLEURS PLUS OU MOINS GRANDES.
Rosier Cent Feuilles à feuilles de Chou ou
/ de Laitue,
de Céleri ;
— Anémone;
de Naney ;
des Peintres;
Flore magno ou foliacé ;
sans pétales ;
Unique blanche ;
panachée.
H. — FLEURS PETITES, POMPONS.
Pompon de Bourgogne ;
— blanc;
— de Bordeaux;
— de Kingston.
SECTION B. — Rosier Cdi FeurzLes
MOUSSEUX (note 34).
1. FLEURS PLUS OÙ MOINS GRANDES:
Rosier Cent Feuilles mousseux Cristata.
ordinaire ;
à fleurs blanches ;
à fleurs panachées;
à feuilles de Sauge;
unique de Provence;
Zoë ou mousseuse,
pariout (note 35.)
II, — FLEURS PETITES OU POMPONS.
Rosier Pompon mousseux.
Il est à remarquer, et ceci suffirait
souvent pour démontrer l’origine de
ces accidents, qu’il arrive parfois que
certains des individus qu'ils caracté-
risent, retournent, sur quelques-unes
de leurs parties, au type dont ils pro-
viennent. Ainsi sur un Rosier Cent
Feuilles mousseux nous avons vu $e
développer un rameau de Rosier Cent
Feuilles ordinaire. Nous devons cepen-
dant faire observer que le plus sou-
vent les parties qui semblent revenir au
type présentent néanmoins des diffé-
rences avec celui-ci. Ïl y a un pas de
fait en avant, il est contre nature d’aller
en arrière. |
Le Rosier du Roi, eonnu à peu près
de tout le monde, a produit les six faits
de dimorphisme suivants :
Perpétuelle Bernard. Ce Rosier a les
rameaux plus grêles que ceux du Rosier
du Roi; ses fleurs et ses feuilles sont
aussi plus petites que celles de ce der-
nier, et ses fleurs, en forme de Rose
Pompon, sontrès-jolies, d’un rose beau-
coup plus clair que ne le sont celles du
Rosier du Roi. |
Rosier du Roi dit à longs pédoncules.
Celui-ci a les rameaux beaucoup plus
longs que ceux du Rosier du Roi type:
les mérithalles sont plus distants, et les
pédoncules sont aussi plus longs que
ceux de ce dernier. Il n’est qu’une sorte
de dégénérescence. |
Madame Tellier. Assez semblable à la
précédente, cette variété ne s'en dis-
ingue que par ses fleurs, qui sont
moinscolorées,d’unrose carnétrés-clair.
Mogador. Ge Rosier diffère du Rosier
du Roi par ses fleurs plus fortes, d’un
rouge plus vif et plus foncé; ses
rameaux se eolorent aussi plus que
ceux du Rosier du Roi, ce qui permet
de l’en distinguer même en hiver. Les
horticulteurs n'aiment pas cette variété
parce qu’elle est dure à forcer et qu’elle
passe très-vite au violet sale.
Capitaine Renard ou Rosier du Rot
à fleurs panachées. Cette variété diffère
du Rosier Madame Tellier par ses fleurs
panachées ou rubannées de blanc; elle
a été trouvée à Orléans par M. Desfos-
sé-Thuillier. |
Cœlina Dubos. Trouvée par M. Dubos,
horticulteur à Pierrefitte, près Saint-De-
_nis, sur le Rosier du Roi, cette variété.
à les rameaux plus grêles et les feuilles
un peu plus petites que ce dernier; ses
fleurs ,assez semblables, pour la forme,
à celle du À. du Roi, sont d’un blanc lé-
gérement carné.
LeRosier de la Reine, x, lui aussi, pro-
duit deux accidents : l’un, Belle Norman-
de, dont les fleurs, rose carné, rappellent
celles du Souvenir dela Malmaison ;l'au-
tre, Madame Cambel d'Isiy ou Triomphe
de Valenciennes, qui ne diffère non plus
de la Rose de la Reine que par ses fleurs
. panachées-marbrées.
Le Rosier Duchesse de Cambacérès,
dontlesfleurs, unicolores, sont d’un rose
foncé, a produit comme accident le Ro-
sier Belle de printemps, qui a les fleurs
roses, marbrées de brun.
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36 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Le Rosier Baronne Prévost a pro-
duit, à notre connaissance, par accident
cinq variêtés, dont deux à fleurs pana-
chées et une à fleurs marbrées. L’une
des deux variétés panachées, Madame
Désirée Giraud, a été trouvée. chez
M. Désiré Giraud, à Marly, près Valen-
_ciennes; elle est peu vigoureuse. La
deuxième variété, Panachée d'Orléans,
qui a été remarquée pour la première
fois à Orléans, est au contraire très-vi-
-goureuse; ses rameaux sont plus grêles
que ceux du Rosier Baronne Prévost;
leur écorce, très-lisse et luisante, a peu
d’aiguillons; en un mot, ses rameaux
rappellent ceux du R. Cuisse deNymphe
(note 36).
Le Rosier Baronne Prévost marbré ne
différe du type que par ses fleurs, qui,
au lieu d'être unicolores, sont marbrées
de brun. Une autre variété (4° accident),
mise dans le commerce par M. Pierre
Oger, horticulteur à Caen, ne diffère de
la Baronne Prévost que par la couleur
des fleurs qui est beaucoup plus pâle.
Le 5° accident produit par la Baronne
Prévost, est tout récent; nous l'avons
observé pour la première fois en 1864,
à Vitry-sur-Seine, dans un Jardin confié
aux soins de M. Lachaume ; nous avons
nommé cette variété Madame Lachaume.
Ce Rosier diffère de la Baronne Prévost
par ses rameaux un peu Moins épineux,
mais surtout par son inflorescense, qui,
longuement paniculée, très-ramifiée, rap-
pelle celle de certains Resier Nosselles.
La fleur aussi est un peu moins forte que
celle duRosier Baronne Prévost; mais un
fait très-remarquable, c’est que l'ovaire,
au lieu d’être, comme celui des Roses Ba-.
ronne Prévost, très-régulièrement at-
ténuéà sa base, et de se confondre, sans
faire aucune saillie avec le pédoncule,
est brusquement et courtement renflé,
puis rétréci et renflé de nouveau près
du sommet ; les pédoncules des fleurs
sont aussi plus grêles et plus allongés
que ceux du Rosier Baronne Pré-
vost.
Le Rosier Duchesse d'Orléans, dont
les fleurs sont de couleur rose-violacé,
a produit par accident, en 1858, une
variété Sœur des Anges. Cette variété
diffère surtout de celle dont elle sort
par la couleur’ des fleurs, qui est rose
carné pâle, comme celle des fleurs du
Souvenir de la Malmaison.
Le Rosier dit des Quatre-Saisons a
produit comme accidents :
Le Quatre-Saisons blanc mousseux ou
Rosier de Thionville (gravure coloriée) ;
Le Quatre-Saisons pompon ;
gi — blanc.
Ainsi qu’on le voit, le Rosier des Qua-
tre-Saisons, comme le Rosier Cent Feuil-
les, a produit deux sortes d’accidents :
des fleurs peliles ou pompons et des
fleurs grandes, mousseuses
Le Rosier Quatre-Suisons blanc mous-
seux ou Rosier de Thionville fut observé
pour la première fois à Thionville vers
1835; il diffère du Rosier des Quatre-Sai-
sons, dont il sort, par des rameaux plus
grêles et munis de poils hispides, glan-
duleux (mousse). Ses feuilles, d’un vert
blond, sont aussi plus douces au toucher
et comme légèrement tomenteuses ; de
plus, ses fleurs sont d’un blanc pur. IL
donne parfois de forts rameaux qui por-
tent des fleurs roses. C’est alors le
Rosier des Quatre-Saisons ordinaire, fait
qui a été observé par M. Duval, horticul-
teur à Montmorency, plus tard par M. Vic- .
tor Verdier , horticulteur à Paris, tout
récemment (1864) au Muséum.
Les Rosiers Provins ont également
produit un certain nombre d’accidents.
Parmi les plus connus on peut citer :
Pompon Saint-François;
— Saint-Jacques ;
Camaïeu ;
Panaché semi-double ;
Tricolore de Flandre.
Ce dernier, qui s’est montré en Belgi-
que il y a environ 18 ans, est remar-
quable par ses fleurs panachées; il
pousse peu, bien qu'il provienne d’une
variété très-vigoureuse à laquelle il re-
tourne parfois, qui donne des fleurs
violacées.
La variété Camaïeu est remarquable
par ses fleurs striées, fort Jolies et pres-
que uniques dans leur genre. Son bois
est maigre et ses folioles sont comme
rongées sur les bords.
Dans les Rosiers Damas, qui sont des
sortes de Quatre-Saisons non remon-
tants, on compte comme accidents :
Damas York et Lancastre;
— à feuilles bullées.
Le Rosier Bengale grdinaire a produit
comme accident le Rosier Bengale à bois
strié, dont les rameaux sont rubannés.
role
7)
F.
Aeyue er
DANS LES VÉCÉTAUX. ; 37
Ceux-ci sont parfois presque compléte-
ment jaunes.
Un accident très-curieux produit par
les Rosiers est la plante qu'on a appelé
Rosier à feuilles de Chanvre. Par ses
fleurs, et surtout par ses feuilles, cette
variété diffère considérablement du Rosa
alba, dont elle sort; ses folioles, cucul-
lées, longues et étroites, sont très-
grossièrement dentées-serrées, parfois.
comme rongées sur les bords, fortement
nervées, d’un vert sombre, rugueuses-
scabres. Il arrive parfois aussi que ses
feuilles sont opposées ; mais ce fait, dont,
à tort, on a cherché à tirer des consé-
quences, toujours rare, ne se montre
guère sur chaque rameau que pour une
insertion de feuilles. Les fleurs du Rosier
à feuilles de Chanvre, plus petites que
celles du Rosa alba, souvent régulières
et comme un peu monstrueuses, sont
toujours stériles.
Les plantes dites d'ornement ne sont
pas les seules qui présentent &es faits
d’hétéromorphisme ; les arbres fruitiers
en fournissent également de très-remar-
quables. Nous allons en citer quelques-
uns, en commençant par ceux que nous
fournit la variété de
sier anglais hâtif. L'accident le plus cu-
rieux que nous fournit cette variété est
celui qu’on nomme Cerisier anglais hé-
térophylle ou à feuilles de Saule. Voici
comment le fait se passe. Sur un jeune
arbre, dont toutes les parties sont nor-
males, on voit parfois tout à coup, et
sans que rien puisse en faire soupcon-
ner la cause, se développer un bourgeon
vigoureux, qui, au lieu d’avoir desfeuil-
les qui présentent la forme ordinaire,
en porte qui sont très-longues et très-
étroites, souvent un peu falquées, et par-
fois comme irréguliérement érosées.
Greffée, cette variété présente la parti-
cularité assez singulière que voici : tant
qu'elle conserve ses caractères excep-
tionnels la plante ne fleurit pas, mais
comme elle tend sans cesse à les perdre,
on remarque, lorsque les feuilles ont
repris à peu près la forme normale,
que les arbres fleurissent et fructifient.
Néanmoins cette variété ne reprend ja-
mais identiquement les caractères du
type dont elle sort; son facies est tou-
jours distinct; l'arbre n’est jamais fer-
ule et son fruit n’est pas non plus tout
à fait semblable à celui du C. Anglais hà-
erisier dite Ceri-
tif. Quant aux jeunes pousses, elles con
serventleur caractère accidentel, et cha-
que année les feuilles qu’elles develop-
pent sont à peu près semblables à celles
qu'a montrées l'accident lorsqu'il s’est
développé pour la première fo:s.
Get accident n’est du reste pas le seul :
que présente le Cerisier anglais hâtif.
Ainsi, lorsque les arbres sont vieux, il
arrive fréquemment qu’on rencontre sur
le même individu trois sortes de fruits
distincts par leur époque de maturité. Il
y a d’abord l’'Anglaise hâtive, dont les
fruits deviennent noirs ; l’Anglaise tar-
dive, dont les fruits, d’un beau rouge
foncé, luisants et comme vernis, müris-
sent plus tard. Enfin on rencontre pres-
que toujours une.autre variété, très-tar-
dive, dont les fruits, un peu plus petits,
sont encore tout verts lorsque les deux
autres sont déjà ceuillis depuis long-
temps. En général ces derniers se colo-
rent peu. Dans ces trois sortes d’acci-
dents, les différences ne portent guère
que sur les fruits.
Le Cerisier indule n’est non plus
qu'un accident produit par le Cerisier
anglais hâtif. Il se distingue par son
feuillage et par sa hâtiveté.
La variété de Cerisier dite Anglaise
hâtive n’est pas non plus la seule qui sur
un même individu fournisse des fruits
- de nature différente; ainsi, on trouve des
faits complétement analogues produits
par les Cerisiers dits May-Duck, Cherry-
Duck et Reine Hortense. Ces variétés, en
effet, ont donné sur un même individu,
mais sur des branches différentes, des
sous-variétés dont les fruits mürissent
une quinzaine de jours plus tard que
ceux des variétés, dont elles sortent.
Greffées, chacune de ces sous-variétés a
conservé son caractère accidentel.
Un fait analogue aux précédents se
montre chaque année au Muséum sur
un Cerisier ordinaire à fleurs dites
doubles. L'arbre sur lequel cette ano-
malie se développe, qui a environ 0m,35
de diamètre, est greffé sur Sainte-Lucie
à 0m.70 du sol. À partir de là, sa tige
est nue jusqu'à environ deux mêtres. À
cette hauteur se développe une grosse
branche qui, tous les ans, se couvre de
fleurs extrêmement doubles, c’est-à-dire
pleines, tandis que les fleurs des autres,
branches qui sépanouissent beaucoup
plus tard, sont à peine semi-pleines et
2,
PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
par conséquent rapportent des fruits.
La Prune Coé violette, ou plutôt
violacée-rosée, est un fait de dichroisme
(note 1); c’est un accident qui s’est
montré sur la Coé à fruits blancs, et
qui, greflé, s’est maintenu avec tous les
caractères qu'il présentait lors de son
apparition.
Nous avons remarqué, très-souvent,
sur la variété de Prunier Damas de
Tours, un fait à peu près analogue au
précédent. Sur un même arbre il y
avait des branches qui portaient des
fruits différents de forme et de couleur
et dont la maturité présentait une
quinzaine de jours de différence; ainsi,
tandis que les fruits du type sont très-
oros, allongés, d’une eouleur rouge foncé
qui rappelle ceux de Pound seedling,
marqués d’un côté seulement d’un très-
léger sillon, les fruits .de la sous-
variété tardive sont un peu plus pe-
tits, et leur forme est celle de la Reiï- |
ne-Claude ordinaire ; ils sont d’un vert
herbacé qui passe plus ou moins au
rouge très-clair; leur queue, arquée,
renflée à la base, s’insére dans une
cavité assez large par l'évasement du
sillon, tandis que la queue des fruits
de la variété type, droite, peu ou point
renflée, s’insèredansunetrès-petite cavité |
| qui s’est montré sur une branche de ce
placée presque à la surface du fruit.
Une autre variété de Prunier, le
Prunier Puget, présente la particularité
suivante : sur une même branche ïl
arrive très-fréquemment qu’il donne des
fruits rougeâtres-violacés, pointillés ou
striés de vert roux; on en trouve aussi
qui présentent toutes les nuances in-
termédiaires et d’autres qui sont pres-
que unicolores. On voit même parfois
certaines branches ne porter des fruits
que d’une seule couleur, de sorte que en
les multipliant à part, on aurait chance
de les stabiliser et d'obtenir ainsi, d’un
même arbre, plusieurs sous-variétés.
Nous avons vu, sur un Groseiller à
grappes à fruits rouges une branche
qui portait des fruits tout à fait blancs
comme ceux de la variété dite de Hol-
lande à fruits blancs; à côté, surle même
pied, il y avait des branches chargées de
Groseilles rouges.
Le fait du Brugnon naissant tout à coup
sur un Pêcher ne peut plus être mis en
doute; des exemples récents sont venus
appuyer, en les confirmant, ceux qu’a-
vaientrapportés certains auteurs notam-
ment Sieuile.
Deux autres faits du même genre que
les précédents, dont nous devons égale-
ment parler, sont fournis par deux va-
riétés de Chasselas, connues, l’une sous
le nom de Chasselas panaché, l'autre
sous celui de Chasselas Suisse; toutes
deux semblent provenir d’une variété à
fruits noirs, couleur qui domine chez
| l’une comme chez l’autre. Voici les par-£
ticularités qu’elles présentent : presque
toutes les grappes portent quelques
| grains plus ou moins panachés ou striés,
| de blanc pour le Chasselas Suisse, de
| roux, pour le Chasselas panaché. Mais il
arrive fréquemment que les éléments se
séparent et qu'on a alors, sur des sar-
| ments différents, parfois sur les mêmes,
des grappes de Raisin de couleur diffé-
| rente, à peu près complétement blanche
si elles appartiennent au Chasselas
Suisse, rousses si elles appartiennent au
Chasselas panaché. L’une de ces deux
variétés n’est qu'une modification de
l’autre, qui elle-même, n’est qu’un acci-
| dent d’une autre variété.
Le Poirier Saint-Germain gris, dont
| les fruits, gris foncé, sont très-différents
par l’aspect de ceux du Saint-Germain
ordinaire, est le résultat d’un accident
dernier, et qui, multiplié par greffe, s’est
maintenu avec tous ses caractères.
Un fait tout à fait semblable au pré-
cédent s’est produit sur le P. Messire-
Jean, de sorte qu'aujourd'hui on possède
dans les jardins un Messire-Jean gris
et un WMessire-Jean jaune.
À ces quelques exemples nous en
ajouterons deux autres analogues; ils
ont été insérés dans le Bulletin de l’Aca-
démie des Sciences, tome XXXIV, séance
du 47 mai. L’un, rapporté par M. Dureau
de la Malle, se rapporte à un Poirier Bon
Chrétien qui produisait à la fois des fruits
de cette sorte très-bien caractérisés et
d’autres € d’une forme complétement
dhfférente elinconnue. » L'autre exemple,
cité par M. Mourrière, professeur à Ber- !
nav, à rapport à un Pommier qui, sur les
mêmes rameaux, produisait des fruits
qui avaient l'apparence d’une Reinette |
rousse et d'autres qui appartenaient à |
une sorte de Reinelle du Canada; ces |
derniers sont lisses, ponctués, et parfois |
d’un rouge vif sur l’un des côtés.
DANS LES VÉGÉTAUX. 39
Trois espèces appartenant, les deux
premières à la catégorie des plantes
potagères, l’autre à la catégorie des Cé-
réales, nous présentent des faits sinon
identiques, du moins équivalents à ceux
que nous venons de rapporter ; ce sont,
d’une part, les Haricots et les Pommes
de terre, de l’autre le Maïs. Chez les unes
comme chez les autres, on remarque
que certaines variétés sont beaucoup
plus sujettes que certaines autres à pro-
duire des' accidents (note 37). Certains
de ees accidents se stabilisent, se fixent
même, de sorte qu’on peut les repro-
duire par semis; d’autres au contraire
ne se reproduisent que pendant un très-
petit nombre d'années, et partiellement,
tandis que d’autres encore, passagères,
ne paraissent être que des variations ou
des formes transitoires.
Cette tendance à produire des varié-
tés chez certaines sortes de Haricots est
nous le répétons, plus ou moins grande ;
nous allons en citer quelques exemples en
commençant par une sorte bien connue,
par le H. Flageolet. Celui-ci, qui est
blane, aplatr, non volubile, nous a donné
des Haricots volubiles, renflés, presque
cylindriques, et qui, encore, au lieu d’ê-
tre blanes, étaient lavés ou maculés de
bleu violacé, sur un fonds rougeâtre. Ces
Haricots, au nombre de 27, semés à
part, ont produit, en 1864, 754 Haricots.
Sur ce nombre six seulement étaient à
peu près. semblables à ceux que nous
avions semés ; tous les autres pouvaient
renirerdanssept à huit variétés, différant
l’une de l’autre soit par la forme, soit
par la coule des grains, soit même
par ces deux choses.
Un fait à noter, c’est que toutes ces
variétés semontraientnon-seulement sur
. un petit nombre d'individus, mais que
parfois il y en avait plusieurs dans un
| même fruit; ainsi, dans une gousse con-
! tenant six Haricots, nous avons compté
quatre variétés différant par la couleur;
deux différaient même par la forme
(note 38). |
Parmi les diverses variétés qu’a pro-
duites le H. Flageolet, nous citerons en-
core celle à grains nosrs, dont tous les
caractères, sauf la couleur, sont à peu
près semblables à ceux du type.
D'une touffe résultant de quatre Ha-
ricots semblables, presque cylindriques,
assez longs, de couleur rouge orange,
fortement striés, maculés de brun mar-
ron, que nous avions semés, nous avons
obtenu 70 Haricots différents par la forme
etpar la couleur, et pouvant rentrer dans
quatre variétés. Sur un seul pieddes qua-
tre que comprenait la touffe il s’est trouvé
dans une même gousse cinq Haricots, dont
trois NOIRS VIOLET très-foncé, courts,
comme tronqués aux deux bouts et com-
primés sur les faces; les deux autres,
plus petits, étaient tout à fait BLANCS,
presque sphériques.
Une série d'expériences suivies pen-
dant plusieurs années sur un certain
nombre de variétés de Haricots nous a
donné, soit par dimorphisme, soit par
dichroïsme, de nombreuses et très-re-
marquables variétés. Ainsi le H. Fotz-
James blane, (qui lui-même est un acci-
dent du Haricot noir de Belgique), dont
le grain est petit, un peu aplati, nous a
donné plus de 20 variétés très-diffé-
rentes. ,
Le Haricot bicolore dela Chine, qui est
presque rond (sorte de H. boulot, comme
on dit vulgairement), qui est de cou-
leur jaune pâle ou souffrée, nous a
donné plus de 30 variétés de forme, de
couleur, de grosseur et d’aspect très-
divers.
Des nouvelles expériences que nous
avons faites, qui ont porté sur un assez
grand nombre de variétés, nous ont
donné des résultats semblables à ceux
que nous venons de rapporter.
Faisons remarquer que toutes les va-
riétés de Haricots ne sont pas aussi plas-
tiques les unes que les autres, qu’il en
ect même qui varient très-peu ‘ .Bien que
ce soit en général les variétés unicolores
qui soïentles plus constantes, on ne peut
pourtant rien préciser à cetégard, car on
voit parfois des Haricots de plusieurs cou-
leurs (panachés, maculés, etc.) se main-
tenir assez bien, tandis que d’autres, uni-
colores, blanes, rouges, noirs, jau-
1 Que parmi les Haricots il y ait desvariétés beau-
coup plus stables que d’autres, le fait n’a rien d’é-
tonnant ; il est au contraire conforme à tout ce que
nous connaissons. N'est-ce pas ce qui a lieu dans
toutes les espèces qui présentent. beaucoup de va-
riétés? En effet, parmi celles-ci, s’il en est d’éphé-
mères (relativement bien entendu) pourainsi dire,
n’en est-il pas aussi de tellement fixes, qu'on ne
peut plus les affoler, qu’on ne peut plus faire reve-
nir à aucun type et que par conséquent on pourrait
considérer comme des types!
Nos plantes potagères, telles que Choux, Betteraves
Navets, Chicorées, et surtout les Laiïtues, nous en
fournissent des exemples très-remarquables,
mm
PR nn LC AC His = Mu PT" nes = pr
40 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
nes, etc. changent parfois instantanément
et pour ainsi dire du toutau tout, c’est-à-
dire du blanc au noir, au jaune, etc., et
vice vers@. Mais ,d’un autre côté, on voit
parfois aussi, suivant les années, les con-
ditions de sol, de climat, ete. sepasser les
faits les plus contraires: par exemple,
que telle variété, après avoir été assez
constante, devient variable, tandis qu’une
autre qui jusque-là avait toujours été
variable, devient stable. Parfois encore
on voit, de ces variétés instables, sortir
spontanément, pour ainsi dire, des for-
mes particulières, qui se fixent trés-
bien. Il n’y a dans tout ceci rien de précis
ni d’absolu. Tous ces faits semblent se
montrer au hasard ; mais, en réalité, ils
sont régis par des lois que nous ne con-
naissons pas. Dans notre ignorance de
ces lois nous disons que les conséquen-
ces qui en découlent sont dues au ha-
sard, que ce sont des accidents
Rappelons aussi que, pour toutes ces
variétés, il n’y a pas de caractères abso-
lus, que tous peuvent se modifier, se
transformer et même disparaître, tandis
que d’autres, plus ou moins différents,
parfois même contraires, pourront ap-
paraître. Ainsi, par exemple, d’un Haricot
tardif qui rame, qu’on a semé, il pourra
sortir un Haricot hâtif qui ne rame pas,
de forme, de couleur et de nature dif-
férentes; d’un Ilaricot dont les cosses
Qu gousses sont fibreuses et parchemi-
nées, 11 pourra sortir un Haricot dont,
indépendamment de ce qu’il pourra dif-
férer par tous ses caractères de végéta-
tion, les gousses, dépourvues de fibres
et gorgées au contraire de parenchyme,
pourront se manger. En un mot, il
pourra se produire ce qu’on nomme
des mange-tout.
Nous avons dit plus haut que non-
seulement les Haricots pouvaient se mo-
difier quant aux grains, mais encore
que les gousses pouvaient subir des
changements notables; en voici un
exemple :en 1863, un Haricot de forme
presque boulot, fond blanc, portant une
macule couleur café à l’ombilic, ayant
été semé, produisit un Haricot plus gros,
fortement maculé de noir très-intense.
Le Haricot qui a été semé provenait du
H. noir de Belgique, qui a la cosse droite;
le produit qu'il a donné, indépendam-
ment de ce qu'ilétait plus gros et de cou-
leur différente, avait la cosse arquée et
plus longue.
Le Maïs nous fournit des faits tout
aussi ‘remarquables que ceux que pré-
sententles Haricots; ainsi sur une même
agrégation de fruits (sorte d’épi qu’à
tort on nomme grappe) on voit sou-
vent se développer des grains plus ou
moins dissemblables, parfois compléte-
ment, différents de ceux qu’on a plantés,
qui sont unicolores ou de plusieurs cou
leurs, etc., qui diffèrent même de gros-
seur, de forme, d'aspect, et qui parfois
encore, indépendamment de la couleur
et de la grosseur, ont des qualités très-
différentes de celles que présentent les
variétés sur lesquelles elles naissent.
Aïnsi sur une grappe de Maïs commun
nous avons vu se développer, à côté de
grains gros et jaunes, quelques grains
plus petits, ridés, trésisucrés, à peu
près identiques à ceux de la variété ap-
pelée Mais sucré du Mexique. Plantés à
part ces grains ont maintenu leurs ca-
ractères. | |
L’année dernière (1864) une variété
de Maïs dite Mais chicot, dont les grains :
sont allongés, coniques, pointus, lui-
sants, de couleur blanc nacré, nous a
donné sur le même pied, parfois sur la |
même grappe, parfois encore sur des |
grappes différentes, des grains sem-
blables à ceux du type, d’autres élargis;
plats, d’un blanc mat ou jaunâtres, et
d’autres encore plats et déprimés, qui
étaient fortement striés de rouge-
orangé. Cependant ces Maïs, éloignés
les autres, avaient élé soigneusement
castrés.
Les Pommes de terre snous fournis-
sent des exempies de modifications tout
aussi remarquables que ceux que nous
venons de rapporter, soit pour les Ha-
ricots, soit pour les Maïs; nous ne
craignons pas d'affirmer que beaucoup
de variétés cultivées aujourd’hui sont
dues à des faits, soit de dimorphisme,
soit de dichroïsme, qui se sont produits
sur les parties souterraines pendant la
végétation. Tous les ans, en effet, quand
on arrache les tubercules et qu’on tient
à conserver les variétés franches, on est
obligé d’épurer, c’est-à-dire de faire un
choix et de rejeter celles qui, comme on
le dit, ont dégénéré. Cette dégénéres-
cence, qui tend à éloigner constamment
le produit du point de départ, a donc
pour résultat de pousser à la division ou
à l'extension du type, c’est-à-dire à la
formation de nouvelles variétés.
a —
DANS LES VÉGÉTAUX. 1
Les modifications chez les Pommes
de terre peuvent également porter sur
le mode de végétation des parties sou-
terraines; c’est ce qui est arrivé pour
la variété dite Pousse-debout. La qua-
lification de Pousse-debout a été donné
à cette variété parce que les tuber-
cules qu'elle produit, au lieu ,d’être
‘placés à plat, ou à peu près, dans le
sol, sont dressésles uns contre lesautres,
à peu près comme le sont les morceaux
de bois lorsqu'ils sont disposés pour être
transformés en charbon.
La Pomme de terre Marjolin n’est
autre, pour nous, qu’un fait particulier
de végétation ; ce qui le démontre, c’est
que les propriétés qu’elle présente, de
ne pas fleurir et d’être si hâtive, ne sont
pas constantes, et qu’elle tend constam-
ment aussi à donner des plantes qui fleu-
rissent et fructifient, et qui, par ce fait,
sont aussi moins hâtives. C’est ainsi que,
par le fait d’autres modifications souter-
raines, elle a produit deux autres va-
riétés: l’une, la Marjolin tardive, appe-
lée aussi Marjolin de deuxième saison,
qu'on vend parfois à la halle de Paris
pour de la Hollande jaune; elle est re-
marquable d’abord par sa végétation,
qui se prolonge plus longtemps que
celle du type, ensuite parce qu’elle se
couvre annuellement de fleurs, puis de
fruits, bien que le type dont elle sort
ne fleurisse presque jamais. L’autre va-
riété, par sa forme, n’a plus de rapport
avec la Marjolin, dont elle est pourtant
une modification ; en effet elle est ronde,
et ses yeux, enfoncés, lui donnent exac-
tement l’aspect de la Pomme de terre
jaune ordinaire.
Lorsque nous cultivions beaucoup de
Pommes de terre Marjolin, il n’y avait
pas d’années où nous n’en obtinssions de
rondes, bien que nous n’eussions planté
que des longues, en apparence très-
franches. |
Un exemple très-remarquable aussi
de ces changements, qui nous a été
fourni par la Pomme de terre jaune or-
dinaire, est le suivant : Dans un carré
planté exclusivement avec cette variété
de Pomme de terre, bien franche (en
apparence bien entendu), nous en avons
récolté un certain nombre dont la peau
était plus ou moins foncée; les unes
avaient la chair jaune, les autres l’a-
vaicnt blanche. Plantées séparément,
ces variétés nous ont donné des Pommes
de terre de forme ronde comme le type,
mais parmi lesquelles il s’en trouvait
de complétement violettes à l'extérieur
et à l’intérieur (quelques-unes avaient
même la chair noire, légèrement fla-
gellée de blanc). Cette modification de
couleur n’était pas la seule; la qualité
était aussi três-modifiée. Ainsi, au lieu
‘d’être farineuse comme leur mére, la
Pomme de terre jaune, la chair de ces
variétés était compacte, d’un goût peu
agréable, pour ne pas dire mauvais.
Les enfants, qu’on nous passe la com-
paraison, avaient dégénéré au physique
et au moral. |
Voici encore, au sujet des Pommes de
terre, deux exemples de ces modifica-
tions souterraines; elles sont toutes ré-
centes; nous les avons observé au Mu-
séum en 1864.
Une planche de terre ayant été plan-
tée moitié avec de la jaune longue
lisse, dite Hollande, et l’autre moitié
avec de la rouge longue unie, appelée
vulgairement Votelotte lisse, la premiére
moitié donna des tubercules sembla-
bles à ceux que nous avions semés; la
seconde, au contraire, la Vitelotte rouge,
avait produit des tubercules également
à peu près semblables pour la forme à
ceux que nous avions semés, mais diffé-
rents par la couleur, qui était d’un
jaune-roux. La qualité était restée la
même, et, bien que dans certains cas
on eût pu les confondre avec la jaune de
Hollande, on les distinguait facilement
lorsqu'elles étaient cuites, puisqu'elles
restaient entières, tandis que la Hol-
lande jaune tombait en poussière.
Voici l’autre exemple. Dans un bout
de planche où nous avions planté une
cmquantaine de Pomme de terre jaune
ronde ordinaire, l’un des pieds, dont la
végétation tardive fut, vers la fin de la
saison, différente de celle des autres,
donna des Pommesde terre rondes, d’un
rouge foncé. ;
Cette même année 1864, dans un
carré entièrement planté en Pommes de
terre Chardon, nous avons remarqué
quelques pieds parfaitement semblables
aux autres sous le rapport de la végéta-.
tion et de l'aspect, mais qui en: diffé-
raient complétement par la couleur des
fleurs qui était d’un blanc mat, un peu
soufré, tandis que la Pomme de terre
42 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Chardon a les fleurs rose-violacé ou vio-
let-rosé. Les tubercules provenant de
ces pieds à fleurs blanches ne différaient
de ceux du type que parce qu’ils étaient
plus arrondis et plus réguliers, et que
les yeux étaient moins prononcés. In-
dépendamment de la variété à fleurs
blanches dont nous venons de parler, on
trouve dans la Pomme de terre Chardon
des variétés hâtives, tardives, et tout
cela bien qu’on n'ait d’abord planté
que des tubercules bien franes, qui pen-
dant longtemps n'avaient produit au-
cune variation. [ci, de même que dans
les cas précédents, le semis n’ayant pas
été employé, toutes ces différences sont
doncdues à des transformations (note 39).
Un fait entièrement semblable à ceux
qui précèdent, rapporté par M. Joi-
gneaux dans le Journal de la Ferme et
des Maisons de campagne, est le sui-
vant : € Il y a neuf ou dix ans, on nous
donna six beaux tuberculesd'une Pomme
de terre longue, d'un jaune pâle. Afin
de multiplier les touffes nous divisimes
chaque tubercule en trois morceaux ;
nous les plantämes nous-même; les sar-
clages et les binages furent également
faits par nous. IL n’y avait done eu ni
erreur ni substitution. Voulez-vous con-
naître le résultat? Le voici: quelques
Pommes de terre, en très-petit nombre,
ressemblaient au type; mais le plus
grand nombre étaient sphériques, les
unes Jaunes comme la mère, les autres
rouge assez foncé. »
Tous les cultivateurs savent très-
bien aussi que les Votielottes unies,
dont les yeux peu nombreux sont à
peine sensibles, donnent souvent des
tubercules de formes diverses et dont
les yeux sont tellement enfoncés que
c’est à peine si on peut les peler. À une
certaine époque, nous avions obtenu
une variété qui, indépendamment de la
multiplicité et de lenfoncement des
yeux, produisait, en quantité considé-
rable, des agglomérations qui don-
naient à l'ensemble une forme mon-
strueuse. (était une véritable hydre.
Ajoutons que bien que provenant de la
Vaitelotte, qui est une bonne Pomme
de terre, cette variété était très-âcre et
même mauvaise. |
Tous ces faits démontrent sans aucun
doute comment se forment une très-
grande partie des variétés de Pommes
de terre, et prouvent qu’elles ne viennent
pas de graines; on en sera convaincu
le jour où, ayant observé la végétation
des plantes, on marquera, puis on ré-
coltera à part toutes celles qui, dans
leur végétation, présentent des dif-
férences sensibles; une modification
externe étant toujours la conséquence
d'une modification interne. |
Les divers faits que nous venons de
rapporter sont propres à une très-grande
quantité de végétaux; au nombre de
ceux-ci nous pouvons citer tont parti-
culiérement le Bananier &t la Canne à
sucre. En effet, bien que ces plantes ne
donnent jamais de graines, on ne compte
pas moins, dans chacune de ces deux
espèces, un grand nombre de variétés
três-distinctes par. la vigueur, l'aspect
et le port des plantes; par la forme, la
grosseur et la qualité des fruits. Toutes
ces variétés sont produites par dimor-
phisme, c’est-à-dire par le développe-
ment spontané de bourgeons spéciaux.
Ce que nous disons de la Canne à
sucre et du Bananier, nous pourrions
le dire de beaucoup d’autres végétaux
monocotylédonés, des Arundo, des Pha-
laris, des Bambous, des Dracæna, des
Yucca, etc., ete.
Après avoir cherché à faire ressortir
certains faits de dimorphisme qui, par
leur importance, nous ont paru dignes
de fixer l'attention, nous allons conti-
nuer par l’énumération d’un certain
nombre d’autres, sans néanmoins, pour
chacun deux, entrer dans d’aussi grands
détails, en ne faisant même parfois
qu’indiquer le nom des accidents à
moins cependant qu'ils présentent un
intérêt particulier, soit au point de vue
pratique, soit au point de vue scien-
tifique; dans ce cas nous entrerons
dans quelques considérations, relatives,
soit à leur origine, soit aux particula-
rités qu'ils présentent.
ACCIDENTS OU FAITS DE DIMORPHISME, OU
DE DICHROISME, PORTANT SOIT SUR LES
FEUILLES, SOIT SUR LES FLEURS, SOIT
SUR LES FRUITS, SOIT MÊME SUR LE
FACIÈËS GÉNÉRAL DES PLANTES.
Nous devons d’abord faire cette obser-
vation : que, lorsqu'un nom n’est suivi
d'aucune indication, c’est, d’une part,
qu'il désigne une: plante connue; de
DANS LES VÉGÉTAUX. 43
l’autre, que l'énoncé seul du nom indi-
que lorigine de la plante. Ainsi, lors-
que nous écrivons Abricotier commun à
feuilles panachées, Acorus gramineus
variegala, Arundo donax varieqata, As-
pidistra elatior variegatæ, Eleagnus re-
[lex variegata, ete., et, il est facile de
comprendre queles accidents désignés
par ces noms sortent del’Abricotier com-
mun, de l'Acorus gramineus, de l'4-
rundo donax, de l'Aspidistra elatior, de
l'Eleagnus reflexa, et que les plantes
qu'ils ont produites ne différent de ces
dernières que par des panachures.
Abricotier à feuilles
panachées.
Acer eriocarpum fasciatunma, —
Très-remarquable par ses rameaux largement
fasciés, cette variété s’est montrée au Muséum,
en 1857 sur une plante provenant de graines,
qui, pendant les deux premières années. n’avait
rien d’anormal; ce n’est qu’à sa troisième an-
née, lorsqu'elle a été rabattue, que l’anomalie
est apparue. Depuis, elle s’est maintenue avec
tous ses caractères. |
Cet accident est à l’Acer eriocarpum ce que
le Sambucus nigra monstrosa est au S$. nigra.
€ ORRA ERP EE ER
ACOPUS gFPAIMINQUS variegata s
Æsculus rubicunda variegata s
Agatha amelloides variegatazs
Agoratumm MNIeXICHEMUNN PAM,
— Gette plante, qui est aujourd’hui employée
avec tant d'avantage pour former des bor-
dures, est le produit d’une branche qui s’est
développée accidentellement sur le type A.
Mexicanum. Elle présente des capitules pres.
ue sessiles et un peu irréguliers, qui, à cause
e la brièveté du pédoncule qui les supporte,
s'élèvent peu au-dessus des feuilles, ce qui,
à certains points de vue, est un inconvénient.
Les plantes types, au contraire, qui viennent
tules gros et réguliers, et ceux-ci sont portés
sur un long pédoncule.
Ageratuem Mexicanmunmn interme-
“iusma, — Cette variété, qui est un accident de
second degré, c’est-à-dire sorti d’un autre ac-
cident de PA. Mexicanum nanum, est intermé-
diaire; les plantes sont très-floribondes ; leurs
capitules sont aussi beaux que ceux du type,
et, comme ils sont portés sur de longs pédon-
cules, les plantes sont propres non-seulement
à l’ornement des jardins, mais à la confection
des bouquets. Les dimensions qu’ellesprésentent
sont également intermédiaires ; plus grande
que lPAgeratum Mexicanum nanum, la forme
intermédiaire s'élève moins que le tyv2, l'Age-
ralum Mexicanum.
Ageratuen Mexicanum variega-
tam. — Celui-ci ne diffère guère du type que
par ses feuilles, qui sont marginées-panachées
de blanc-jaunâtre; son inflorescence est pour-
tant un peu plus grêle et ses capitules sont
| accident, auquel mous s donné
| d’Aster bicolor major, multiplié d'éclats, à
| conservé tous ses caractères, et aujourd’hui
aussi plus petits. En général la plante est
élancée, maigre, comme on dit en borticul-
ture. :
Amandier commun à feuilles
panachées, — Feuilles bordéeset satinées
| de blanc; végétation délicate. Revient parfois
au lype.
Amemone dSaponica Honorime
Solkert — Très-vigoureuse et très-belle,
cette variété, dont la fleur est blanche, est un
accident de l’Anemone hybrida où A. elegans,
plante obtenue en Angleterre par M. Gordon
en fécondant l'Anemone Japonica avec l'A.
vitifolia. Cet accident Anémone Honorine Jobert,
s’est montré il y a quelques années chez M. Jo-
bert, amateur à Verdun.
Aralia Cookii. — (Cette plante, dont en
général les feuilles sont simples, longues et
étroites, est une forme de l’Aralia trifohiuta.
Arundo donmax variegain argem-
tea, CL A, domax variesatia aurea,
— Ces deux variétés diffèrent du type par
leurs feuilles bordées de blanc pour la pre-
mière, de jaune pour la deuxième; elles sont
beaucoup plus délicates que le type.
Aspidisira elatior variegata.
Aster bicolex. L'Aster bicolor, qui n’est
: pas, comme on le croit, une espèce, mais tout
Simplement une forme naine, très-probable-
ment même un accident de l Aster versicolor,
a produit, au Muséum, en 1856, sur une de
ses tiges, un bourgeon vigoureux qui pré-
| sente tous les caractères de l’Aster versicolor,
si ce n’est qu’ildevient un peumoins grand. Cet
avons donné le nom
encore c’est une des belles plantes vivaces
| d'ornement.
‘Aster bicolor major.) Voir As-
ter bicolor).
Azalen indica Dieudonné Spae.
| — Fleurs saumonées, marginées de blanc. C’est
| un accident de PA. formosa Ivery: qui a les
d'abord beaucoup plus grandes, ont les capi- | fl
ICUFS FOses..
A. Indica Beauté de l'Europe.
— Cette variété a les fleurs fond blanc, pana-
chées de rouge. Cest un accident de l'A. deli-
cata dont les fleurs sont saumoné foncé.
A. Imdica Criteriom.— Plante à fleurs
rose foncé, bordées de blanc, C’est un accident
de VA. Iveriana, qui à des fleurs blanches,
striées de rose.
A. Indica alba rosena. — Plante à
Îleurs rose tendre bordées de blanc. C’est un
accident de A. Jveriana, qui a des fleurs
blanches striées roses.
A. Indica exquisita grandifiora.
— Variété à fleurs rose foncé, bordées blanc.
C’est un accidentde F4. alba perfecta, qui està
ileurs blanches très-légèrement striées de rose.
Bananier (Voir page 42 Voir aussi
plus loin, au mot Musa).
Brugnonnier (Voir page 38).
44 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Buxus Balearica cuculinta —
Cette variété, qui est un accident du B. Balea-
rica, diffère de celui-ci par ses feuilles plus
etites, très-fortement convexes, arrondies sur
e milieu,
Buxus sempervirens argentea ;
aurea;
IMArSINAÉR.
— _—
— Toutes ces variétés, qui sont des accidents
du type, s’en distinguent par leurs feuilles, qui
sont panachées ou bordées, soit de blanc,
soit de jaune.
Carmellia Japonica Comte de
Paris. — Cette
variété, qui est
à fleurs rose-
carné fortement
striées, est un ac-
cident du C. Jap.
Duchesse dOr-
léans , dont les
fleurs sont blan-
ches striées. Cette :
variété est non-
seulement beau-
coup plus vigou-
reuse que la plante
dontelle provient,
mais encore elle a
sur elle l'avantage
de bien épanouir
ses fleurs, ce qui
n’a pas lieu chez
le C. Duchesse
d'Orléans dont les
boutons tombent
presque toujours
avant de s'ouvrir.
€ e Jap e
Montironi
rosea — (Cette
lante, dont les
Îleurs sont entiè-
rement roses, est
un accident du C.
Montironi, qui est
à fleurs blanches
très - légèrement
striées.
C. Ja pe F
&Giardino Franchetti, — Plante à fleurs
rose foncé, bordées de blanc. C’est un acci-
dent du Camellia Targioni, qui est à fleurs
blanches, légèrement striées de rose.
C. Jap. Comtesse Woronzof.
Cette variété, qui est à fleurs rose tendre, est
un accident du C. Centifolia alba, dont les fleurs
sont d’un blanc pur.
€, Jap. Giardinoe Schmitz.
Plante à fleurs rose tendre. C’est un accident du
_C. Jap. Elisa Centurion, dont les fleurs sont
blanches très-légèrement striées de rose.
€. Pap. Impératrice Eugénie.
Plante à fleurs rose-carné. C’est un accident
Grav. 1: — Cephalotaxis pedunculata fastigiata. — Forme ac-
cidentelle du Céphalotaxus pedunculata.
du C. Jap. Montironi, dont les fleurs sont très-
légèrement striées de rose.
€, Paolina Armari. — Fleurs rose
foncé. Cette plante est un accident du C. Miss
Abby Wilder, qui est à fleurs blanches, lé-
gèrement striées de rose.
€. Jap. Princesse Aldrovandi,
— Plante à fleurs rose, bordées de blanc. C’est
un accident du C. Jap. Teutonia, dont les
fleurs sont blanches, striées de rose.
€. Jap. Bicolor de Ia Reine. —-
Fleurs roses, bordées de blanc. C’est un acci-
dent du C. Jap.
de la Reine, qui
est à fleurs blan-
ches, très-légèére-
ment striées de
rose.
L'année der-
nière nous avons
vu sur un Camel-
la à fleurs roses
des branches por-
tantdes fleurs
complétement
blanches.
Canne à
sucre. (Voir
page 49).
Cephalota-
XUS pedum-
culata fastii-
giata. (Grav.
1). Cette variété,
qu'on a décrite
et figurée comme
étant une espèce
de Podocarpus(P.
Koraiana), est un
fait de dimor-
phisme du Ce-
Phalotaxus pe-
dunculata. Nous
enavonseu la
preuveau Mu-
séum en 1863 ;
Voicicomment.
Ayant bouturé un
certainnombre de rameaux du soi-disant P, Ko-
raiana, lun deux, au lieu de donner des bran-
ches simples et éparses, strictement dressées,
etmunis de feuilles éparses(Grav.{), produisit des
branches horizontales, verticillées, portant des
feuilles distiques (gr. 2). Les deux plantes repré-
sentées par lesgravures 1-2 proviennent de cette
même série de boutures. Ce sont deux frères.
Le Cephalotaxus- pedunculata fastigiata est
au C. pedunculata ce que le Taxus baccata
fastigiata est au T. baccata.
Cerus Peruvianus IMOnSIrOSuS.
— Cette forme est un accident du Cereus
Peruvianus, auquel elle revient parfois.
Et
Cerisier anglais à feuilles de
Saule — (Voir plüs haut, page 37).
DANS LES VÉGÉTAUX. ee
Cerisier anglais baûtif,
tardif.
à fruits blanes.
— (Pour ces trois variétés voir plus
haut page 37).
Chasselas à fruits panachés.,
— (Voir page 38).
Chasselas suisse— (Voir page38).
Chasselas gros Coulard. Cette
variété, dont les grains, sphériqnes gros, cou-
lent très-souvent, est le résultat d’un acci-
dent qui se montre fréquemment sur le Chas-
selas ordinaire; elle se distingue de ce dernier
par ses sarments plus gros, à nœuds beaucoup
‘plus rapprochés, par ses feuilles moins lobées,
un peu plus longues et un peu plus épaisses,
d’un vert luisant et comme vernies. Le Chas-
selas gros Coulard diffère aussi du Chasselas
ordinaire par son tempérament; il a besoin de
beaucoup de chaleur et d’être placé à l'abri
des influences de l'air; aussi réussit-il généra-
lement bien lorsqu'on le soumet à la culture
forcée.
Chasselas de Demoiselles. —
Cette variété, remarquable par ses grains, qui
ne sont guère plus gros que des plombs de
chasse, est un fait de dimorphisme ou une
Grax. 2. — Cephalotaqus pedanculata.
sorte de dégénérescence qui se montre parfois
sur le Chasselas ordinaire. Ce phénomène parait
dû à l’avortement partiel des organes sexuels
et tout particulièrement des anthères, d’où
résulte la non-fécondation des fleurs, et, comme
conséquence, l'avortement des graines. Bou-
turéé, cette variété conserve ses caractères.
| Chasselas à feuilles panachées,
— Remarquable par ses feuilles largement pa-
nachées de blanc (Voir plus loin, au mot Wi-
ge, pour les accidents de quelques autres va-
riétés.) ;
Chrysanthème de Chine. — (Voir
plus haut, page 33).
+
Clematis bicolor on Sieboldti.
— Cette plante, dont les fleurs, violettes à l’in-
térieur, sont presque pleines par suite de la
transformation des étamines, est un accident du
Clematis florida, qui est à fleurs simples blanc
verdâtre, fait que plusieurs fois nous avons
été à même de constater : celle-là se développant
toujours sur celle-ci.
La variété Clematis bicolor flore pleno,
qu'on nomme parfois aussi Afragene america-
na, si remarquable par ses fleurs énormes, d’un
blanc verdàtre est un accident direct du Cle-
matis bicolor, par conséquent un accident de
second degré du Clematis florida, fait que
nous avons pu vérifier de nouveau cette année.
slim MR li sm set mines Re
46 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Ainsi surun pied de Clematis bicolor planté en
pleine terre, il s’est développé, près de la hase,
une branche qui portait des fleurs tout à fait
pleines, monstrueuses, de couleur vert jau-
nâtre, de sorte que les deux accidents étaient
réunis sur le même individu.
Clematis Helena monstre sa.
Cette plante n’est autre que le Clematis
Helena, qui,
formé et est devenu à fleurs pleines, presque
monstrueuses. — C’est un phénomène tout à
fait analogue à celui qui s’est produit sur le
Clematis bicolor.
Cheiranthus Cheiri variegaia.
flore pleno. — Accident d’une variété à
fleurs doubles de la Giroflée jaune des mu-
railles.
Cornus sanguinen variegata.
Cornus mas variegaia,
Cytisus Adami. — (Voir plus loin
p. 57.)
Dactylis slomerain variegain.
Echinocacius multiplex cris-
tata. — Cette variété, qui est un fait de di-
morphisme de lEchinocactus multipleæ, au lieu
d’avoir une tige régulièrement méloniforme
allongée, constitue une masse épaisse qui s’é-
tend en formant des sortes de fascies disposées
en éventail; et au lieu de sillons longitudinaux,
larges et profonds, séparés par des saillies sur
lesquelles sont placées des épines longues de
On.02 à Om.03, très-raides, VE. multipleæ n’a
que de très-petits sillons ou sorte de plis dis-
poséstransversalement à la direction des fascies,
par conséquent en sens contraire de ceux que
porte le type, sur les bords desquels on trouve
des aiguillons disposés en étoiles longs d’en-
viron 0m.005. En un mot, l'accident est cam-
plétement différent de la plante dont il sort.
Eleagnus reflexa variegaia ar-
gentea, C{ Eleagnus reflexa varie-
Eala aurea. Ces deux variétés différent
de l'Eleagnus reflexa, dont elles sont des acci-
dents, la première par ses feuilles bordées de
blanc, la deuxième par ses feuilles bordées de
jaune.
Eleagnus pungens variegaita :
_Evonymus Japonica argenteh
Ct Æ. Japoniea auren. Ces deux
variétés résultent d'accidents produits par le
Fusain du Japon (Evonymus japonica) auquel
elles reviennent parfois, surtout la variété
aure@.
Evonymus Japonica Mavida. —
Cette plante qui est le résultat d’un accident qui
s'est développé en 1862 sur un pied type à
feuilles vertes, se distingue par ses feuilles
bordées de jaune-verdâtre parfois blanckâtre.
Elle est vigoureuse.
Evonymus Japonica fasciaia.—
Très-remarquable par ses rameaux largement
fasciés, cette variété s’est développée au Mu-
séum en 1864, sur un pied type qui ne pré-
sentait rien d’anormal.
ar dimorphisme, s’est trans-
L’Evonymus Japonica a produit encore beau-
coup d’autres accidents qui différent par la
pasachure, parfois même par la forme des
feuilles ; telle est entre autres la variété cala-
mislrata: celle-ci est issue de la variété ar-
gentea, dont elle diffère par ses parties plus.
grêles ; ses feuilles, plus petites, sont aussi plus
tourmentées, crispées ou comme érosées. —
Il est plus que probable queles diverses variétés,
qui ont été récemment introduites du Ja on,
ne sont non plus que des accidents de F vo-
nymus Japonica.
Ficus scandens microphylia,
Cette variété, que l’on rencontre parfois dans
le commerce sous le nom de Ficus buxifolia,
est un fait de dimorphisme qui s’est montré.
en 1856, au Jardin botanique d'Orléans, sur un
pied de Ficus scandens planté dans une serre
ses feuilles sont très-petites, un peu subor-
biculaires et légèrement bullées. Cet accident
s’est conservé, avec tous ses caractères, soit
sur le pied où il s’estdéveloppé pour la première.
fois, soit sur toutes les muültiplications qu'on
en a faites. :
Fomiamesia phylifreoides va-
riega(a. Cetie variété, très-jolie, s’est
développée au Muséum d'histoire naturelle en
1854 sur un pied de Fontanesia phyllireoides.
Depuisson apparition cette plante n’apas varié ;
ses rameaux, d’un vert jaunâtre, sont effilés,
el les feuilles qu'ils portent sont très-largement
bordées de blanc-jaunàtre.
Fraximes Americana variegata.
Fraxinus excelsior jaspidea —
| Cette variété se distingue à son écorce striée-
ou un peu rubannée de jaune.
Fraxinmus exrelsior variegata,
| — Le Frêne commun a produit plusieurs acci-
dents qui se distinguent par la panachure de
leurs feuilles ; celle-ci est jaune, blanche, dis-
posée par bandes et bordant les feuilles, par-
fois en macules sur toutes les parties du limbe,
| comme elles sont sur les feuilles d’Aucuba par
| exemple. De
là les diverses dénominations
d'argentea, aurea, striata, maculata, aucu--
| bæfolia, etc.
Gardenis radicrans variegata
(Grav. À). — Cette variété, remarquable par
la forme et par la panachure jaune de ses
feuilles, est un accident du Gardenia radicans
(Grav. 3). Ici l'accident est double; la pana--
chure des feuilles a déterminé une modification
| dans leur forme. — Le dimorphisme (note 1)
a déterminé le dichroïsme.
Girofée dite Savoyarde, à feuil-
les panachées. — (est un accident de-
la Giroflée à fleurs doubles, brunes.
Haricot (Voir plus haut, page 39).
Hèôtre à feuilles lacinices, dit à
feuilles de Fougère. — (elte variété,
qui est un fait de dimorphisme du Hêtre com
mun (Grav. 5), nous a présenté la particularité
suivante : l'ayant greffée sur le H. commun, les
branches se développèrent de chaque côté de la
tige presque distiquement; toutes celles qui
DANS LES VÉGÉTAUX.
Grav. 3. — Gardenia radicans.
Grav. 4 — Gardenia radicans variegata. — Forme accidentelle du G. radicans.
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4
48 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
étaient d’un côté portaient des feuilles sem-
blables à celles du Hêtre commun, tandis
que toutes les branches placées du côté opposé
ne portaient que des feuilles laciniées (grav 6).
Hibiscus Syriacus flore pleno
variegata. — Cette variété, dont les feuil-
les sont panachées de blanc jaunâtre, s’est
montrée, en 1858, sur un pied dont les feuilles
étaient complétement vertes.
Hibiscus Syriacus varicegata.
Remarquable par la panchure de ses feuilles,
cette variété est un accident du type; ses
fleurs sont semblables à celles de ce dernier.
Elle est peu vigoureuse.
Hydrangea Hortensia, — Cette
plante, toujours stérile, est un accident de
l’'Hydrangea Japonica, analogue à ceux qui se
sont produits sur les Viburnum Keteleeriü et
Opulus.
Hydrangea Japonica variegata.
— Ne diffère du type que par ses feuilles pa- -
nachées, bordées de blanc. 6
Elex aquifolium calamistrata
variegata, — Cette variété est un accident
de l’Ilex calamistrata qui est une variété du
Houx commun.
Ilex aquifolium ferox aureum:
Ct HE. aquifol. ferox argenteum.
— Ces deux variétés qui se distinguent à la
panachure de leurs feuilles qui est Jaune chez
Grav. 5. — Branche de hêtre commun sur laquelle se développe un rameau
à feuilles laciniées.
la première, blanche chez la deuxième, sont
des faits de ST de l’Ilex aquifolium
ferox, qui n'en diffère que par ses feuilles
vertes.
Les très-nombreuses variétés de Houx com-
mun que l’on cultive sont dues, pour la plupart,
à des faits de dimorphisme sfabilisés.
Iris spectabilis, — Cette planté, si
remarquable par sa couleur, est un accident
de lIris Xiphium dont elle est pourtant si
différente (note 2), ;
Sacinthe (Voir plus loin).
Juniperus <communis varie-
gata.
Juniperus excelsa variegata.
Juniperus Virginiana varic-
gata,
Juniperus Virginiana mon-
strosa. Cette variété, qui est due à des
broussins (note 40), se montre assez fréquem-
ment sur le Génévrier de Virginie.
Lasmiunn album variegafunn,
Laurocerasus vulgaris angusti-
foläa. — Cette plante qui, pendant long-
temps, a figuré dans plusieurs Ecoles de ho-
tanique sous le nom d’Hartogia Capensis, est
un fait de dimorphisme du Laurocerasus vul-
garis fait que plusieurs fois nous avons pu con-
stater et que démontre Ja gravure 7, ses feuil-
DANS LES VÉGÉTAUX.
les, très-étroites, longues, d’un vert clair, sont
plus fortement dentées que celles de la plante
dont elle sort. Elle est très-constante; on n’a
point d'exemple qu’elle ait varié.
Laurocerasus vulgaris varie-
gata.
Laurocerasus Lusitanica varie-
gata. |
Et)
7
de
49
Lierre en arbre à feuilles pana-
thées. Cette sous-variété est un fait de
dichroïsme du Lierre dit en arbre, dont elle ne
diffère que par ses feuilles panachées de blanc
jaunâtre.
Ce qu’on nomme Läierre en arbre est ün
Lierre commun, ou l’une de ses variétés, ar-
rivé à l’état adulte, et qu’alors il fructifie. Les ra-
meaux sont gros, courts, arrondis et dépourvus
Gray. 6. — Hêtre commun obtenu de greffe, sur lequel tous les rameaux placés d’un côté de
la tige sont à feuiltes laciniées.
de crampons; les feuilles aussi, au lieu d’être
lobées, sont cordiformes, plus ou moins allon-
gées, parfois très-obtusément arrondies.
De même qu'il y a plusieurs formes de
Lierre rampant, il ya plusieurs sous-variétés
de Lierre en arbre; elles sont en rapport avec
les variétés dont elles sortent, et se distinguent
par la forme et par les dimensions des feuilles,
par la grosseur des rameaux, toutes choses qui
dépendent de la vigueur et de l'aspect des
variétés mères t,
1 On obtient le Lierre en arbre, soit en boutu-
_rant, soit en greffant des rameaux adultes, cest-
à-dire des rameaux qui ont été modifiés par le fait
Le fait du Lierre en arbre rentre dans la
3e série des faits de dimorphisme, que nous
avons établie. (Voir note 1.)
Ligustrum JSaponicum variega-
tam. — Le L. Japonicum paraît sujet à pro-
duire des faits de dimorphisme ou plutôt de
dichroïisme ; on à déjà, de lui, produites de
de la fructification. Ils se ramifient et forment
alors de très-jolis huissons, d’où sortent parfois,
surtout près de la surface du $ol ou dans les par-
ties mal aérées, des rameaux munis de crampons,
portant des feuilles plus ou moins lobées, et qui
rampent et s’enracinent dès qu’ils touchent le sol.
50 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
cette manière, plusieurs variétés distinctes par
la couleur ou par la disposition des pana-
chures, ce qui leur a valu des qualifications
particulières. Il en est même une qui diffère
un peu par la forme de ses feuilles.
Ligusérurmm
reumr. -— (Cette va-
riété, qui se distingue
par ses feuilles bor-
dées ou rubannées de
jaune, s’est produite
au Muséum en 1861 ;
elle provient d’une
branche qui s’est dé-
véloppée spontané-
ment sur un pied type
dont les feuilles
étaient vertes. Elle est
instable.
Ligusiérum
vulgare varie-
gatumm.— Cette va-
riété, qui est un acci-
dent du Troëne com-
mun, s’en distingue
par ses feuilles pana-
chées de jaune. Cet
accident est assez fré-
quent, même à l’état
sauvage; nous lavons
rencontré plusieurs
fois dans des bois. —
Elle n’est pas stable.
Lilas com-
mun à feuilles
panachées.
Lilas de Per-
se à feuilles Ia-
ciniées el Lllas
de Perse à
fleurs blanches
—Bien qu’onne puisse
préciser l’époque à la-
quelle se sont produits
les deux accidents
dont nous venons de
parler, propres au Li-
las de Perse, on ne
peut douter qu’ils
aient été produits de
cette mamière, le Lilas
de Perse ne donnant
jamais de graines. L’o-
rigine de ce dernier”
est même très-dou-
teuse. L’un des deux =
accidents porte sur les RONTENIER
feuilles ; l’autre porte |
sur les fleurs qui sont
blanches, légèrement
violacées. ;
Maïs. (Voir plus haut, page 40.)
Mamillaria miven dedalen.
Cette variété, qui est un accident du Mamilla-
ria nivea, forme une masse compacte dont les
plis etcirconvolutions, disposés en une sorte de
Labyrinthe — (dedalea), donnent à l’ensemble
un peu l’aspect d’une fraise de veau. Le type
au-
ovalifolium
riété angusifolia à,
d'Hartogia Gapenis.
Grav. 7.— Laurocerasus vulgaris sur léquel s'est développée la va-
a, plante qui a été cultivée sous le nom
dont cette variété sort, forme un cylindre mélo-
niforme c’est-à-dire légèrement renflé au som-
met; il porte des épines disposées en faisceaux,
longues de2 à 3 centimètres, raides, très-aiguës,
accompagnées à la base d’une série d’autres,
plus petites disposés en étoile. La variété deda-
lea, au contraire, indépendamment de sa forme
qui est si différente
de celle que présente
le type, n’a pas d’épi-
nes; elle est revêtue,
sur toutes ses parties,
de poils soyeux, ar--
gentés, et comme feu-
trés, très-doux au tou-
cher. La mère et l’en-
fant— quantauphysi-
que — n’ont rien de
commun.
Mentha ro-
tumdfifolia va-
riegaita.
Bolina cæru-
lea variegain.
Musa vitiata.
— Cette variété, qui
se distingue à ses
feuilles marquées de
bandelettes blanches,
est un accident du
type Musa paradi-
Siaca ou sapientium ;
ses panachures ou
bandelettes, qui sont
bien marquées sur les
jeunes plantes, dispa-
raîssent souvent avec
le temps, de sorte que
chez les vieilles plan-
tes, on n’en retrouve
parfois pas de traces.
Myrtie com-
mun à feuilles
panachées. —
Variété issue acciden-
tellement du type com-
mun, auquel elle rc-
tourne fréquemment.
Œillet Flon.
(Voir plus haut,
pag 34.)
Opuntia <cy-
lindrica eris-
tata, — Cette va-
riété, résultat d’un ac-
cident de lOpuntia
cylindrica, wa, par
ses caractères exté-
rieurs,rien de commun
avec la plante dontelle
sort qui formeune colonne cylindrique régulière.
L'accident, au contraire, est un composé de pièces
élargies placées lune contre l’autre en différents
sens à peu près comme celles que présentent
diverses sorles d’Opuntia, qu’on nomme vulgai-
rement Semelles du Pape.
'Oranger turc, — (Cette variété, quies!
DANS LES VÉGÉTAUX. 51
Gran, 9, — Osmanthus Fortunei poxtant des feuilles de différentes formes,
ne do ns
_— serre nr D A A 2 du MER ve PT NA
_——
RIRE
52 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
un accident d’une sorte de Bigarade (probable-
ment de la Bigarade cornue), porte à la fois
sur des branches diverses, des feuilles étroites
et irrégulières (comme érosées), panachées ou
plutôt satinées-bordées blanc, et sur d’autres
branches, des feuilles vertes, larges et forte-
ment auriculées, ainsi que des fruits qui
rappellent ceux de la Bigarade cornue.
OGrontium Japonicum varlegsga-
tum.
Osmanthus Fortunei ovaia
(Grav. 8. — Cette variété, qui provient de
l’'Osmanthus Fortunei (Olea ilicifolia du com-
merce), est instable. Après l'avoir conservée
pendant plus d’un an sans varier, elle a repris
en grande partie son caractère primitif, qui
est d’avoir des feuilles longues, fortement épi-
neuses et grossièrement nervées, comme sont
celles qui sont placées à la base (Gravure 9).
Quelquefois aussi, on trouve des rameaux
ortant des feuilles de forme diverse ainsi qu’on
e voit sur la même gravure.
Osmanthus aquifolium varie-
gata, — Diffère du tÿpe, dont elle est un
accident, par ses feuilles panachées de blanc
jaunûtre. |
L'Osmanthus aquifolium, qu’on peut consi-
dérer comme le réprésentant, au Japon, de
notre Houx commun, paraît, comme ce dernier,
très-apte à produire ïes accidents. On ne peut
douter que les diverses variétés récemment in-
troduites du Japon n’aient été produites de
cette manière.
Pêcher à fleurs d'œillet. (Persica
dianthiflora) et Pêcher à fleurs de
piusieurs couleurs (Persica versi.
color). — Ces deux variétés sont des formes
accidentelles du Persica rosæflora dontlesfleurs
sont d’un rouge très-foncé. Comme ce dernier,
ces deux variétés sont à fleurs doubles mais de
couleurs très-différentes de celles de leur mère,
Le P. dianthiflora a les fleurs d’un rose carné,
le P. versicolor, au contraire, a les fleurs
blanches, striées ou rubannées de rose vif.
Ce dernier est beaucoup plus délicat que le
type, — Persica rosæflora, — sa mère; il l’est
également beaucoup plus que son frère, le
P. dianthiflora.
Pêcher Madelcine rouge à feuil-
les de Saule. Cette variété, remar-
quable par la forme de ses feuilles, qui sont
très-longues et étroites, planes, luisantes, très-
courtement dentées, est le’ résultat d’un ac-
cident qui s’est développé sur la variété dé-
signée par certains hortüculteurs sous le nom
de Pêcher Madeleine de Courson (Madeleine
rouge); elle nous paraît avoir beaucoup de res-
semblance avec celle très-anciennement connue
sous le nom de Pécher à feuilles de Saule.
Pêcher Madeleine rouge à feuil-
les laciniées (Grav. 10). Cette variété
dont les feuilles sont fortement et grossière-
ment laciniées, est un fait de dimorphisme qui
s’est montré sur le P. Madeleine rouge (Made-
leine de Courson, hort.)
Pelargonium Manglesii. Très-
remarquable par ses feuilles panachées de blanc,
le P. Manglesi est un accident du P. zonale,
dont il se distingué non-seulement par la pana-
chure de ses feuilles, mais par ses rameaux,
qui sont beaucoup plus maigres, et par ses
feuilles plus profondément lobées. A son tour
il a, par dimorphisme, produit plusieurs va-
riètes.
Pelargonium hederæfolium va-
riegatuxmn,
Pelnrsonium zonale et P, in-
quinans. Les variétés accidentelles pro-
duites par ces deux types (qui en réalité n’en
font qu'un), sont très-nombreuses ; il en est
parmi elles de tellement tranchées que, si l’on
en ignorait l’origine, on pourrait les considérer
comme des types.
Phalaris arundinacen picta ct
Phalaris arundinacena aurena. —
Issues par accident du Phalaris arundinacea,
ces deux variétés différent du type par les
panachures qui sont blanches chez la première,
jaunes chez la deuxième. — Elles sont le re
présentant, exact, du phénomène qui s’est pro-
duit sur l’Arundo Donax, de même que sur la
Canne à sucre.
Philox Croix de Saint-Louis blanc.
— Cette variété, dont les fleurs sont complé-
tement blanches, est un accident (fait de di-
chroïsme) qui s’est montré en 1863 sur la variété
de Phlox decussata nommée Croix de Saint-
Louis, qui est rose strié de blanc, en croix,
d’où son nom. E
Fhragmites vulgaris variegata.
— Ï1se distingue du type, Phragmites vulgaris,
dont il est un accident, par ses feuilles qui
sont bordées ou marginées blanc.
Picea excelsa tabulæformis.
— Cette variété, qui atteint à peine quelques
décimèêtres de hauteur, et qui, au lieu de s’éle-
ver verticalement, s’étend horizontalement et
tend à former des sortes de tapis, est un fait
de dimorphisme des plus remarquables, le
résultat d’un broussin (note 40) qui s’est déve-
loppé sur la tige d’un très-grand Picea excelsa.
Ce fait des plus remarquables s’est produit
dans le parc de Trianon, à Versailles.
Pinus sylvestris nana mons-
trosa. —— Cette variété, naine et mons-
treuse, résultat d’un broussin qui s’est développé
sur la tige d’un grand Pinus sylvestris, est très-
remarquable par ses feuilles longues et inégales,
rapprochées et tourmentées ; elle l’est surtout
par ses rameaux grêles, parfois presque fili- :
formes et irréguliers, qui naissent en quantité
telle qu'ils cachent quelquefois complétement
les branches et même la tige.
Pinus sylvestris mann com
pacta. — Cette variété, qui atteint à peine
. quelques décimèêtres de hauteur, provient d’un
broussin qui s’est À per sur un grand Pinus
sylvestris. À peine haute de douze centimètres,
ses ramifications, nombreuses et très-courtes,
portaient déjà deux générations de cônes, les
uns à peu près mûrs, petits, quoique bien con-
formés; les autres, beaucoup plus jeunes, étaient
encore herbacés.
nn
As
Pittosporum tobira variega-
tum.
Podocarpus
Cephalotaxus.)
Poiriers à fruits parachés. —
Les Poiriers Duchesse d'Angoulême panaché,
HKoraiana ,
Amanlis panaché, Guénette où Madeleine pana-
chée, Saint-Germain panaché, Bergamotte d’au-
tomne panachée, Culotte de Suisse pana-
chée, etc., etc., sont des accidents des Poiriers
dont ils portent le nom. Ces variétés sont
encore remarquables en ce que les panachures
portent sur les rameaux et sur les fruits, mais
non sur les feuilles, ce qui les distingue de la
variété suivante, qui est également le résultat
d’un accident. |
RE 272
(Voir
’ DANS LES VÉGÉTAUX. 53
Poirier d'Amanlis à écorce et
à feuilles jaunes, — Cette variété, fait
de dichroïsme du Poirier d’Amanlis, est très-
remarquable; on pourrait même dire qu’elle
est jolie; elle s’est dévéloppée sur la tige d’un
Poirier d’Amanlis qui ne présentait rien d'anor-
mal. Elle est très-vigoureuse -et produit un
effet des plus singuliers par toutes ses parties
qui sont jaunes, excepté l'écorce qui est picté
de gris blanc. Elle n’a pas encore fructifié.
(Voir pour d’autres faits de dimorphisme,
relatifs au Poirier page 38.)
Pomme de terre (dimorphisme
des.) (Voir page 40. Voir aussi Soa-
num.)
Populus Græxca pernqduin, —
Grav. 10. — Forme accidentelle du Pêcher Madeleine rouge.
Nous ne pouvons dire d’où vient ni comment
a été obtenu cette variété, qu’on possède de-
puis longtemps dans les cultures; ce que nous
pouvons affirmer, c’est que, en 1858, ayant
greffé 15 sujets de Populus nivea avec du P.
Grœca qui nous paraît être le même que le
P. tremuloides, Mich., sur 7 individus qui ont
poussé, il y en avait un dont les rameaux,
grèles et pendants, étaient absolument sembla-
bles au P. Grœca pendula du commerce ; ce
fait est un des plus curieux que nous connais-
sions. L’individu qui nous le fournit est planté
dans les pépinières du Muséum, à côté d’un de
ses frères, auquel, physiquement, il ne ressem-
ble pas, bien qu’ils proviennent de la même
mère. Tous deux sont femelles et se couvrent
chaque année de chatons.
Précoce Malingre à grains ronds.
— Cette variété diffère du type, dont elle est
un accident, par ses grains ronds, gros, et par
ses grappes très-compactes. (Voir, pour d’au-
tres faits concernant les Raisins, au mot Vigne.)
Prunier (voir plus haut page 38.)
Prunus Mahaleh variegaia, -
Indépendamment de cette variété, qui est très-
jolie par ses rameaux allongés, très-grêles, et
par ses feuilles panachées de blanc, le Prunus
Mahaleb a produit, par dimorphisme, plusieurs
sous-variétés qui se distinguent par la forme
des feuilles et surtout par la couleur de leurs .
panachures. Presque toutes ces variétés sont
plus délicates que le type; leurs rameaux
sont aussi plus grèles que ceux de ce dernier.
Rheum Australe varicgatum.
— Gette plante est remarquable par la pana-
chure de ses feuilles qui est d’un très-beau
blanc.
Ribes nigrum variegatum, —
Accident du type, qui n’en diffère que par ses
feuilles panachées de blanc jaunâtre.
3
54 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Ribes rubrtum, variegatum.
Robinia hispida arborea C{
RBobinia hispida macrophyiir.
Ces deux variétés sont le résultat d’accidents
qui se sont montrés sur le Robinia hispida,
espèce dont l'origme est très-douteuse. Le
Robinia hispida arborea, hort (R. macrophylla.
D. C.) diffère du type par sa vigueur plus con-
sidérable, par ses rameaux beaucoup plus gros,
dont l'écorce, très-foncée, luisante, est lisse et
non hispide, et enfin par ses feuilles plus épais-
ses, coriaces, luisantes, et comme vernies.
Quant au R. hispida macrophylla, hort.ila beau-
coup plus de rapport
quele précédent avec
le type R. hispida;
il en diffère néan-
moins par sa vigueur
plus grande et sur-
tout par ses fleurs,
qui, moins abondan-
tes et un peu plus
développées, Sont
aussi d’une couleur
un peu plus pâle.
Comme le type dont
elles sortent, ces va-
riétés ne donnent
point de graines
(note 41). .
Le fait de la pro-
duction accidentelle
du R. hispida inermis
sur'le R. hispida est
tout à fait hors de
doute ; plusieurs fois
nous avons {rouvé ces
deux sortes de ra-
meaux croissant les
uns à côté des autres
sur la même branche
(grav. 41); il a donc
suffi de les multiplier
à part pour en obte-
nir des variétés dis-
tinctes.
Robinia Pseu-
do-Acacia um-
braculifera. —
Cette plante, si com-
munémentemployée aujourd’hui, soit comme or-
ment sous le nom vulgaire d’Acacia boule, soit
comme arbuste nain et considérée alors comme
plante fourragère et nommée pour cela Acacia
à faucher, provient, d’après Turpin, d'un
broussin qui se serait développé sur la tige
d’un Robinia pseudo-Acacia.
Ce fait qui, pour nous n’a rien de surpre-
nant, nous montre toute l'importance que, dans
certains cas, peuvent acquérir ces faits de végé-
tation si singuliers, et que, ce qu’à tort nous
considérons comme des accidents peut au con-
traire devenir la source de trèés-grandes ri-
chesses.
Rosa Eglanteria punicena. — Ce
Rosier ne diffère du Rosier capucine ordinaire
à fleurs jaunes (Rosa Eglanteria), dont il est
un accident, que par la couleur des fleurs,
qui est d’un rouge orangé.
Grav. 11. — Forme accidentelle du Robinia hispida ; — a,
branche principale ; b, rameau hispide comme la branche a ;
— ç, rameau complétement glabre.
Dans beaucoup de terrains, cette variété
revient plus ou moins vite au type dont elle
sort; il arrive même fréquemment que, sur
un pied, on voit des fleurs les unes rouges et
les autres jaunes (voir la gravure coloriée) et
parfois même on trouve des fleurs qui pré-
sentent ces couleurs à peu près par moitié, ou
bien encore des pétales qui sont moitié rouges
et moitié jaunes. En général l'accident est
moins vigoureux que le type, de sôrte que, par
l'effet d’une modification lente, on le voit quel-
uefois disparaître peu à peu, et qu'au bout
‘un certam temps on à un Rosier à fleurs
complétement jaunes là où l’on avait planté un
Rosier à fleurs rouge
orangé.
Rosier «a
Mhionville Ou
RosierdesQua-
tre Saisons
blanc mous-
Seux (grav. Colo-
riée.)— Cette variété
estle résultat d’un ac-
cidentquiparaîts’être
montré pour la pre-
mière fois, à Thion-
ville, vers 1835. (Voir
page 96. Voir aussi
pour d’autres faits de
dimorphisme du gen-
re Rosier, page 34).
Saccelha ru mm
officinarum
violaceum (Voir
page 49).
Salix Baby-
| fonica annula-
ris.— Cette variété,
si remarquable par
la forme de sesfeuil-
les, estun accident du
Salix Babylonica.
Nous l'avons remar-
qué, il y a bien long-
temps déja se déve-
loppant chaque année
sur un vieux pied. Les
_ parties sur lesquelles elle se montrait, étaient,
en général, peu vigoureuses, elles produisaient
tout à coup des bourgeons qui, au lieu de
feuilles longuement linéaires, planes, étaient
un peu roulées sur les bords et contournées en
anneaux.
Le Salixæ Babylonica annularis est très-cons-
tant, nous n’avons pe d'exemple qu'il soit
revenu au type dont il est sorti. Il est beaucoup
moins vigoureux que ce dernier.
Sambueus nigra variegaia au-
ren et Sambueus nigra variegata
argenten.— Ces deux variétés différent du
type par les panachures de leurs feuilles qui
sont jaunes chez la première, blanches chez la
seconde. La dernière est aussi bien moins vi-
goureuse que le type.
Sambucus nigra monsiresa. —
SRE AE F
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ÈS
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PE Een Smshi ete RE EE. œ RE PES . ns à 5. à " _ 5
DANS LES VÉGÉTAUX. 58
Accident produit par le Sambucus nigra, ana-
logue à l'Evonymus Japonica fasciata qui est
aussi un accident de l’Évonymus Japonica. Ses
fleurs sont égale-
ment monstrueu-
ses, et, jusqu'à
ce jour, les grai-
nes qu'il à pro-
duites ont tou-
jours été mau-
vaises.
Sol ra ur xm
duilcamara
variegaiuen
Sola mn u rm
tuberosuma
variegatun
— Cette variété,
très - remarqua-
ble par ses feuil-
les et ses tiges
panachées de
jaune, est an fait
de dichroïsme ;
elle provient
d’une Pomme de
terre qui, l'année
qui à précédé
celle où s’est
montré lacci-
dent, ne présen-
tait aucune ano-
male dans sa vé-
gétation. C’est
un accident qui
s'est développé
spontanément.
Spirea Ul-
maria va-
riegata.
Symphi-
Verjus à grains ovales (orav. 19).
— (Cette variété s’est développée acciden-
tellement, sur un sarment de Verjus qui
portait deux grap-
pes dont, l’une
dont on voit un
grapillon (grav.
13), était à grains
ronds.
(Voir ci-après
au mot Vigne.
Voir aussi Pré-
coce de Malin-
gre.)
Viburnuem
Opulus ste-
rilis Ou
Boule de
neige. Cette
variété est le ré-
sultat d'un fait
de dimorphisme ;
c'est une forme
accidentelle du
Viburnum Opu-
lus.
Vibaæranem
Gpulus ste-
rilis varie-
ER AATR ILE
Viburmum
macroce-
phaluwem. —
Cest une forme
accidentelle, sté-
rile, du Vibur-
num Keteleérü
tout à fait ana-
logue à celle qu’a
produite le y,
tum offici- Grav. 42, — Vorjus à grains ovales. — Forme accidentelle qui opulus.
e s’ést développée sur un sarment de Vérjus ordinaire à grains Viburnum
nale varie- Fat _
gai. tinus varie-
Sympho- Saiumn.
ricarpes Viola Ro-
vulgaris va- thomagen-
riegata. sis pallida.
Thuiopsis — Cette variété,
æ dont les deux pé-
PONT tales supérieurs
variegaia,
— Cette variété,
dont les feuilles
sont panachées
de blanc, est re-
marquable par sa
vigueur et par sa
grande facilité à | ps.
former des têtes lorsqu'on la multiplie de bou-
tures.
Ulmwus campestris variegain,
argenien, auren picta,. etc.
Les variétés à feuilles panachées, de l’Orme
commun, produites par accidents, sont nom-
breuses; elles se distinguent par la couleur
et par la forme des panachures.
Grav. 43. — Raisin verjus,
sont lilacés pâle
et mouchetés,
tandis que les
trois autres sont
blanc-jaunâtre lé-
gérement striés.
est le résultat
d’un fait de di-
| chroïsme lent (note 1) qui s'est produit au
| Muséum (note 45).
Vigandia Caracassana varie
Sata. — Distincte par ses feuilles, et même
par ses branches panachées de blanc, cette va-
riété s’est développée accidentellement, en
1862, sur une plante qui, mise en pleine terre
au commencement de cette même année, ne
RES PET
RS
SE EEE PE 1 EN CP NT CN EP
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a RE use es
56 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
présentait alors d’autres caractères que ceux
que celte espèce présente à l’état normal.
Vigne. — Les faits, soit dé dimorphisme,
soit de dichroïsme, que présentent les vignes,
sont relativement nombreux. Ceci se comprend
d'autant mieux que la Vigne est un des plus
anciens végétaux, et aussi un de ceux qui ont
_été le plus cultivés, et, d'autre part aussi,
comme on ne l’a jamais guère multipliée que
de bouture, et que c’est par millions que chaque
année on a fait de celles-ci, il a donc sufli que
quelques accidents se produisissent pour qu’en
- peu de temps ils se répandissent dans beaucoup
de pays.
Il arrive encore assez fréquemment que, sur
un cep, certains sarments donnent des Raïsins
soit de forme, soit de couleur différentes de
ceux que présentent les autres, sarments de ce
même cep (grav.12-13);, ajoutons que, presque
toujours aussi, ces Raisins offrent des qualités
ui leur sont propres. Voici quelques exemples
e ces accidents.
- Sur un pied de Raisin muscat à fruits noirs
nous avons, pendant plusieurs années, remarqué
que certains sarments produisaient des Raisins
muscats à fruits blancs.
Le Raisin Corinthe blanc, sans pepins, est
un fait de dimorphisme d’une variété de Vigne
dont les grains, beaucoup plus gros que ceux
du Corinthe, contiennent des pepins. C’est un
fait que nous asens constaté plusieurs fois sur
des grappes où quelques grains s'étaient dé-
veloppés outre mesure: ces grains renfermaient
des pepins.
‘© Le Corinthe blanc est l’analogue du Chasse-
las de Demoïiselles ; comme lui il est le résultat
de l’infécondation des fleurs. Se
Un des grands propriétaires de Vignes du
midi de la France, feu Cazalis Allut, écrivait
il y a quelques années :
« Un cep de Téret produit chez moi, depuis
plusieurs années, des Raisins noirs sur les
coursons de deux de ses bras, et des Raisins
gris sur les coursons des autres bras.
« Un cep d'Epiran gris, taillé en cordons, a
aujourd’hui environ 12 mètres de longueur. Les
six premiers mètres produisent constamment
des Raisin gris, et le reste du cep, jusqu’à son
extrémité, produit des Raisins blanes.
. « Je possède dans un enclos un cep d'Epiran
noir ayant plusieurs bras; les coursons de l’un
d'eux donnent des Raisins dont les grains sont
presque du double de grosseur de ceux des
coursons des autres bras...» |
Un autre propriétaire du Midi, M. Henri
Bouschet, de Montpellier, écrivait tout récem-
ment : « J’ai eu l’occasion, pendant plusieurs
années, de voir . ma collection du Lot-et-
Garonne, uu cep dè Prunella gris, qui tantôt
sur une tige, tantôt sur deux, portait des rai-
sins noirs tandis que tous les autres coursons
ne donnaient que des raisins gris.
« J'ai eu l’occasion, depuis deux ans, de re-
marquer dans ma collection de vignes, .à la Cal-
melte un fait des plus curieux, sur 8 greffes
d’une variété espagnole qui m’est venue de la
collection du Luxembourg ou elle porte le nom
Parrel del Reyno de Lorca et que j'ai reconnue
pour être notre Morastel noir, un des trois
ceps greffés a-porté; à ma grande surprise, des
raisins uoirs d'un eôté tout à fait semblables à
ceux de Morastel, et sur un courson opposé, et
toujours le même, des grappes blanches ayant
un aspect {out autre que celui qu’aurait pu pro-
duire un Morastel à grainsblanes, et un feuillage
de forme et de couleur très-différentes, qui m'a
paru identique avec celui de l’oyo de Rey de
Morada, dont les feuilles d’un vert jaune clair,
présentent des lobes très-peu marqués, et
arrondis, ainsi que des dents, tandis que la
feuille du Morastel est d’un vert foncé avec de
profondes divisions, des lobes aigus, et des
dents bien détachées et terminées en pointe. »
Un passage que nous trouvons dans
le Parfait Vigneron (édition de 1811)
semble confirmer de tous points lopi-
nion que nous émettons 101 au sujet
des modifications qui s’accomplissent
dans les variétés de Vigne; le voici :
« Les citoyens Vilmorin et Jumilhac ont
vu, le premier, un cep de Meunaer porter,
sur dessarments particuliers, des feuilles
et des fruits du Maurillon précoce. Le
citoyen Jumilhac a vu de même le
Meunier devenir Maurillon. »
D'où il résulte quela variété de Vigne,
appelée Madeleine, Juillet, Maurillon
hätif, etc., n’est qu'un accident de la
variété appelée Meunier, ce qui démon-
tre, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus,
que les variétés issues d'accidents peu-
vent présenter des qualités différentes
de celles qu'offrent les variétés dont
elles sortent.
Sur un pied de Pinot gris il s’est
développé en 1863, au Muséum, un
sarment dont les feuilles sont bien pana-
chées ou largement rubanées de jaune;
il produit duraisin à peu près semblable
à la variété dont il sort; néanmoins il
paraît être beaucoup moins fertile.
- En 1863, nous avons observé deux
autres faits très-remarquables sur la
vigne; l’un porte sur la variété Précoce
Malingre, l'autre sur celle désignée par
le nom de Verjus. Ces accidents, dus à
un même phénomène, présentent entre
eux des conséquences tout à fait con-.
traires. Ainsi, tandis que la Précoce Ma-
lingre alesgrains longuement ovales, dis-
tants, etquelesarmentquis’estdéveloppé
accidentellement sur elle avait les grains
ronds, très-serrés, plus gros que ceux
du type, la variété dite Verjus, dont les
grains sont légèrement oblongs ou
presque ronds (grav. 13), nous a donné
sur un sarment des grappes dont les
grains étaient longuement ovales etatté-
nuésauxdeux bouts(gravure12.)Deplus,
l'accident Verjus à gruins longs nous à
—#
présenté celte autre particularité, d’être
un peu plus tardif que le type sur lequel
il s’est développé.
Pour quelques autres accidents pro-
pres à la Vigne, Voir ci-dessus les mots
Chasselas gros Coulard. Ch. de Demoi-
selles, elc., etc.
Nous aurions pu de beaucoup aug-
menter cette énumération de faits de di-
morphisme ou d'accidents; nous ne
l'avons pas jugé nécessaire parce que,
indépendamment de ce que cela nous
aurait entraîné trop loin, l'intérêt réel
du sujet n’y eut rien gagné. Nous
avons donc eru devoir nous arrêter, et
mettre des bornes à ce qui, disons-le,
n’en à pas. Cependant, et maloré la lon-
gueur de cette énumération, il est en-
core certains faits qui, à cause de l’in-
térêt particulier qu'ils présentent, nous
paraissent dignes d’être cités; ils ont
rapport aux Jacinthes; les voici:
La Jacinthe double bleue ou Globe
terrestre est un accident de la Jacinthe
double blancheou Sultan Achmet. — La
Jacinthe double blanche à cœur bleu ou
Sphœra Mundi est un aceident de la
Jacinthe double blanche.— La Jacinthe
rouge simple, nommée Acteur, cultivée
pendant très-longtemps sans varier, a
produit par dimorphisme, à Hemstede,
près de Harlem, une variété àfleurs rou-
ges, doubles, imbriquées.— LaJacinthe
l’Ami du cœur, à fleurs bleues, simples,
également cultivée pendant très-long-
temps sans varier, a produit, d’un même
oignon, deux hampes dont l’une portait
des fleurs de couleur lie de vin, tandis
que sur l’autre les fleurs étaient de cou-
leur rose carné tendre.
Ces faits, quelque étranges qu’ils
puissent paraître, n’ont rien qui nous
étonne ; nous en connaissons d’analogues
chez d’autres plantes bulbeuses, notam-
ment chez les Tulipes, et tout particuliè-
rement chez les Zris Xyphium et I.
xyphioides (note 9).
Pour clore cette série d’accidents,
rappelons le fait de dimorphisme que
présente le Cytisus Adami. Quelle que
soit l’origine de celte plante, que ce
soit un hybride, ainsi qu’on le croit gé-
néralement, ou que ce soit une forme
particulière, nous n'avons pas à nous
en. occuper Ici; ce qui nous importe,
c'est de constater cette singulière
particularité qu'il présente, de déve-
lopper.très-fréquemment, et pour ainsi
DANS LES VÉGÉTAUX. 7
dire normalement, des rameaux de
Cytisus Laburnum et aussi d’autres
appartenant au Cylisus purpureus.
Lorsqu'on greffe séparément ces
deux sortes de rameaux, ces espèces.
restent invariables, quoique les greffons
aient été pris sur le Cytisus Adami.
En terminant ce qui a rapport aux
faits de dimorphisme, faisons observer
que, en général du moins, ces faits ne
se montrent que sur des plantes dont:
les caractères fondamentaux paraissent:
avoir été plus ou moins ébranlés, par
conséquent sur celles
depuis longtemps à la culture, ont été
modifiées dans leur tempérament, ou
bien qui ont subi l'influence d’autres
plantes analogues. D'où, comme consé-
quence, nous irons cet aphorisme : LA
STABILITÉ DES FORMES DANS UN GROUPE
QUELCONQUE DE VÉGÉTAUX EST, EN GÉNÉ-
RAL, EN RAISON INVERSE DU NOMBRE D’ES-
PÈCES QU'IL CONTIENT, AINSI QUE DE LEUR
DEGRÉ DE DOMESTICATION. |
Faisons cette dernière observation
que, dans tous ces faits de dimorphisme,
il arrive fréquemment que les parties
qui en sont la conséquence ne diffèrent
pas seulement des plantes dont elles
sortent par leurs caractères physiques
ou externes, tels que la couleur, la
forme, les dimensions, cte., mais qu’elles
ont souvent un tempérament différent;.
leurs fruits peuvent également présenter
des différences considérables dans leur
äspect, dans leur forme, dans leurs qua-
lités, dans leurs dimensions, dans leur
couleur, être hâtifs, tardifs, etc., etc.
Il en est de même des fleurs, et sous
ce rapport nous avons de nombreux
exemples de plantes à fleurs rouges qui
ont développé des rameaux portant des
fleurs blanches, et vice versà.
Ges faits, dans certains cas, peuvent
donc embarrasser les botanistes. En
effet, comment pouvoir assigner une
patrie à ces plantes si l’on ignore
comment elles se sont produites ? etcom-
ment aussi en faire le rapprochement et
supposer qu’elles : sortent d'individus
avec lesquels elles n’ont parfois plus rien
- de commun?
Ces faits produits, soit du dimor-
phisme, soit du dichroïsme, si remar-
quables et même si surprenants qu'ils
soient, doivent-ils étonner lorsqu'on ré-
fléchit qu'ils sont dus à un phénomène
naturel qui détermine une transforma-
qui, soumises |
58 PRODUCTION ET FIXATION DES. VARIÉTÉS
tion organique lente, mais incessante !
Mais, d’une autre part, ne peut-il
pas se faire que cette modification se
passe sans secousse, sans que son eflet
devienne brusquement sensible, et alors
que, comme par une sorte d’incubation,
elle modifie insensiblement l’organisa-
tion des individus jusqu’à produire, sous
un aspect presque semblable, des indi-
vidus qui présentent des propriétés
autres que celles qu’ils présentaient na-
guère ? C’est ce que semblent démontrer
certains faits observés sur des Vignes.
Ainsi nous connaissons des champs
plantés exclusivement en Pinot noir,
dans lesquels, néanmoins, chaque année
on arrache un certain nombre de ceps
dont les Raisins sont gris. Comme
toujours, le fait est en rapport avec
les conditions dans lesquelles 11 sc
passe ; il est donc local, de sorte que,
dans des vignes voisines le fait est plus
rare, et que même dans d’autres pla-
cées dans des conditions en apparence
identiques, on ne le remarque pas. Ce
phénomène, du reste, a son analogue, ou
plutôt son équivalent, dans celui que
présente le Âosier Capucine ponceau
(voir à l’énumération des faits de dimor-
phisme, page 54. Voir aussi au mot Rosa
Eglanteria punicea); il se trouve égale-
ment dans la transformafion de l{ris
spectabilis (note 2) et dans celui du
viola Rothomagensis pallida page 55 ct
note 45.
Toutes ces modifications sont la con-
séquence de ce grand principe en vertu
duquel tout se meut et se transforme
continuellement afin de s’harmoniser
et de satisfaire à de nouveaux besoins.
C’est, en un mot, le résultat de l'extension
de la vie, ce qui n’a rien que de natu-
rel; etsi nous regardons ces faits comme
des accidents, c’est que, oubliant notre
nature et intervertissant les rôles, nous
prenons nos décisions pour des règles
absolues, et qu’alors tout ce qui s’en.
écarte est considéré par nous comme des
déviations à l’ordre universel!
Les différents faits que nous venons
de signaler nous paraissent de nature
à modifier les idées si absolues que
beaucoup de naturalistes se sont faites
sur la constitution des êtres, .et à élargir
les idées, en général si étroites, que
nous avons de la puissance du Créateur.
L'observation de.ces faits pourrait peut-
être être d’un haut enseignement pour
ceux quise livrent à l’étude des Sciences
naturelles, en leur faisantreconnaitre que
d’une variété à une autre il n’y a qu'un
pas, de même que de ce qu’on nomme
espèce à une autre espèce la distance ne
peut être appréciée. Si l’on refléchit, en
effet, ainsi que nous l’avons démontré,
que sur un même arbre la nature fait
naître des rameaux velus et des rameaux
glabres, des fleurs rouges et des fleurs
blanches, des fleurs jaunes et des fleurs
rouges, des feuilles entières et des
feuilles très-profondément dentées, des
fruits noirs et des fruits blancs, à peau
lisse ou à peau velue, hâtifs ou tardifs
ete, etc; pourquoi ne pourrait-elle pas
aller plus loin, ou bien un peu différem-
ment et dans un autre sens, par exemple
faire une étamine, un pétale, un sépale,
etc., de plus, ou les faire d’une autre
forme? Et n'est-ce pas presque toujours
d’après ces caractères qu'on établit ce
qu’on nomme une espèce et même un
genre? N'oublions jamais que des unes
aux autres de ces choses il n’y a qu'un
très-petit pas ; et ce pas, qui donc serait
assez insensé ou plutôt assez téméraire
pour dire que la nature ne peut le faire ?
Soutenir cette idée, ce serait soutenir :
que Gelui qui a fait le tout ne peut faire
la partie.
Mais, d'autre part, comme, en défini-
tive, une modification externe n’est, ainsi
quenousne pourrions trople répéter, que
la conséquence d’une modification in-
terne, ne peut-il pas se faire que cette mo-
dificationsoitassez profonde pour devenir
: héréditaire et constituer, par sa descen-
dance, une variété permanente? Comme
d’une autre part encore, on sait
aussi que les variétés, suivant les lieux
ou les conditions particulières dans les-
quels elles sont placées, peuvent acqué-
rir des caractères solides, qui, avec le
temps, peuvent encore s’accroitre, il en
résulte que ce qui d’abord n’était qu’ac-
cidentel, peut devenir permanent et
constituer ce que plus tard on considé-
rera comme une espèce. On en connait
quelques exemples très-remarquables ;
mais parce qu'ils sont rares, en ont-ils
moins de valeur? Mais si ces faits nous
paraissent aussi rares, n'est-pas la faute
de notre imperfection, et est-il raisonna-
ble de mesurer la puissance du Créateur
à celle de nos moyens d'investigation?
Nous ne le pensons pas.
Aussi, comme conclusion sur le di-
DANS LES VÉGÉTAUX. 59
morphisme, nous disons : Si dans tous
ces faits on persiste à voir des accidents,
il faut donner à ce motune autre signifi-
cation que celle qu’on lui reconnaît gé-
néralement, ilfautle prendre comme in-
diquant un simple écart à ce que, dans
notre 1gnorance dé la fin des choses, nous
considérons comme devant être éternel,
et non comme une chose calamiteuse,
ainsi que le mot semble l'indiquer. Ce
que nous disons setrouve du reste com-
plétement justifié parles faitseux-mêmes;
en effet l’examen de ces phénomènes
nous montre qu'ils sont pour nous un
bien, la source de nouvelles jouissances
physiques et morales. Dans les uns nous
irouvons de nouveaux moyens d’orner
nos jardins ; dans les autres nous trou-
vons de nouveaux. aliments; dans les
deux cas, ils varient nos jouissances ; ce
qui, disons-le en passant, est peut-être le
seul moyen d'augmenter ces Jouissances,
puisqu'elles ne sont telles qu’à la condi-
tion de se présenter à nous sous des for-
mes irès-diverses, de se modifier sans
cesse afin de s’harmoniser et de satisfaire
à nos facultés si complexes, ainsi qu’à
nos goûls essentiellement mobiles.
Deux mots sur les accidents au point de
vue de leur conservation
Les faits de dimorphisme, ou les acci-
dents, qui se montrent sur certains vé-
gétaux, étant le résultat de caractères
exceptionnels produits sous l'empire de
circonstances particulières dont la cause
nous échappe, il est rare qu’ils se perpé-
tuent par graines ; 1l faut donc, pour les
conserver, avoir recours aux boutures
ou aux greffes. Mais alors il faut choisir
les parties les plus convenables eu égard
au but qu’on se propose d'atteindre, et
prendre celles qui présentent au plus
haut degré les caractères qu’on tient à
conserver, en observant, s’il s’agit de
panachures, que le meilleur moyen de
les maintenir est d'employer la greffe,
parce que, en général encore, les bou-
tures produisant des individus relative-
ment vigoureux, ces individus ont plus
de tendance à reprendre la couleur
verte, ou bien la forme normale si l’ac-
cident est une déviation de celle-ci.
Toutefois dans Ͼ cas on doit, sil
s’agit de panachure, prendre pour la
multiplication les parties sur lesquelles
ces panachures Sont très-franches,
sans cependant prendre celles sur
lesquelles elles sont trop intenses, car
alors les plantes qui en résulteraient
pourraient rester faibles et chétives; et,
d’une autre part aussi, lorsque sur le
même arbre il y aura des parties dont
les panachures circonscriront le limbe
des feuilles, on devra prendre de préfé-
rence les parties qui présentent ce ca-
ractère ; elles auront beaucoup plus de
chances de se stabiliser. Si au lieu de
panachures il s'agissait de monstruosités,
on prendrait les boutures sur les parties
où elles sont le mieux prononcées.
Boyen d’obtenir des variétés par le
choix des parties employées pour la
multiplication.
Bien que ce procédé semble ne pré-
senter que peu d'intérêt, nous croyons
néanmoins devoir en dire: quelques
mots, parce que, d’une part, il peut pré-
senter certains avantages pratiques, de
l’autre, parce qu’iltouche à certains faits
qui, tout en venant jeter quelque lu-
mière sur la physiologie végétale et en
confirmant certaines théories pratiques,
démontrent la justesse des prévisions
qu’avaient fait naître ces dernières.
Toutefois, pour les bien faire compren-
dre, nous devons entrer dans quelques
détails afin de faire ressortir certaines
particularités dont la connaissance est
sinon indispensable, du moins très-
utile ; car si, comme nous l'avons dit
précédemment, ilest beaucoup de va-
riétés à la production desquelles nous
ne pouvons à peu près rien,iln’en est
pas de même de celles dont nous allons
parler. Au contraire, en ce qui con-
cerne celles-ci, nous avons la plus
large part, ou plutôt tout nous revient,
pour ainsi dire, puisque le succès n’est
dù qu’au choix des parties dont on fait
usage pour opérer la multiplication.
Pour se rendre compte de la forma-
tion, nous dirions presque de la création
des variétés que comprend la nouvelle
série dont nous allons parler, il faut se
rappeler que chaque végétal est une
sorte de laboraloire vivant, qui, sous
l'influence de ce principe mystérieux
qu'on nomme force vitale, fabr que, on
peut le dire de toutes pièces les suk-
stances les plus variées. En effet, si l'on
analyseunegraine, par exemple, on con-
state que, en général, elle se compose
d'oxygène, d'hydrogène, de carbone, et
très-souvent aussi d'azote
ren
60 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
Néanmoins si on place cette graine
dans un sol dont on a enlevé tous les
principes organiques, et qu’on ne l’ar-
rose qu'avec de l’eau. soigneusement
distillée, on pourra constater que, avec
des éléments si simples et si peu nom-
breux, cette graine n’en a pas moins
fabriqué des substances très-complexes,
renfermant des éléments que, primitive-
ment, elle ne contenait pas. Mais outre
cela, comme effet physique dépendant
de causes organiques, on remarque, à
mesure qu'a lieu le développement des
plantes, et quelles que soient les condi-
tions dans lesquelles elles sont placées,
que, à partir de leur base, les modifica-
tons, qui deviennent de plus en plus
profondes, donnent aussi aux divers or-
ganes un aspect différent en rapport
avec la place qu’ils occupent. On remar-
que d’abord que toutes les parties pla-
cées à la base d’un végétal, toutes cir-
constances égales d’ailleurs, sont beau-
coup plus résistantes que les supérieures;
que celles-ci, de moins en moins solides,
sont même tout à fait herbacées à leur
sommet; onremarque de plus que toutes
les parties sont aussi d'autant plus diffé-
rentes d'aspect qu’on s'élève davantage,
et que, en ce qui concerne les organes
foliacés par exemple, on les voit se
modifier, diminuer de grandeur, chan-
ger de forme, de nature, ainsi que de
couleur pour arriver à constituer ces
parties si brillantes qu’on nomme fleurs.
Là ne s'arrête point encore la transfor-
mation, certaines parties des fleurs, par
suite de modifications analogues à celles
dont nous venons de parler, constituent,
au centre des fleurs, les organes sexuels;
puis, que deux parties très-importantes,
_ l'ovaire et les ovules, suivant les cas,
prennent aussi les formes les plus va-
riées ; ce sont ces dernières parties qui,
plus tard, reçoivent le nom de fruits.
Puis donc que ce sont les mêmes sucs
séveux qui, par suite de modifications
successives, forment les tiges, les bran-
ches, les fleurs, les feuilles, puis enfin
les fruits, ces derniers, de même que
les graines qu’ils renferment, ne sont
donc que de la séve très-élaborée; d’où
l'on peut, comme conséquence, tirer
cette conclusion: que les sucs séveux,
dans une partie quelconque d’un végé-
tal, étant d'autant plus modifiés qu’on
s'éloigne davantage de leur point de
départ, les modifications seront aussi
d'autant plus considérables que sur
l'une d'elles, on prendra pour en opé-
rer la multiplication, des yeux placés
le plus près possible du sommet (note 43).
Cela est vrai, en général, pour tous
les végétaux, bien que chez beaucoup
d'espèces les différences soient à peine
appréciables; il en est au contraire d’au-
tres chez lesquels ces différences sont
assez sensibles; tels sont particulière-
ment les Rosiers, lorsqu'on les multi-
plie par la greffe en écusson. Ainsi, si
pour ceux-ci et pour exécuter cette
greffe on prend des yeux sur un très-
long rameau, comme il s’en trouve pres-
que toujours, qui ne fleurisse point,
on en obtiendra des plantes peu flori-
bondes, qui, si elles appartiennent à
une sorte dite remonlante, pourront
même ñne plus remonter. Si, au contraire,
et,sur lamême plante, on prend les yeux
sur des rameaux courts qui ont fleuri,
on obtiendra en général des plantes plus
franches, dont les rameaux s’allongc-
ront moins pour produire leurs fleurs.
On peut donc, en choisissant les ra-
meaux avec soin, constituer ou des in-
invidus très-floribonds, ou d’autres peu
floribonds; on pourrait même, en pous-
sant assez loin les choses, en obtenir
qui ne fleuriraient plus du tout, ou du
moins qui ne fleuriraient que excep-
tionnellement, et cela tout en prenant les
parties àmultiplier sur lemême individu.
Par contre et par les mêmes raisons,
mais en agissant d’une: manière con-
traire, on pourrait obtenir soit des va-
riétés à rameaux florifères très-courts,
soit des variétés chez lesquelles ces ra-
meaux seraient très-allongés.
En règle générale, lorsqu'il s’agit de
Rosiers à greffer en écusson, plus on
prend les yeux près des fleurs, moins
les bourgeons qui en résultent s’allon-
gent et plus au contraire ils fleurissent ;
aussi les yeux qui sont placés dans le
voisinage des fleurs sont-ils ceux qu’on
doit préférer lorsqu’on veut avoir des
plantes floribondes. Dans ce cas encore
on doit toujours, autant qu’on le peut,
prendre les écussons sur des rameaux
terminés par des fleurs, qui eux-mêmes
étaient poussés sur des rameaux qui.
avaient fleuri. De ce qui précède on
peut tirer cette conclusion que, si lon
veutavoir des Rosiers vigoureux, on de-
vra prendre les écussons sur des ra-
meaux qui présentent ce caractère. -
DANS LES VÉGÉTAUX. . 61
Mais, d’une autre part, comme la
nature est simple, une peut-être dans sa
cause, bien que multipleou plutôt infinie
dans ses effets, il s’ensuit que, ce que
nous venons de dire des Rosiers, nous
pouvons peut-être le dire de tous les
végétaux ; il est donc très-probable qu’on
pourrait, de ces principes, tirer des con-
séquences avantageuses si on les appli-
quait soit aux arbres d'ornement; soit
aux arbres fruitiers. Ne voit-on pas, en
effet, pour une même sorte, des indi-
vidus qui donnent, ceux-ci de plus
beaux, ceux-là de meilleurs fruits, les
uns hâtifs, les autres tardifs, les uns
sujets à telle maladie, tandis que cer-
tains autres n’en sont jamais ou n’en
sont que três-rarement atteints, les uns
fleurissant peu, les autres fleurissant
beaucoup ? a
Ne remarque-t-on pas parfois aussi
des différences analoguessur les diverses
branches d’unmêmearbre, que certaines
de celles-ci se couvrent de fleurs, puis
de fruits, tandis qu’à côté, d’autres en
donnent à peine ?
= Ne voit-on pas aussi dans la Vigne
certains pieds dont les raisins coulent
presque toujours tandis que d’autres
ne coulent presque jamais?
Nous pourrions, à l'appui de ce qui
précède, rappeler le fait des diverses
variétés de Cerisiers dont nous avons
déjà parlé, sur lesquels on trouve par-
fois, sur un même individu, des branches
qui donnent des fruits hâtuifs et d’autres
quiendonnent de tardifs, lesuns colorés, :
dépourvus de:
les autres presque
couleur. pers
Citons comme exemple analogue à
celui qui précède le fait suivant. Deux
Negundo fraxinifolium issus du même
semis, placés près l’un de l’autre dans
des conditions identiques, présentent
néanmoins cette différence que l’un
se couvre annuellement de fleurs, puis de
fruits, tandis quel’autre n’en produitpas,
si ce n’est que très-exceptionnellement
et encore très-peu. Les exemples de ce
genre abondent; il n’est pour ainsi dire
personne qui n’en connaisse.
Tous ces faits démontrent l’impor-
tante nécessité qu’il y a à bien choisir
les parties lorsqu'il s’agit de multiplier
un végétal, et que ce choix devra se faire
en raison du but qu'on cherche à
atteindre. Ainsi il est bien clair que, si
on voulait obtenir des plantes pour
mères comme porle-graine on devrait
choisir les boutures ou les greffons sur
des individus trés-fertiles, et que si, au
contraire, on voulait des sujets très-vi-
goureux, on devrait les prendre sur des
individus qui présentent ces caractè-
res, efc., etc. -
En culture on ne doit rien négliger,
on doit, au contraire, observer beaucoup
et tirer parti de tout ; car là, peut-être
plus que partout ailleurs, de très-petites
causes peuvent parfois produire de très-
grands effets. “a |
-Résumant ce qui précède nous di-
sons : Lorsqu'il s'agira d'arbres dits
d'ornement, on devra, pour les multi-
plier, choisir les rameaux sur les indi-
vidus les plus floribonds, dont les fleurs
plus parfaites, ou plus grandes, s’épa-
nouissent le mieux, etc.,etc.; si, au con-
traire, il s’agit d'arbres fruiüers, il faut
prendre les greffons sur les branches qui
sont les plus hâtives, les plus tardives,
les plus ou les moins vigoureuses, dont
lesfruits sontles plus beaux, les plus gros,
ou enfin les meilleurs, etc., etc., suivant
le but qu’on veut atteindre. Mais on ne
devra jamais, à moins d’y être absolu-
ment forcé, prendre pour greffons ces
gros rameaux qu’on nomme gourmands,
dont les yeux sont mal constitués, et qui,
gorgés de sucs séveux peu élaborés, ont
une grande tendance à pousser beaucoup
de bois, et pour cette raison à ne pro-
duire que peu de fleurs. Les rameaux
très-faibles pouvant avoir l'inconvénient
contraire «oivent également êtrerejetés;
le mieux est done de choisir, parmi les
rameaux de moyenne vigueur, ceux qui
ont les yeux assez rapprochés, dont le
bois, sans être très-gros, est, comme on
dit dans la pratique, bien nourri; en
outre, et autant que possible encore, il
faut les prendre sur des individus sains,
francs (qui produisent beaucoup}, et
exempts de certains caractères qu’on
n'aurait pas intérêt à propager.
OBSERVATIONS ET PARTICULARITÉS.
Sous cette rubrique, nous nous pro-
posons d'appeler l'attention sur certains
faits qui, bien que pouvantpeut-être pa-
raitre un peu en dehors de notre sujet,
s’y rattachent néanmoins assez étroite-
ment, et qui l’éclairent même sur plu-
sieurs points.
Le premier de ces faits se rapporte à
ce qui à été dit précédemment, qu'il
62 PRODUCTION ET FIXATION DES VARIÉTÉS
confirme même, savoir : que toutes les
propriétés que possède une plante ten-
dent à se reproduire et même à s’aug-
menter dans une certaine mesure, en un
mot, que, de même que tous les autres
êtres, les plantes semblent pouvoir con-
tracter certaines habitudes, acquérir des
propriétés particulières qu’elles peuvent
transmettre, mais qu’elles peuvent éga-
lement perdre si on ne les cultive pas.
Ainsi, par exemple, des plantes mul-
tipliées constamment par tout autre
moyen que par graines, auxquelles
même on n’en laisse jamais produire,
4 avec le temps, devenir stériles.
ais, par contre, on remarque que celles
qui sont constamment multipliées par
graines tendent au contraire à devenir
de plus en plus fécondes.
À l'appui de ceci, nous pouvons citer
le Pentstemon gentianoides, les Verbena
pulchella, melindres, teucrioides, le Die-
lytra spectabilis, les Phlox suffruticosa
et decussata, le Gaura Lindhemeri, et
même le Petunia phœnicea, ete., qui,
lors de leur introduction dans nos cul-
tures, et même quelques années’encore
après cette introduction, ne donnaient,
certaines d’entreelles, surtout, que rarc-
ment et encore peu de graines, tandis
qu'aujourd'hui ces plantes en produi-
sent en grande quantité.
Que conclure de ces faits? Ceci : que
lorsqu'une plante ne donne point de
graines (mais que, bien entendu, Îles
organes sexuels des fleurs sont bien
conformés), on doit faire tous ses efforts
pour lui en faire produire, ne serait-ce
que quelques-unes, dût-on même, pour
y parvenir, faire intervenir la féconda-
tion artificielle. Une fois qu’on a obtenu
des graines, on remarque, si on les
sème, que les plantes qui résultent de
ce semis sont déjà plus fécondes que
celles dont elles proviennent; de sorte
que, si l’on suit celte marche pendant
plusieurs générations, on peut. arriver
à avoir des plantes qui donnent beau-
coup de graines, bien qu’elles provien-
nent d’autres qui n’en donnaient que
très-peu et cela même rarement.
Nous pourrions, à l'appui de ee que
nous venons d'avancer, eiter un fait qui
le confirme de tous points; nous le
pouvons d'autant mieux que ce fait nous
est particulier : il a rapport au Ligus-
trum ovalifolium.
Tous les horticulteurs savent que
celte espèce, qu'on multiplie toujours
par bouture, qui fleurit considérable-
ment et dont les fleurs, au point de vue .
de la génération, sont bien conformées,
ne produit cependant que peu et même
rarement de graines; pourtant, au Mu-
séum, cette plante est devenue très-f6-
conde, aussi féconde même que l’est
l'espèce commune, le L. vulgare. Voici
comment lui est venue sa fécondité.
Ayant récolté quelques graines de
cette espèce vers 1854 et les avant se-
mées, nous avons obtenu, parmi un cer-
tainnombre de pieds,une quinzaine, qui,
chaque année, se couvrent plus ou moins
de graines. Nous disons plus ou moins,
parce qu’en effet toutes n’en produisent
pas également; il en est qui en donnent
en très-grande quantité, tandis que d’au-
tres en donnent beaucoup moins. De
plus, les unes sont hâtives, les autres
relativement très-tardives. Dans cette
circonstance, il faut donc choisir comme
mères les plantes les plus productives, et
comme d’une autre part la maturité des
graines a lieu assez tardivement, 1l fau-
drait aussi donner la préférence aux
pieds les plus hâtifs.
Le deuxième fait sur lequel nous
voulons appeler l'attention est relatif à
la conservation des types. À ce sujet
nous ferons d’abord remarquer qu'il est
une chose très-importante que cepen-
dant on pratique peu, presque pas
même, en horticulture proprement dite,
bien qu’on l’observe très-fréquemment
dans la culture maraîchère ainsi qu’en
agriculture : c’est de changer de temps
à autre ses graines, c’est-à-dire de les
renouveler en les faisant venir de lo-
calités différant par le sol et par le
climat, des conditions dans lesquelles
on se trouve placé, dans lesquelles par
conséquent les végétaux acquièrent
ou du moins conservent des propriétés
particulières tandis qu’ils les perdent
dans d’autres (note 44). |
Cest ce fait que, dans le langage
vulgaire, on rend pas cette expression
impropre peut-être quoique bien signi-
ficative : « que les plantes se retrem-
pent », ou, comme on le dit encore :
« qu’elles font un nouvau sang. »
Mais s’il en est ainsi des graines
des plantes, il pourait bien en être de
même des parties de celles-ci; par
conséquent, on devrait de temps à
autre, lorsque le besoin s’en fait sentir,
DANS LES VÉGÉTAUX. 63
tirer soit les greffons, soit les boutures,
des localités où les végétaux que l’on
veut multiplier, semblent acquérir la
plénitude des propriétés que l’on re-
cherche.
Nous ferons encore observer que,
puisqu'il est dans l’ordre général que
toute chose, lorsqu'elle a acquis son
apogée de développement, aille cons-
tamment en s'aflaiblissant, plus ou
moins vite suivant sa nature, il en ré-
sulte ce fait que, quoiqu’on fasse, un
type ou une variété quelconque perd peu
à peu les propriétés qui primitivement
les faisaient rechercher ; en d’autres ter-
mes, qu'ils s’usent. On remarque de plus
que cet affaiblissement, en général, est
d’autant plus grand que les végétaux sur
lesquels il se fait sentir sont cultivés
depuis plus longtemps, ou bien qu’ils
ont été multipliés en plus grande quan-
tité, ou bien encore qu'il appartiennent
à une espèce plus améliorée, nous di-
rions même plus domestiqué. Par con-
séquent il est bon, ainsi qu'on le dit
avec raison, de rajeunir de temps à
autre les types dont l’affaiblisement
s'annonce par une végétation plus faible
des individus ainsi que par une tendance
à être attaqués par des maladies particu-
lières contre lesquelles il est souvent im-
possible de lutter, sinon avec désavan-
tage. Il n’y a pas à balancer, il n’y a
qu'un moyen : c’est de recourir aux
semis, parce quealors même que les indi-
vidus qui naissent de ces semis parai-
traient à peu près semblables à ceux
dont ils proviennent, ils n’en conslitue-
raient pas moins des individualités par-
ticulières qui, par conséquent, auraient
un tempérament ainsi que des propriétés
spéciales. (Note 33). ia
Toutefois, on remarque dans cette
sorte de dégénérescence ou d’affaiblis-
sement organique des différences très-
grandes dans les résultats ; par exem-
ple, que certaines variétés durent très-
longtemps tandis que d’autres passent
très-vite. On constate de plus qu'il
n’y a pas de marche régulière, par
exemple que telle variété suse plus
vite que telle autre ; de plus encore que,
lorsqu'elle ne vient plus dans un endroit,
elle vient encore très-bien dans un autre.
Pourtant ce ne sont là que des inci-
dents, pourrait-on dire : le cercle du
mal va toujours en s’agrandissant, et,
conformément à cette grande et univer-
selle loi qui veut que tout ce qui a
commencé finisse, les espèces, de même
que les variétés qui en sortent, doivent
disparaître! (C’est une question de
temps.
Le besoin d'éclairer les diverses ques-
tions que nous avons successivement
traitées nous a fait entrer dans des dé-
tails plus étendus peut-être que ceux
dans lesquels, d’après le programme,
nous eussions dû nous renfermer ; mais
cet écart, dans cette circonstance, était
peut-être inévitable, car tout sujet com-
plexe ne peut être traité simplement, et
celui qui nous occupe l’est au plus haut
degré. En effet, ses conséquences sont
infinies, et le champ dans lequel elles
s’accomplissent est tellement vaste, les
parties qu'il comprend sont tellement
enlacées qu’il n’était guère possible de
toucher aux unes sans remuer quelque
peu les autres. D’une autre part il est
certaines questionsquenous devions trai-
ter, qui, bien que très-importantes, ne
sont que la conséquence d’autres, et
qui par cette raison ne pouvaient être
abordées qu'après que celles-ci avaient
été expliquées. Nous avons pensé du
reste que, dans une question de la nature
de celle dont nous nous occupons, il va-
lait mieux augmenter que restreindre
les faits, et pécher plutôt par l’abon-
dance que par l'insuffisance des détails.
Avons-nous eu tort?
RÉSUMÉ.
Les conclusions, que l’on peut tirer de notre Mémoire intitulé Production et fixation
des variélés dans les végétaux, sont de deux sortes; les unes se rapportent à la science, les
autres, tout en s’appuyant sur celle-ci, sont plus particulières à la pratique, à laquelle elles
Le
peuvent servir de guide.
Au point de vue scientifique, les faits que nous avons rapportés démontrent que les phé-
nomènes vitaux se développent d’une part en raison des milieux dans lesquels ils s’exer-
ge ne RE ge
F Ge v TNT DT RAT
64 RÉSUMÉ.
cent et, de l’autre, qu’étant en rapport avec les traitements auxquels on soumet les végé-
taux, il peut, sous cette double influence, se manifester des phénomènes très-divers, de sorte
que lesindividus qui y sont soumis peuvent parfois présenter les caractères les plus étranges
sion les compare à ceux que présententceux dont ils proviennent. Non-seulementleur facies
peut être différent, mais leur organisation même peut être sensiblement modifie. On a pu
voir, aussi que tous les végétaux sont plus ou moins plastiques, que les formes, la plupart,
trañsiloires et locales, ne sont que des modes, que prennent les individualités végétales,
pour,se mettre en harmonie avec les conditions dans lesquelles elles croissent.
De ces faits découle cette conséquence qu’il est tout à fait impossible de fixer d’une ma-
nière absolue ce qu'on nomme ESPÈCE.
On savait dejà qu’une plante quelconque étant donnée, on pouvait, à l’aide de ses graines
el sans qu'il y aiteu d'autre fécondation que celle qui s’est faite entre ses fleurs, obtenir
des variétés, mais on croyait que les limites des variations étaient très-bornées, ce qui n’est
pas, tant s’en faut. Mais ce qu’on ne savait peut-être pas assez, c’est qu'un végétal peut,
sur ses diverses parties, émettre des productions très-différentes de celles qu’il présente
normalement, et, comme d’une autre part, ces productions peuvent se multiplier et conser-
ver les caractères exceptionnels qui se sont montrés, on peut, par le seul fait du sectionne-
ment, obtenir des individus qui présentent des particularités parfois très-différentes de
celles qu’offrent les individus dont ils proviennent. Ces faits, nombreux, sont aujourd’hui
hors de doute. Si De.
Quant aux conséquences que la pratique horticole peut tirer des faits que nous avons
rapportés, elles sont très-importantes. En suivant la marche que nous avons indiquée pour
les différentes opérations, si l’horticulteur ne peut, à sa volonté, faire naître les variétés,
il peut du moins en provoquer l’apparition, et conserver ces variétés lorsqu'elles se sont
produites. Mais une fois qu’un ébranlement spécifique a eu lieu, qu'un affolement s’est
produit, l’horticulteur pourra, en s’emparant de ce mouvement, le diriger dans le sens le
plus propre à satisfaire ses vues, et obtenir, pour ainsi dire à sa volonté, telle ou telle
forme qu’il désire. ;
À l’aide des données que nous avons indiquées, l'horticulteur pourra aussi, dans cer-
tains cas, distinguer les variétés dont, très probablement, il n’a plus rien à attendre et en
même temps apprécier celles sur lesquelles il doit tout particulièrement porter son atten-
tion. D'une autre part encore, en se basant sur les principes que nous avons indiqués, il
pourra, à l’aide de la fécondation artificielle, modifier les individus, extérieurement et in-
térieurement, de manière à les approprier à ses besoins.
Nous osons donc croire que nofre opuscule sera doublement utile, d’abord à cause des
faits qu’il renferme, ensuite et surtout, à cause de la nouvelle voie qu’il ouvre aux inves-
tigations, et des recherches qu’il provoque. :
Le champ est vaste, nous avons essayé de le déblayer et d’y planter quelques jalons, es-
pérant que de hardis explorateurs ne craindront pas de s’y aventurer. Les fruits qu'ils en
retireront pourront avoir l'écorce dure et amère, mais les sucs que contiendront ces
fruits, succulents et doux, procureront la force et la santé au corps, le calme et la jouis-
sance à l’âme ! but que doit avoir tout travail humain, conformément à cette belle parole
du Christ : « L'homme ne vit pas seulement de pain. » ss
NOTES.
Note 4. — Nous nommons dimorphisme : 1° le
phénomène qui fait que, sans cause connue, il se
développe sur l’une ou sur l’autre partie d’un végétal
un bourgeon dont la forme et l'aspect diffèrent de
ceux que porte ce végétal. Ainsi le Hêtre commun
produisant un rameau à feuilles laciniées, le Podo-
carpus Koraiana produisant une branche dont les
ramifications sont verticillées et étalées, au iieu
d’être éparses, et dont les feuilles sont distiques au
lieu d’être disposéesalternativement autour des bran-
ches, ainsi qu’elles le sont normalement, sont des
faits de dimorphisme. 2 Nous nommons également
dimorphisme tout changement qui se produit sur un
végétal, quel que soit le temps qu’ilmette à s'accom-
plir. Ainsi des Pommes de terre longues, produisent
des pommes de terre ronde :ou bien des longues
en produisant des rondes, ef vice versé; des Haricots
longs, cylindriques, produisant soit des Haricots plats,
soit des Haricots subsphériques et vice versd; des
Haricots nains produisant des Haricots volubiles, sont
des faits de dimorphisme. D’une manière générale,
dimorphisme signifie forme différente sur un même
individu, que le changement de forme soit complet
ou partiel. ,
Pris dans son sens le plus absolu et considéré dans
l'ensemble de tous ses caractères, le dimorphisme
peut, d’après les particularités qu’il présente, être
partagé en deux sections, l’une qui comprend tous
a a
NOTES.
les faits qui se manifestent brusquement : c’est le
cas du étre à feuilles de Fougére, du Rosier à
feuilles de Chanvre, du Cerisier anglais à feuilles
de Saule, du Verjus à grains longs, etc., ete. ; l'autre
qui comprend toutes les transformations lentes : c’est
le fait du Rosa eglanteria, des Tulipes, des Iris
Xiphium. (Note 2), du Viola Kothomägensis
pailida (note 45). etc. A la rigueur on pourrait
établir une troisième section qui comprendrait toutes
les transformations dues à l’âge des individus, qui
sont les conséquences de leur adullilité. Toutefois,
cette dernière série de phénomènes ne se montre
que chez les espèces polymorphes, qui changent
d'aspect, de formeet de nature lorsquelles vieillissent,
etsurtoutlorsqu’ellesfructifient ; telles sont les Lierres,
le Ficus stipularis ou scandens, les Eucalyptus, ete.
etc. L’horticulture profite souvent de cette propriété
propre aux végétaux, et, multipliant à part les par-
ties qui présentent ces caractères exceptionnels,
elle obtient alors des individus qui présentent un
aspect tout autre que celui des individus dont ils
proviennent.
Les végétaux ne sont pas les seuls qui nous four-
nissent des faits de dichroïsme; ils abondent chez
les animaux. Mais ici ce sont, dit-on, des faits dûs
à l’âge. Nous l’admettons pour beaucoup de cas,
mais il n’y en at-il pas aussi qui sont le résultat
d’une modification organique, l’analogue de ce que
nous nommons accident ? L'exemple suivant semble
le démontrer. Voici : Un jeune Bouvreuil pris
au trébnchet, fut mis en cage; il resta deux ans
rouge comme le sont les Bouvreuils. La troisiemè
année, il devint noir, et aujourd'hui il est d’un
noir très-foncé partout. C'est un mäle; il chante.
Supposons, ce qui est très-possible, que le fait
se soit passé à l’état libre, ne pourrait-il pas arriver
que, en raison de cette grande loi, qui fait que
tout tend à se reproduire, qu’il se forme une race
noire. Le cas étant, supposons qu’un natura-
liste découvre cette race, il est très-probable qu'il
n’hésiterait pas à en faire une espèce. Aurait-il
tort! Nous n’oserions le dire.
Nous nommons dichroïsme un phénomène exacte-
ment analogue au précédent par le fond, mais qui,
au lieu de porter sur la forme des objets, porte sur
leur couleur. Ainsi l’Œillet Flon, qui est à fleurs rou-
ges, développant un rameau d’aspect ét de forme
semblables, mais donnant des fleurs blanches, le
Troëne à feuilles ovales, le Fusain du Japon produisant
des bourgeons portant des feuilles panachées, au lieu
de feuilles vertes; des Haricots blancs en produisant
des noÿrs, el vice versé, sont des faits de dichrceisme.
En horticulture les divers phénomènes, soit de
dimorphisme, soit de dichroïsme, sont désignés par
le nom général d'accidents.
Note 2. — Le fait de modifications permanentes
des Tulipes, qui n’est guère connu que des véritables
amateurs de ces plantes, ou bien de ceux qui en ont
fait une étude spéciale, est des plus curieux. En
effet, toutes ces nuances si délicates, toutes ces cou-
leurs si brillantes qu'on remarque dans la plupart
des fleurs de Tulipes, ne ‘sont que passagères; ces
plantes sont constamment en voie de changement.
De sorte que les fleurs qui sortent d’un oignon quel-
conque de Tulipes diffèrent presque toujours, plus ou
moins, de celles qui en sont sorties les années précé-
dentes ou qui en sortiront les années suivantes.
Ce phénomène, dans beaucoup de cas, se continue
jusqu’à ce que les fleurs soient revenues à l’unicolo-
rité, ou du moins jusqu’à ce qu’elles ne présentent
plus que des couleurs: plus sombres ou moins com-
lexes. Toutefois l’on constate que la constance ou
a ténacité des couleurs est très-différente suivant les
variétés qu’on observe; que, fugace, pour ainsi dire, .
chez certaines, celle est relativement fixe chez d’au-
tres.
Les Jris Xiphium et xyphioïdes nous offrent des
phénomènes absolument semblables à ceux que pré-
sentent les Tulipes; toutes ces couleurs si délicates
que l’on remarque chez certaines variétés ne sont
que passagères; elles se modifient continuellement,
de sorte que, en plantant les caïeux de telle vu telle
|
65
variété, on n’est pas sûr d'obtenir la même variété,
souvent même on obtient des plantes à fleurs com-
plétement différentes. Un exemple très-remar-
quable nous est fourni par l’Jris spectabilis, Spach.
Cette plante, très-ornementale, dont les fleurs sont
d’un violet bronzé, est un accident de l’/ris Xiphium
à fleurs bleues, à laquelle elle revient très-vite,
fait des plus faciles à vérifier en plantant séparément
les caïeux qui en sortent et en en surveillant avec
soin le développement, afin qu'il n’y ait pas de mé-
lange. Cette prétendue espèce n’est “pas seulement
différente de lJris Xiphium par la couleur de ses
fleurs, celles-ci sont beaucoup plus grandes, la forme
en est légèrement différente, et la plante, plus forte
dans toutes ses parties, devient aussi beaucoup plus
grande. On constate des faits analogues dans les /ris
æypldoides, et on remarque aussi que les modifica-
tions sont d’autant plus rapides que les fleurs pré-
sentent des couleurs plus variées et plus tendres, ou-
comme on dit, plus fondues. :
Toutefois, il n’y a rien de fixe; comme chez les
Tulipes, on remarque chez les Jris Xiphium et æi-
phioides des variétés plus constantes les unes que
autres, et que les changements, qui n’ont non plus
rien de fixe, montrent les plus grandes dissemblan-
ces dans leur apparition.
Toutes ces modifications, loin d’être des anoma-
lies, sont conformes à celles qui se passent chez
beaucoup d’autres plantes. Pour le comprendre il
suffit de se rappeler que la multiplication des Tuli-
pes, de même que celle des Zris Xiphium et æyphioi-
des, est une sorte de bouturage; car un caïeu n’est
autre qu'un bôurgeon caduc qui se détache d’une
plante mère, et qui, par conséquent, peut différer de
celle-ci, de même que cela arrive fréquemment surles
bourgeons de certaines plantes, soit ligneuses..soit
herbacées, Lels que Chrysanthèmes, Rosiers, OŒillets,
etc., Ces faits qui n’ont rien de forcé, expliquent
* commentdesJacinthes à fleurs blanches, ont pu donner
des fleurs bleues, et vice versa, et comment aussi
un même bnlbe à pu produire à la fois deux hampes
dont les fleurs, sur chacune, étaient de couleur
différente.
.Note 3. — Un exemple de hélivelé est l'appa-
rition spontanée des Chrysanthèmes de Chine pré-
coces. Aussi, relativement à ces dernières, qui
forment une race particulière, on pourrait même
presque dire une espèce tout à fait distincte,
croyons-nous devoir entrer dans quelques détails
sur leur origine.
La première cause d'apparition de cette race est
et sera toujours inconnue. Pourquoi est-elle venue?
Nous n’en savons et n’en saurons jamais rien. Ce
que nous pouvons, c'est constater son apparition,
prendre la plante là ou elle s’est montrée, puis la
suivre dans sa marche. $
Voici comment les faits se sont passés. Vers
1844, époque où l’on ne possédait encore, en fait
de Chrysanthèmes de Chine, que des plantes à flo-
raison tardive (qui fleurissaient en novembre), un
horticulteur, qui alors s’occupait tout particulière
ment de ces plantes, remarqua, dans un semis qu'il
avait fait, un pied qui fleurit dès le commencement
d’aout. Les graines que donna cette plante, qui
était si précoce etpresque naine, récoltéeset semées
avec soin, produisirent, entre autres, un individu
dont la floraison fut encore plus hâtive que la
variété dont il sortait. L’ébranlement était donc
produit; aussi, à partir de cette époque, en récol-
tant constamment des graines sur ces individus à
floraison hâtive, est-on parvenu à avoir une race de
plantes tellement précoces que certaines variétés
qu'elle comprend fleurissent en juillet; on pourrait
même, en les soumettant à une culture particulière
et raisonnée, avoir des plantes en fleurs presque
toute l’année. Elles sont remontantes.
De même que chez le type, on trouve dans cette
race des plantes à fleurs blanches, jaunes, roses,
lilas, etc., toutes de grandeur moyenne, c’est-à-dire
intermédiaires entre celles qu'on nomme pompons
et les anciennes, qu’on dit à grandes fleurs. Notons
que cette précocité semble acquise aux dépens de
Éd ma TT
66 à NOTES.
la rusticité ; que toutes ces plantes précoces sont plus
délicates et surtout plus sensibles au froid que ne
sont les anciennes, ce qui, du reste, s'explique faci-
lement par cette raison qu’elles sont presque tou-
Jours en végétation, Ajoutons que cette race se re-
produit de graines:
Note &.— Le fait assez singulier qui se montre
chez certaines variétés de Giroflées Quarantaines, re-
lativement à la couleur de leurs fleurs, semble dé-
montrer que,-dans quelques cas du moins, du
Jaune au blanc il n’y a qu'un pas. En effet on
possède aujourd’hui diverses variétés de Quaran-
taines à fleurs jaunes doubles, et jusqu’à présent
on n’a pas encore eu de Quarantaines à fleurs jaunes
simples. Toutes ces variétés à îleurs jaunes, doubles,
sont produites par des Quarantaines à fleurs simples,
à peu près complélement blanches , si ce n’est
onglet des pétales, qui est d’un blanc verdâtre
ou très-légèrement jaunâtre.
Note 5.-— La couleur blanche semble être le
dernier degré d'atténuation; c’est une sorte d’albi-
nisme, un affaiblissement organique, On part, en
effet, de toutes les autres couleurs pour arriver à
celle-là; mais, lorsqu'on y est arrivé, on n’en sort
en général que difficilement, ce qui, pourtant, ne
veut pas dire qu’on ne peut y parvenir, mais seu-
lement que la chose est relativement rare.
L'observation pratique, en établissant ce fait,
semblerait démontrer que la plupart des plantes à
fleurs blanches sont des provenances de types ana-
logues à fleurs colorées. I1 est, en effet, bien peu
de types qui n’aient pas fourni quelques variétés à
fleurs blanches.
Voici, en général, comment s’effectue la marche
dans l’atténuation des couleurs. Sur une plante à
fleurs unicolores rouges, roses, lilas, etc., on voit
parfois apparaître, dans ces fleurs, de petites stries
ou lisérés blancs. Lorsque ce fait se présente, c’est
un signe à peu près certain que, si ces fleurs
donnaient des graines et qu’on les semäât, on en
obtiendrait des plantes à fleurs complétemeut
blanches, et que, d'autre part encore, lorsque ce
fait se montre sur des plantes très-améliorées par
la culture (très-domestiquées), on peut également
être assuré que non-seulement on obtiendra bientôt
du blanc, mais encore que la race qui la produit
tend à disparaître. Cest ce que nous démontrent
Particulièrement les Reines-Marguerites. Dans ces
dernières la marche d’atténuation chromatique ,
pour arriver au blanc, s'effectue ainsi : partant des
fleurs violet foncé par exemple (ce qui est le cas
le plus fréquent), on remarque que les graines qui
en proviennent donnent principalement des plantes
à fleurs rouges, que celles-ci en donnent soit à
fleurs roses, soit à fleurs lilas où gris de lin, qui,
très-souvent, se reproduisent à peu près identique-
ment pendant plusieurs années. Puis on voit les
fleurs se strier ou se lisérer de blanc, puis la cou-
leur carnée, très-souvent même la blanche, appa-
raît. Quelquefois cependant on passe brusquement
soit de la couleur violette, soit de la couleur rouge
plus ou moins foncé, à la couleur blanche.
Lorsque des stries blanches se montrent sur des
fleurs de végétaux ligneux, il arrige souvent qu’elles
se fixent et donnent lieu à un fait de dichroïsme qui,
stabilisé paï la multiplication, constitue une va-
riété particulière. Le plus grand nombre des Azalées
à fleurs panachées qu'on cultive aujourd’hui, n’a
pas d'autre origine. (Voir à l'énumération des faits de
dimorphisme, page 43.)
Note 6. — Plusieurs fois nous avons fait l’ex-
périence, nous avons transformé à peu près com-
plétement la Pensée des champs (Viola arvensis),
nous en avons, par le seul fait de la culture, telle-
ment modifié les feuilles, les fleurs, en'un mot l’as-
pect général, qu’elle ne différait pour ainsi dire
plus des Pensées cultivées pour l’ornement des jar-
dins. Trois, parfois quatre générations ont suffi
pour obtenir ce résultat, en opérant ainsi que nous
l'avons dit précédemment, c’est-à-dire en choisis-
sant avec soin nos porte-graines, en prenant pour
tels, à chaque génération, les individus les plus
modifiés. :
Note 7. — Les plantes panachées provenant de
graines sont relativement très-rares; en général
aussi elles sont délicates et poussent peu. Lorsque
les panachures sont très-prononcées, il arrive même
fréquemment qu’elles ne peuvent vivre. Il y a pour-
tant à cela quelques exceptions; elles sont fournies
par certains Begonia, par l’Aucuba Japonica, par
le larfugium grande, par le Chardon-Marie, etc.
Ce dernier, si élégamment et si régulièrement mar-
qué de taches blanches, est d’une très-grande vi-
gueur, en même temps qu’il est très-constant dans
sa panachure. On ne connaît même pas de type à
feuilles vertes.
Note 8. — Un fait digne de remarque relative-
ment aux panachures, c’est que, lorsqu'elles se
montrent sur l’écorce, elles portent également sur
les fruits, et dans ce cas il est rare que les feuilles
soient panachées. Nous en avons des exemples dans
les arbres fruitiers à fruits panachés, tels que lA-
manlis panaché, la Duchesse d’Angouléme panachée;
le Saint-Germain panaché, la Culotte de Suisse, la
Bergamotte d'automne, la Madeleine ou Guenette pa-
nachées, etc.,en fournissent d’autres exemples. Nous
connaissons même une variété d’Amnanlis dont l’é-
corce est entièrement jaune, légèrement strié, et dont
les feuilles sont complétement vertes; elle provient
d’un accident.
Note 9. — Les fleurs complétement doubles,
c’est-à-dire pleines, sont rares; on en voit, en effet,
bien peu qui n'aient pas conservé quelques éta-
mines, ou bien un pisiil, ou, tout au moins, des
rudiments de ces organes; et dans ce cas, bien
qu'incomplets ou plus ou moins modifiés, ces or-
ganes ne sont souvent pas tellement transformés
qu'ils ne puissent encore concourir à la féconda-
tion. Mais, lors même que les fleurs sont compléte-
ment pleines, il ne faut pas désespérer d’avoir des
graines; car il arrive parfois que certains individus,
vers la fin de la saison florale, et lorsqu'ils sont
affaiblis par la végétation, produisent des fleurs
semi-pleines qui alors donnent des graines. C'est
pour ces raisons et de cette manière que les Camel-
lia alba plena, incarnala, etc., ont produit des grai-
nes avec lesquelles on a obtenu de très-belles va-
riétés. é
Des effets particuliers de végétation dus à des
circonstances soit locales, soit atmosphériques,
pouvant.aussi déterminer de notables différences
üans la duplicature des fleurs. C’est ainsi que dans
certaines années, nous avons vu le Prunus Sspinosa
flore pleno, dont les fleurs sont ordinairement très-
pleines, se couvrir de fruits qui atteignent toute
leur grosseur.
Note 40.—La duplicature des Soucis, de même
que celle de toutes les plantes du groupe des Com-
posées, telles que Dahlia, Zinnia, Helianthus, Ta-
geiès, Matricaria, Seneçon, Helichrysum , Soleil,
Reines-Marguerites, Chrysanthèmes, etc., etc., n’est
pas due à la transformation des organes sexuels,
mais simplement à la métamorphose des fleurs cen-
trales tubulées en fleurs ligulées pétaloïdes. Aussi
ces fleurs, quoique souvent très-grosses (très-dou-
bles), sont-elles toujours plus ou moins fertiles.
Note 44.— Le Dianthus Sinensis nous fournit
encore un exemple de ce que nous ayons déjà rap-
porté, que, lorsque dans certaines espèces de plantes |
il se montre un individu à fleurs semi-doubles ou |
presque complétement doubles, il ne tarde pas à
“exercer son influence et à déterminer des duplica- |
tures plus où moins nombreuses pour le péu qu'on |
laisse cet individu fleurir près d’autres de la même
espèce, dont les fleurs sont simples. En effet, par-
tout aujourd’hui où l’on cultive l’OEillet de Chine à
fleurs doubles, il est assez rare qu’on trouve le type
à fleurs simples.
L'OŒillet de Poëte et les Pétunias à fleurs doubles
NOTES. 67
nous fournissent aussi un exemple de l'influence
que peut exercer sur ses congénères une plante à
fleurs doubles.
Note 12. — On pourrait admettre, comme une
hypothèse toutefois, que la première cause de du-
plicature résulte d’un trouble apporté dans les fonc-
tions des organes sexuels. Le fait suivant semble le
démontrer.
Eu 1862 nous avons pris comme mère un OËillet
hybride, le Dianthus barbato-superbus, issu du croi-
sement des D. barbatus et D. superbus. Get hy-
bride, dont les tiges florales, peu nombreuses, très-
ramifiées, dressées, et dont les pétales roses sont
profondément fimbriés, a été notre point de départ.
Des graines qu’il nous a données, nous avons obtenu
un certain nombre de plantes dont quelques-unes
avaient conservé le caractère de lhybride, leur
mère; mais les autres, beaucoup plus nombreuses,
étaient à fleurs doubles, et leur faciès était complé-
tement changé. Ces nouveaux produits, par l’en-
semble de leurs caractères, constituaient un type
particulier différent des plantes dont il était issu.
y avait aussi parmi ces plantes des individus très-
ramifiés de la souche, de laquelle partait une très-
grande quantité de tiges florales. Il est à remarquer
que les plantes qui présentaient ce dernier carac-
tère fleurissent beaucoup plus tardivement; certaines
n’épanouissent leurs fleurs que dans la dernière
quinzaine d'août, de sorte qu'avec toutes ces plantes
hybrides on peut obtenir des fleurs pendant plus
de trois mois.
Un fait qui semble justifier l'hypothèse que nous
avons émise en tête de cette note : « Que la pre-
mière cause de duplicature des fleurs pourrait bien
ètre due à wn trouble apporté dans les organes
sexuels »,est fourni par la fécondation, soit des
Dianthus Sinenñsis, soit des Dianthus Hedwigü entra
eux, ou bien avec D. barbatus, fécondation de
laquelle sont sorties plusieurs variétés à fleurs
doubles.
Note 43. — Les Pétunias à fleurs doubles que
l’on cultive actuellement wappartiennent à aucune
des deux: espèces anciennes, (Petunia violacea et
P. nyclaginiflora); ls appartiennent à cette race de
création récente qu’on nomme mnities ou 'à grandes
fleurs, qui s'est montrée spontanément dans les cul-
tures. Toutes les variétés qui en sortent diffèrent
des deux types indiqués ci-dessus par l’ampleur et
par la consistance particulière de leurs feuilles et
de leurs fleurs, par la grosseur de leur tige, qui est
charnue, de même que par leurs feuilles, qui sont
épaisses, comme grasses. C’est en un mot une race
tout à fait différente. Toutes ces plantes ont un as-
pect particulier et un caractère de végétation qui
leur est propre; elles s’allongent moins, sont en
genéral plus délicates et ne vivent pas aussi bien
en pleine terre que les P. violacea et nyctaginiflora.
Note 44%. — Les Fuchia à fleurs doubles,
offrent souvent ce singulier phénomène : qu'ils
présentent des sortes d’intermittences pendant les-
quelles ils donnent des fleurs doubles, et d’autres
pendant lesquelles ils donnent des fleurs semi-
doubles ou même presque simples. Mais, quelle que
soit la duplicature, il est rare qu’elle entraîne la
stérilité. Aussi ces plantes, en général, donnent-
elles beaucoup de graines,
Note 45. — Nous pouvons tout particulière-
ment citer comme exemple d’infertilité plus ou
moins grande, parfois même presque complète, occa-
sionnée par la duplicature des fleurs, les Reines-
Marguerites à fleurs très-grosses, particulièrement
celles dites Pivoines. Dans celles-ci il est rare qu’on
obtienne des graines ailleurs qu’au centre des fleurs,
précisément là où la transformation des fleurs est
moins grande, mais aussi où les organes sexuels
sont moins bien conformés, ce qui explique pourquoi
on obtient peu de graines et pourquoi aussi ces
graines sont si mauvaises. Il faudrait, pour rendre
ces plantes fertiles, couper avec précaution, avec
de petits ciseaux, la plupart des fleurs centrales
(ligules), de manière à dégager les organes sexuels
qui s’y trouvent, et à favoriser ainsi leur rapproche-
ment.
Note 46. — Les monstruosités se reproduisant
par graines, comme cela arrive chez certaines plan-
tes, démontrent, de la manière la plus nette, la vé-
rité de ce que nous avons dit au commencement de
ce livre : « Qu'un végétal est un être très-complexe,
qui non-seulement peut se multiplier, en tant qu’è-
tre, tout en reproduisant ses caractères essentiels,
mais que toutes ses parties, susceptibles d'acquérir
des propriétés spéciales, peuvent aussi, étant mul-
_tipliées à part reproduire à leur tour les particul:-
rités qu'elles présentent.» Le Scolopendrium officinale
monstrosum nous en offre un exemple bien remar-
quable. Cette plante qui, sur un même pied, pré-
sente des parties normales et d’autres qui sont anor-
males ou monstrueuses, peut, suivant qu’on récolte
les sporules (sortes de graines propres aux végétaux
cryptogames) sur les unes ou sur les autres de ces
parties, produire des plantes normales ou des plantes
monstrueuses.
Ce fait des plus importants vaut toute une théo-
rie ; il démontre, lorsqu'il s’agit de végétaux, com
bien il faut apporter de soins dans le choix des
parties qu’on prend pour les multiplier, puisque
de ce choix dépendent les résultats, qui seront bons
où mauvais suivant qu’on aura bien ou mal choisi.
Mais, comme d’une autre part aussi ce choix nous
démontre que dans certaihs cas tout peut devenir
héréditaire (même les monstruosités), il peut expli-
quer la transmission de certaines particularités
soit normales soit anormales, et comment, de
simples accidents peuvent devenir permanents, se
transmettre même et caractériser des races. Les
exemples ne manquent pas dans les végétaux ; ils
abondent dans les animaux.
Note 47.— Si, lorsqu'on cultive soit des Melons,
soit des Concombres de primeur, on pratiquait la
fécondation artificielle aussitôt que les fleurs des
deux sexesapparaissent, on n'aurait pas,comme on l’a
si souvent, l'inconvénient d'être très-longtemps sans
obtenir de fruits ; on en obtiendrait, au contraire, de
très-bonne heure, et assez près du pied, au lieu de
les avoir tardivement, et souvent aussi à lextré-
mité des branches. Il ne peut guère être douteux
non plus qu'en pratiquant la même opération sur
les différents végétaux qu’on force dans le but den
obtenir des fruits on en retirerait de grands avanta-
ges, car si, en général, ils donnent peu de fiuits;
c'est parce que la plupart des fleurs ne sont pas
fécondées.
Note 48. — Les différents états favorables à la
fécondation ne présentent pas toujours les mêmes
caractères physiques externes ; îl est même un cer-
tain nombre de plantes chez lesquelles ces carac-
tères favorables ne peuvent être appréciés à Ja sim-
ple vue et qui présentent des particularités qui
semblent déroger à la loi générale et être en oppo-
sition avec certains principes que nous avons poses,
Tels sont les Noyers, et tout particulièrement les
Noisetiers. Chez ceux-ci, en eflet, les fleurs mâles
apparaissent bien longtemps (quelquefois deux mois)
avant qu’on ne puisse apercevoir les fleurs femelles,
de sorte que lorsque celles-ci apparaissent, celles-là
sont passées il y a déjà longtemps. Malgré cela la
fécondation s'opère très-bien; il ÿ à production de
fruits.
Note 49. — Comme il est toujours très-difficile,
ou plutôt qu’il est impossible, de fixer ladélimitation
d'une espèce, et que par conséquent on ne peut
préciser le dernier point d'analogie entre deux indi-
vidus donnés où la fécondation entre eux cesse
d’être possible, on doit, lorsqu'on a une plante à
féconder et que parmi celles qu'on possède il n'en
est aucune que la science indique comme pouvant
organiquement s’unir à elle, on doit néanmoins,
disons-nous, essayer et choisir, dans ces derniéres,
celle qui paraît avoir le plus d’analogie avec celle
qu’on veut féconder; en un mot, on doit läter. Sou-
vent l'expérience a démontré possibles des faits dont
la science avait douté, qu’elle avait parfois niés.
68 : NOTES.
Si, dans ces circonstances, on doit, sans aucun
doute, s'appuyer sur la science, il ne faut cependant
pas oublier que celle-ci n’est point infaillible, qu’é-
tant le résultat d'observations traduites en règles
elle ne peut être absolument vraie, que la nature,
qui nous montre son travail, nous cache beaucoup
de secrets, secrets que, sans les dévoiler ouverte-
ment, elle laisse parfois entrevoir à ceux qui la cul-
_tiventet vivent avec elle.
On ne peut, du reste, nier que, dans ce qu’on
nomme une espèce, il y a des individus qui ont plus
de tendance à s’unir, entre lesquels il semble qu’il
y a plus de sympathie, pourrait-on presque dire.
Toujours on remarque des affinités dont la science
ne peut rendre compte, qu’elle ne peut que con-
stater.
Après tout, pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Les
végétaux ne sont-ils pas des êtres qui, comme tels,
doivent éprouver une sorte d'attraction ou de répul-
sion en rapport avec leur nature organique intime
que nous ne connaîtrons jamais? N'oublions pas
que, dans cette circonstance peut-être plus que
dans toute autre, la science ne doit intervenir que
Comme un point d'appui, comme une sorte de flam-
beau à la lumière duquel on doit marcher et tâcher
de pénétrer dans ce sanctuaire où les mystères s’en-
chaînent, ou plutôt où tout est mystère !
Mais, d’une autre part, ne peut-il pas se faire que
le climat, les conditions dans lesquelles sont placés
les individus, et surtout les traitements auxquels on
les soumet, puissent modifier les lois d’analogie or-
ganique, et faire que, dans certaines conditions,
telles ou telles alliances soient possibles qui ne
l’étaient pas dans certaines autres (Note 27). C’est là
une hypothèse, sans doute, mais qui pourtant semble
n'avoir rien d’impossible, qui, au contraire, paraît
s’accorder avec certains faits. Nous voyons, en effet,
dans la pratique des grefles, se montrer des faits
Sinon semblables, du moins analogues à ceux que
nous venons de rapporter ; par exemple, que dans
tel pays, parfois même dans telle localité particu-
lière, on peut greffer avec succès telle espèce sur
telle autre, tandis qu'on ne peut le faire dans des
conditions différentes; qu'ici on peut, même avce
avantage, employer tel mode de greffe, lorsque
là ce mode ne réussit pas, ou qu'il ne donne
que de très-mauvais résultats. Ces particularités sont
fréquentes.
Note 20. — I] ne peut y avoir rien d’abcolu
quand il s’agit d'indiquer le moment le plus favora-
ble pour opérer la fécondation des fleurs, ce moment
étant subordonné à la nature et au tempérament
des individus, ainsi qu'aux conditions dans les-
quelles ils sont placés. Ainsi, par exemple, pour les
Yuccas (sous notre climat du moins), l'observation
a démontré que, généralement, les fleurs s’ouvrent
vers le soir, et que le moment le plus favorable
pour en opérer la fécondation est, suivant la tempé-
rature, depuis 5 heures jusqu'à environ 8 heures
du matin. [l est bien entendu, dans cette circon-
Stance, que nous parlons de la floraison qui a lieu
pendant le printemps ou le commencement de l'été.
Pour favoriser la fécondation des Yuccas on se
trouve bien de les fenir à l’eau, c’est-à-dire de bien
tremper la terre dans laquelle ils sont plantés, quel-
que temps avant l'épanouissement des fleurs, et
même de maintenir cette humidité pendant tout le
temps de la grossification des fruits.
Note 21. — En général on se trouve bien,
quelques jours avant de pratiquer la fécondation,
d'activer un peu la végétation de la plante qu’on
veut féconder, d’exciter ses fonctions vitales, ce à
quoi l’on parvient soit à l’aide de copieux arrose-
ments si la plante est vigoureuse, soit, si la plante
est délicate et qu’elle soit en pots, en la plaçant
pendant quelque temps dans une serre dont on
pourra au besoin élever la température. Si, au con-
taire, les plantes étaient en pleine terre et qu’elles
aient à redouter l'humidité, on les garantirait à
l'aide d’abris.
Note 22. — En ce qui a rapport à la vitalité du
pollen, c’est-à-dire au temps pendant lequel il peut
conserver ses propriétés génératrices, on est loin
d'être suffisamment éclairé; on peut, en effet, se
demander si la nature du pollen n’est pas en rap-
port avec la plante sur laquelle il a été recueilli, et
si par conséquent les diverses sortes récoltées sur
des espèces appartenant soit à un même genre, soit
à des genres différents, soit à une même famille,
soit à des familles différentes, 6nt une durée vitale
semblable, ou bien si, sous ce rapport, ils ne pré-
sentent pas de très-grandes différences. Cette der-
nière supposition nous paraît certaine, bien que
jusqu'ici nous ne puissions rien affirmer.
Quoi qu'il en soit, l'exemple suivant démontre
que le pollen de certaines espèces peut conser-
ver pendant longtemps ses facultés fécondantes; ainsi,
du pollen de Ceratozamia Mexicana, récolté de-
puis trois ans, ayant été employé pour féconder les
fleurs femelles d’une autre espèce de Ceralozamia,
a donné de très-bons résultats. Tous les ovules se
sont bien développés; les jeunes plantes qu'ils ont
produites ne laissent rien à désirer. Il nous est ar-
rivé aussi de nous servir de pollen de diverses espè-
ces de Gesnériacées récolté depuis deux ans pour
féconder d’autres espèces de ce même groupe ; le
résultat à également été des plus satisfaisants.
Les résultats obtenus dans ces expériences prou-
vent que le pollen conservé n’avait nullement perdu
de sa vitalité; ils autorisent à croire que celle-ci
n’était même pas affaiblie.
Note 23. — Dans le cas où l’on voudrait tenter
des expériences sur la fécondation des arbres frui-
tiers en vue de modifier les produits, il faudrait
agir diversement et combiner les opérations de ma-
nière à atteindre le but qu’on se propose ; ainsi, si
l’on voulait modifier la forme ou Paspect tout en
conservant la qualité des fruits, il faudrait prendre
du pollen sur les fleurs d’une variété dont les fruits
soient très-beaux (lors même qu'ils seraient d’une
qualité inférieure), sur la Belle Angevine, par exem-
ple, et le porter sur le stigmate des fleurs d’une va-
riété dont les fruits pourraient même être petits,
pourvu qu’ils fussent de bonne qualité. On pourrait
aussi, afin de multiplier les chances, faire en même
temps l'opération inverse, c’est-à-dire prendre du
pollen sur les fleurs de la variété dont les fruits.
sont de bonne qualité et le porter sur le stigmate
des fleurs de la variété dont les fruits n’ont guère
d'autre mérite que d’être beaux et gros. Il est sou-
vent bon de faire le croisement d’une manière in-
verse, paree que l'expérience a démontré que dans
certains cas une plante pouvait en féconder une
autre, mais qu’elle ne pouvait pas être fécondce
par elle, ef vice versa. (Noir, page 29, l'observation
relative aux croisements.) Peut-être aussi qu’en
prenant du pollen sur les fleurs de variétés soit
hâtives, soit tardives, et en appliquant sur les
fleurs de variétés qui présentent des qualités con-
traires, on arriverait à modifier les époques de ma-
turité par exemple, à reporter sur des variétés
tardives les qualités que présentent certaines varié-
tés hâtives. Tout ceci n’a rien d'improbable, au
contraire; aussi engageons-nous fortement tous
ceux qui s'intéressent à ces sortes de questions, à
tenter des expériences dans ce sens.
Note 2%. — Une comparaison que nous croyons
devoir faire quoiqu’elle soit bien triviale, parce
qu’elle rend bien notre pensée, est la suivante : sup-
posons qu'une paysanne très-vigoureuse et forte
mais mal vélue soit unie à un homme très-bien
couvert, à ce qu’on nomme un dandy, d’un tempéram-
ment délicat et faible. Les enfants qui naîtraient de
ce rapprochement, d’après notre théorie (et en
écartant toute comparaison analogique, bien en-
tendu), devraient avoir un extérieur (un facies),
sinon très-beau mais au moins convenable, ct de
plus, être vigoureux et robustes.
Note 25. — Longtemps avant cette époque,
c’est-à-dire avant 1854, on avait opéré des croi-
sements entre les Gladiolus ramosus, cardinalis,
floribundus,
NOTES. 69
etc., croisements desquels étaient
sorties des variétés très-remarquables par la gran-
deur, par la forme et par le coloris des fleurs ;
- mais aucune de ces variétés n’était modifiée sous
- le rapport du tempérament ; toutes étaient sensibles
au froid, — ce qui devait être, — les deux parents
présentant ce caractère.
Note 26.— On pourrait, de ces faits et de beau-
coup d’autres analogues que nous pourrions citer,
tirer cette conclusion que plus une plante est flori-
bonde, plus elle est délicate (relativement, bien en-
tendu) et que la floribondité est le fait d’une modi-
fication organique qui tend à affaiblir letempérament;
en d’autres termes, que la floribondité s'exerce aux
dépens de la rusticité. On en a unexemple dans les
Chrysanthêmes de Chine précoces. (Note 3.)
Note 27. — Nous pourrions, à l'appui des mo-
- difications de tempérament des végétaux déterminées
par le croisement, citer le fait d’accouplement de
l’ânesse avec le cheval ou celui de l’âne avec la ju-
ment. Si l’on nous objectait que pour obtenir, ce
résultat, et pour faciliter cesrapprochements, on est
obligé de soumettre les individus qu’on veut faire
unir à un traitement particulier qui modifie leur
tempérament, nous répondrions que c’est précisé-
ment le cas dans lequel se trouvent les végétaux
d'ornement, et que, par suite des traitements aux-
quels on les soumet, de la nourriture abondante,
substantielle et variée, qu’on leur donrie, ainsi que
des conditions toutes spéciales dans lesquelles on
les place, on est arrivé à modifier très-notablement
leur nature intime, ce qui par suite peut les ame-
ner à s'unir à d’autres végétaux qui ont des carac-
tères et un tempérament particuliers différents des
leurs, et avec lesquels, primitivement, il n’y aurait
pas eu de rapprochement possible. On remarque,
en effet, en général que les plantes s’hybrident
d'autant plus difficilement qu’elles sont moins do-
mestiquées et surtout qu’elles sont représentées par
un plus petit uombre d'individus. On remarque très-
souvent aussi que les individus qui naissent de ces
fécondations paraissent non-seulement très-disposés
à s’allier à d’autres qui ne pouvaient s’unir avec
. ceux dont ils proviennent. Il semble que les en-
fants soient destinés à resserrer les liens et à com-
bler les lacunes laissées par leurs parents. Métapho-
riquement, on pourrait dire que les parents étaient
ennemis mais que les enfants sont amis.
L'état de domesticité, disons nous, peut, sinon
intervertir les gouts et les attractions naturelles
mais il peut les modifier par suite du changement de
vie et d'habitude que contractent les êtres soumis
à ce régime de sequestration, et, par suite, rendre
possible des rapprochements jusqu’à les regardés
comme impossibles. Par exemple il est douteux que
le Tigre et le Lion s’unissent à l’état de liberté; à
Pétat domestique le fait a eu lieu plusieurs fois.
Ainsi, à Nancy en 1841 un Lion et une Tigresse se
sont accouplés; ce n’était pas la première fois
- puisqu'ils avaient déjà produits : leurs petits étaient
auprès d'eux, déjà forts. Que sont-ils devenus ? -
Il en est à peu près de mème des Poules com-
munes et des Faisans comme du tigre et du lion;
on peut douter qu’a l’état de liberté, ils s'unissent.
À l’état de domesticité le fait est certain; nous en
connaissons de très-beauxet de nombreux exemples.
Dans cette circonstance nous avons pu aussi cons-
tater que la théorie que nous avons émise de l’in-
fluence particulière des sexes, s’est réalisée. Les in-
dividus issus de ce rapprochement, sont très-
allongés, élancés, et d’une forme qui rappelle com-
plétement celle des faisans, qui étaient les pères,
mais en même temps ils sont beaucoup plus rus-
tiques, d’un tempéramment beaucoup plus robuste
que ne sont les Faisans; ils sont aussi beaucoup
plus faciles à élever. Tous ces avantages ils les te-
naient des Poules, leurs mères. Quant à la chair,
celle était à peu près celle ‘du Faisan. Qu’y aurait-il
donc d’étonnantque, unis à d’autres racesces sortes
de méti$puissentleur communiqner certaines qualités
ou en recevoir d'elles certaines autres, d’ou naîtraient
de nouvelles séries d'individus ?
Note 28. — Pour arriver à créer des races par-
ticulières à l’aide de lhybridation il faut tâcher
d’affaiblir, d'annuler, autant qu’on le peut, la force
d'atavisme des deux types que l’on hybride. On à
chance d’y parvenir en fécondant les enfants d’hy-
brides par des espèces autres que celles dont ils
proviennent, ou bien en recourant de temps à
autre à celui des deux types qui semble perdre
en importance, de manière à rétablir l'équilibre
mixte que l’on tient à conserver.
Si les exemples des races mixles, c’est-à-dire de
races obtenues en fécondant l’un par l’autre deux
types spécifiques, ne sont pas encore bien connus,
on ne peutguère douter qu’il y en ait; on en recon-
naîtra, on en créera même, lorsque, observant avec
attention la vie des êtres. on connaîtra mieux leur
tempérament, leurs sympathies osons-nous dire, et
qu’alors on saisira le moment où l'attraction l’em-
porte sur la répulsion, ou bien que par des traite-
ments particuliers on affaiblira celle-ci au profit de
celle-là. 1 (Voirla note précédente),
Note 29.— On doit comprendre que, pour que
des changements aussiconsidérables dans le dévelop-
pement des organes sexuels puissent se pro-
duire, il faut que la température sous laquelle ils
s’exercent se maintienne à un certain degré pen-
dant quelque jours, afin que le travail organique se
fasse, que les tissus se distendent et se modifient,
toutes choses qui ne peuvent s’accomplir lorsque la
température est très-variable; car dans ce cas le dé-
veloppement, au lieu d’être uniforme et progressif,
est irrégulier, de sorte que les modifications sou-
mises à cette variabilité ne présentent rien de
constant dans leur apparition.
Note 30.— Rien, si ce n’est l'expérience, n’in-
dique si telle ou telle plante est facile à s’hybrider
avec telle ou telle autre ; sous ce rapport on voit
parfois, dans une même famille, des différences
considérables. Nous en citerons deux exemples pris
parmi les Cucurbitacées et les Crucifères. Ainsi les
Melons etles Concombres, si voisins l’un de l’autre
par leurs caractères, ne s’hybrident pas, tandis que
les diverses races de ces plantes, si différentes
parfois l’une de l’autre, se fécondent avec la plus
grande facilité, Il en est absolument de même des
Courges, des Choux, des Navets.
Les Giroflées dites Quarantaines, Cocardeaux,
etc., bien qu’appartenant à cette même famille des
Crucifères, ne se fécondent pas ou ne se fécondent
que très-rarement entre elles ; aussi peut-on cul-
tiver près l’une de l'autre les diverses races ou
_Sous-races de ces plantes, sans qu’elles éprouvent
de ce contact aucune modification.
A côté de cela nous voyons dans d’autres familles
des variétés très-constantes dans leur reproduction,
et cela quelles que soient les conditions dans
lesquelles elles sont placées. Ainsi, parmi les plantes
de la famille des Rosacées, dont les fleurs sont si
abondamment pourvues d'organes sexuels, nous
trouvons des faits de fixité, de ténacité, on pourrait
“dire, des plus étonnants : chez les Péchers, par
exemple. Ainsi les Pêchers à chair et à fruits blancs,
bien que cultivés au milieu de variétés qui fleurissent
à la même époque, dont les fleurs roses et même
rouge foncé, sont suivies de fruits de couleur et de
nature si variées, ne varient ni par leurs fleurs ni
par leurs fruits, de sorte que, lorsqu'on sème leurs
noyaux, on obtient à peu près les mêmes variétés.
Il en est absolument de même du Pécher nain
et du Pécher pleureur; ïls se reproduisent de
noyaux jusque dans leurs moindres caractères.
Note 31. — La nature du sol, celle du climat,
et surtout celle du milieu dans lesquels sont placés
les porte-graines, exercent sur le produit de ceux-ci
une influence souvent considérable. Ainsi, dans
certains terrains riches et substantiels, Ja où les
plantes sont très-vigoureuses, on remarque, pour
certaines espèces qu’on y cultive, que les graines
4 Nous avons dans le Chabin (hybride de la Chèvre et du
Mouton) l’exemple d’une race mixte fertile.
ne
oo
70
qu’elles produisent ne donnent en général que des
individus à fleurs simples, tandis que d’autres
plantes de cette même espèce cultivées en pots ne pro-
duisent presque que des individus à fleurs doubles.
C’est un fait que, dans quelques endroits, on met
\ à profit pour certaines espèces de plantes, notamment
pour les Giroflées-Quarantaines. Pour celles-ci, on
| remarque parfois que, dans des conditions iden-
| tiques, les mêmes variétés cultivées en pots pro-
| duisent des graines qui, semées, dofnent presque
| toutes plantes à fleurs doubles, tandis que cultivées
| en pleine terre les graines qu’elles produisent ne
| donnent que des individus à fleurs simples.
Note 32.— Les faits de dégénérescence du Pé-
largonium Reine des fantaisies et du P. Reine Hor-
tense présentent, dans la manière dont ils se compor-
tent, une marche tout à fait opposée et donnent lieu
à un phénomène entièrement inverse. Ainsi, tandis
que chez le premier les fleurs diminuent de gran-
deur tout en se régularisant et que leur couleur
change, chez le deuxième (P. Reine Hortense) les
fleurs deviennent au contraire irrégulières, et les
pétales, au lieu de rester entiers se découpent très-
‘profondément (se lacinient). De plus ces fleurs de-
viennent monstrueuses ; le nombre des pièces du
calice et de la corolle, au lieu d’être de cing, est de
Si. À
Une chose que nous devons encore faire remar-
\ quer relativement à cette dernière variété, c’est la
promptitude avec laquelle Ia transformation s’est
l’opérée. Comme exemple de cette proraptitude nous
pourrions citer un cultivateur des plus habiles qui,
sachant que cette variété était très-avantageuse pour
le commerce, en fit en 1863 un très-grand nombrede
boutures, qui, bien que prises sur des individus qui
paraissaienttrès-francs, n’en présentèrent pas moins,
lorsqu'elles fleurirent l’année suivante, les carac-
tères de dégénérescence que nous avons indiqués
ci-dessus. : :
Les exemples de dégénérescence ou de modifi-
cations que nous venons de rappeler, de même que
tant d’autres analogues que nous pourrions faire
connaître, ne suivent pas une marche uniforme;
mon-seulement ils peuvent se manifester chez un
cultivateur bien longtemps auparavant que de se
| montrer chez un autre, mais ils peuvent présenter
|! entre eux des différences et des variations plus ou
{}moins grandes, en rapport avec les conditions dans
lesquelles elles se montrent : ici d'une mauiére, là
| | d’une autre, ailleurs encore d’une autre.
Note 33.— On ne saurait trop se bien pénétrer
de cette idée que chaque plante, chaque graine (on
pourrait peut-être dire chaque œil),quelque semblable
qu’ellesoit avec une autre,n’en n’est pas Moins orga-
niquement distincte; c'est une individualité qui
présente des qualités particulières, des caractères qui
lui sont propres. Mais, ces qualités étant organiques,
rien parfois ne les indique; elles ressortent de
l'expérience ; d’où il suit que, lorsqu'on a fait un se-
mis, si l’on a beaucoup de terrain, ilne faut pas se
presser de jeter les individus qui en proviennent ;
car parmi ceux-ci il peut s’en trouver qui, comme
on dit dans la pratique, aient de l'avenir, soit par
eux-mêmes, soit comme mères, et qui pourraient par
la suite, produire des plantes très-intéressantes à
divers points de vue. Le Dianthus barbato-superbus
(note 12) nous en offre un exemple bien remar-
quable. :
Cette plante, qui, lors de l’épure, avait été arra-
chée et jetée comme n'étant pas franche (elle avait
joué avec des OEillets de Poëte), ramassée, plantée et
soignée par nous, nous à donné les résultats remar-
quables que nous avons rapportés dans la’note 12.
Deux faits, sinon semblables, du moins analogues
aux précédents, qui nous sont particuliers, sont les
suivants. En 41847, ayant récolté des graines sur
deux pieds de Balsamine Camellia à fleurs doubles,
ponctuées et en apparence tout à fait identiques,
nous avons semé ces graines à part. De chacun des
lots nous avons choisi 120 plantes qui nous ont
donné: le n° 1,13 Balsamines ponctuées à peinesemi-
NOTES.
doubles ; toutes les autres étaient à fleurs simples
de diverses couleurs. Dans les 120 plantes du lot no 2,
95 donnèrent des fleurs ponctuées, très-pleines,
17 furent à fleurs semi-doubles également ponc-
tuées, les autres étaient à fleurs simples de couleurs
diverses. Une expérience de même nature que nous
fimes sur 2 pieds d’une variété de Quarantaines
nous donna des résultats encore plus remarquables :
85 plantes provenant de l’un des pieds furent toutes
à fleurs très-doubles, tandis qu'un même nombre
de pieds provenant de l’autre plante, qui avait été
cultivée dans des conditions tout à fait semblables
à la précédente, dont elle ne différait pas, ne don-
nèrent que des fleurs simples.
Note 34.—Ilne faudrait pas croire que tous les
Rosiers mousseux qu’on rencontre aujourd’hui dans
lc commerce sont le résultat d'accidents. La plus
grande partie, au contraire, provient de graines.
C’est une race qui tend à se eréer, et déjà des
graines qu'on recueille sur les Rosiers Mousseux on:
obtient, lorsqu'on les sème, un certain nombre din-
dividus qui ont conservé les caractères généraux,
des plantes dont ils proviennent ; ils sont plus ou;
moins mousseux. Constatons toutefois que ce carac<
tère mousseux n’est particulier à aucune section
de Rosiers et qu’on le retrouve au contraire à peu près
dans toutes ; en effet, les Cent-Feuilles, les Quatre-
Saisons, les Hybrides remontants, etc, en fournis-
sent des exemples.
Le fait de la reproduction de la mousse des
Rosiers à l’aide de graines,prouve une fois de plus,
ainsi que nous l’avons déjà dit plusieurs fois , que
tout, dans un végétal, tend à se reproduire, et que
les particularités, les propriétés, les monstruosités
même peuvent devenir héréditaires (note 16).
Note 35. — Le Rosier Mousseuse Zoé est un des
accidents les plus remarquables qu’ait produits le
Rosier Cent-Feuilles ordinaire. Cette variété, au
lieu d’être mousseuse soit sur le pédoncule, soit
sur les feuilles calicinales, ainsi que sont la plu-
part des autres variétés de ce groupe, est mous-
seuse sur toutes ses parties, d’où sa qualification
de: Mousseuse partout.
L'accident Moussèuse Zoé s’est reproduit de nou-
veau l’année dernière (1864), chez M. Jamain, horti-
culteur, rue de la Glacière, à Paris, où nous avons
pu en suivre le développement. Ce que nous avons
pu constater aussi chez cet horticulteur, c’est que,
dans deux planches plantées en Rosiers mousseux
ordinaires, indépendamment de l'accident Mousseuse
Zoé, il y avait plusieurs pieds qui tendaïent égale-
ment à se modifier, quelques-uns par leurs feuilles,
d’autres par leurs fleurs.
Note 36.—- Il arrive parfois que le Rosier Pana-
chée d’Urléans donne des rameaux gros, vigoureux,
assez fortement épineux, un peu moins pourtant que
ceux du R. Baronne Prévost, dont il sort; ses fleurs
aussi, bien que ressemblant beaucoup à celles de ce
dernier, en différent néanmoins. C’est encore un
intermédiaire produit par le seul fait de la végé-
tation.
Note 37.— Dans toutes ces circonstances, il ne
faut pas oublier que toutes les plantes ne sont pas
également modifiables, et que les conditions dans
lesquelles elles sont placées exercent sur elles des
influences très-diverses. Aïnsi, tandis que dans
certains sols et sur la même variété, les modifications
sont à peine sensibles, dans d’autres au contraire
elles sont considérables. Quelquefois ces faits se
montrent dans le même terrain et dans des condi-
tions identiques, de sorte que, dans deux planches
contiguës plantées avec la même variété de plante
il pourra se faire que l'une présente de nombreux
accidents, tandis que l’autre n’en présentera pas
un seul. D'où il résulte que, de ce que sur certaines
plantes qu’on cultive on n’obtient pas de modifica-
tions on n’est pasen droit d'en conclure que ces
modifications sont ‘impossibles. Tous ces faits sont
complexes, et dépendent de causes qui nous sont
inconnues.
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NOTES. 74
Il en est de même des quantités: ainsi, dans cer-
tains cas, on pourra parfois, a’un très-petit nombre
de plantes, obtenir des modifications ou des trans-
formations relativement considérables, tandis que
dans d’autres, et sur des milliers d'individus, on
pourra n’obtenir aucun changement appréciable.
Tous ces faits démontrent, ainsi que nons l’avons
déjà dit (note 33), que chaque graine est une in-
dividualité particulière, qui, bien que provenant des
mêmes parents que d’autres avec lesquelles elle
était, peut présenter des caractères différents, non-
eulement de celles-ci, mais même de leur mère
commune. Elle est parente, à des degrés plus ou
moins rapprochés, mais elle n’est pas eux.
Mais, d’une autre part, qu’arriverait-il si chacun
ne croyait que ce qu'il a constaté? Qu’on pourrait
nier à peu près tout, car, ce qu’on à vu, un autre
ne l’a parfois jamais observé, et certains faits très-
communs pour l’un sont souvent complétement in-
connus à d’autres. Ainsi, par exemple, le Podoearpus
Koraiana, produisant des branches verticillées et
des feuilles distiques, est un fait que peut-être seul,
jusqu’à ce jour, nous avons constaté. Malgré cela
on ne peut le nier. Ilen est de même de beaucoup
d’autres accidents ; ainsi , il est tel Rosiériste qui a
cultivé par milliers des Rosiers Baronne Prévost
sans jamais avoir remarqué la moindre variation ;
pourtant il n’est pas en droit de nier que certains
de ses confrères ont obtenu de ce Rosier quelques
accidents, Ce que nons avons dit du P. Koraiana,.
ce que nous disons des Rosiers, nous pouvons le dire
d’un trés-grand nombre de végétaux, soit ligneux, soit
herbacés, ce qui, du reste, ressort clairement de
Fénoncé des faits de dimorphisme dont nous don-
nons l’'énumération. Ceux-ci, pour la plupart, sor-
tent de plantes cultivées en grande quantité par
beaucoup d’horticulteurs qui n’ont jamais eu l’occa-
sion de les remarquer. Pourtant ils ne peuvent les
nier. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est de dire qu’ils
n'ont jamais vu ces faits.
Note 38. — Four expliquer toutes ces variations,
on a cherchc à faire rentrer le phénomène qui les pro-
duit dans la formule ordinaire, qui, si elle n’explique
rien, à au moins cet avantage qu’elle tient lieu de
toute explication; on a dit, par exemple, qu’elles
sont dues à des fécondations faites entre diverses
variétés. Mais il suffit d’y réfléchir pour se con-
vaincre que cette hypothèse est tout à fait gratuite;
car, une tige de Haricot étant le fait d’un seul ovule,
dès l’instant où elle produit des fruits de forme,
de couleur et de qualités diverses, et de plus que
cette tige est volubile bien qu’elle provienne d’une
plante non volubile, il faudrait admettre que cet
ovule a été tout à la fois fecondé par plusieurs
grains de pollen appartenant à des variétés très-
diverses, qui présentent des qualités et des carac-
tères les plus opposés. Mais encore ici le fait n’est
“guère admissible, car dans les Haricots de même
que dans la plupart des légumineuses la fécondation
directe (voir pag. 19), seule, est à peu près possible
(Il est même plus que probable que la fécondation est
anteflorale.)
— Pour vouloir expliquer un phénomène inexplica-
ble on est obligé d'admettre comme vraies des hypo-
thèses que la raison condamne, et qui sont en
même temps contraires à certaines lois scientfi-
ques admises.
Note 39.— Les faits, soit de dimorphisme, soit
de dichroïsme, que présentent les Pommes de terre
nous démontrent que leur cause d’apparitiôn n’est
pas due, ainsi qu'on le croit généralement à des
croisements, c’est-à-dire aux fécondations des fleurs,
puisque la fécondation ne peut agir que sur les
graines, et que ce n’est que très-rarement et pour
ainsi dire exceptionnellement qu'on multiplie les
Pommes de terre par ce procédé, bien que ce soit
par centaines qu’on compte les variétés, Mais il ya
plus, et il arrive parfois que les rameaux aériens,
lorsqu'on les bouture, produisent des variétés diflé-
rentes de celles de pieds dont ils proviennent. Du
reste les variétés nombreuses de certaines plantes
qu'on cultive, provenant d'espèces qui ne donnent
jamais de graines prouvent, surabondamment que,
en dehors de la fécondation, il y à d’autres causes
qui poussent à la diversité.
Note 40. — On nomme broussin la réunion de
nombreux petits bourgeons qui naissent soit sur
des tiges, soit sur de grosses branches d’arbres où
ils constituent des aggloméra tions parfois considéra
bles que de loin on pourrait prendre pour des Guis.
Ces productions, qui prennent rarement un grand
développement, conservent leurs caractères particu-
hiers, de sorte que, si on les multiplie, elles forment
des plantes buissonneuses, souvent très-différentes
de celles sur lesquelles elles se sont montrées. Dans
certains cas, cependant ces plantes peuvent acqué-
rir de plus grandes dimensions, et. bien qu’en con-
servant leurs caractères particuliers et constituant
des formes bien distinctes, elles peuvent, par leurs
propriétés spéciales, rendre d'importants services.
Note #1.— Bien que, à l'exemple detous les bota-
nistes, nous considérions ici le Robinia hispida
comme type, nous n’oserions garantir que c’est uue
espèce ; nous pensons même le contraire, Nous
appuyons nos doutes, d’abord sur ce fait que nulle
part on ne la encore rencontré, si ce n’est cultivé,
et, d’une autre part encore, que, partout en Europe,
où cette plante est très-fréquemment cultivée pour
Pornement, de même qu'en Amérique où elle est
très-employée au même usage, elle ne donne jamais
de graines.
Note 42. — Nous pouvons, afin de nous repré-
senter le double effet (l'effet lent et l'effet brusque)
sous lequel se montre le dimorphisme, supposer
une horloge à secondes dont on ne verrait que le
cadran. Dans ce cas l'effet continu, mais lent,nous
serait représenté par le balancier, qui, bien que-
nous ne le voyions pas,ne s’arrête cependant ja-
mais, et l'effet brusque ou intermittent, par cha-
que saut que feraient les aiguilles, saut qui est
la résultante d’une action incessante tellement
lente, qu’elle n’est point appréciable à nos sens,
et qui ne se manifeste d’une manière sensible
que lorsqu'il y a une certainequantité de force
acumulée. ;
Note 43. — Cette hypothèse, loin d’être con-
traire aux règles soit de la physiologie, soit de
la pratique, ÿ est conforme; elle s'appuie sur
ce fait que, aucune partie d’un végétal quelconque
ne pouvant être exactement semblable à aucune
autre, mais que possédant, au contraire, ses pro
priétés particulières, il peut en résulter que, bien
qu'on ait pris, soit des boutures, soit des greffons
sur un même individu, on pourra parfois, de ces
parties, obtenir des individus qui présenteront
des caractères différents de celui dont ils sortent
(Le Cerisier anglais et certains autres arbres
fruitiers dont nous avons parlé en fournissent des
exemples). Nous ne sommes même pas éloigné de
croire qu'un certain nombre de nos variétés d'arbres
fruitiers n’ont pas d'autre origine; cela paraît d’au-
tant plus probable que jamais, ou presque jamais, on
ne conserve les arbres types; que presque toujours,
au contraire, on prend les parties à multiplier sur
des individus de %, de 8° génération, 1 parfois
même plus, qui ont été placés dans des milieux
très-différents, où, à leur tour, ils ont pu acquérir
des qualités spéciales. Or, comme nous savons
que toutes les propriétés que possède un végétal
sont susceptibles de pouvoir se transmettre, il peut
en résulter qu’au bout d’un certain temps on puisse
parfois trouver sous un même nom des arbres
fruitiers différant les uns des autres, bien qu'origi-
nairement ils proviennent d’un même arbre. Pour
le Pêcher le fait ne nous paraît pas douteux. Nous
pourrions même l’appuyer par des exemples. Ainsi,
cette année, sur un Pêcher à grandes fleurs roses
4 Le mot génération dont nous nous servons ici doit
être pris comme indiquant un sujet ou une série de sujets
provenant d’une partie qui avait été prise sur un individu qui
lui-même provenait d’un autre que le pied mère, Pour nous
faire comprendre, supposons une plante-mère À de laquelle
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72 NOTES.
très-foncé, nous avons trouvé des fleurs rose”carné
très pâles et d’autres presque blanches. Sur le même
arbre il Y avait aussi des branches dont toutes les
fleurs étaient mouchetées absolument comme le sont
celles de la variété de Rosier qu’on nomme Reine
à fleurs panachées. |
Si l’on réfléchit, qu'une modificatien externe est
toujours la conséquence d’une modification interne,
et que d’autre part, chaque œil, chaque bourgeon
peut être considéré comme un végétal qui a ses
caractères propres, on, comprendra facilement come,
ment, dans certains cas, en prenant des bour-
geons sur un même arbre on peut obtenir des ré-
sultats différents. Le.
Toutes ces modifications, parfois si. profondes,
qui se montrent sur des végétaux qui ont été pro-
duits par bouture, par couchage, par greffe, etc.,
en un mot par division de leurs parties, démontrent
de la manière la plus nette que l’idée qu’on à géné-
ralement que, par ces procédés, on multiplie indé-
finiment le même individu avec ses particularités,
n’est vraie, non plus, que relativement, et qu’en
ceci comme en toute autre chose la nature ne se
prête pas servilement à nos combinaisons pour justi-
fier nos théories. Si parfois nous le croyons, c’est
parce que nous ne voyons jamais au delà d’un cer-
tain horizon qui limite et indique la mesure de
nos connaissances, parfois même celle de notre in-
térèt, mais presque toujours celle de notre amour-
propre.
Note 44%. — Comme preuve de ce fait, que
les plantes peuvent conserver, acquérir ou même
perdre certaines propriétés particulières en rapport
avec le milieu dans lequel elles vivent, nous pou-
vons citer d’abord l’Epine-Vinette à feuilles pourpres,
qui dans les terres fortes, argileuses, là surtout où
l'air est vif, conserve ses feuilles rouge foncé et se
reproduit à peu près telle par ses graines, tandis
q'uà Paris, au Muséum, par exemple. dans des ter-
on a détaché une branche avec laquelle on a fait un individu
B; c'est la première génération. Si nous supposons encore que
de ce dernier on a pris une branche dont on a fait un indi-
vidu C, nous aurons, dans celui-ci, un exemple de deuxième
génération,
rains Calcaires et secs, non-seulement cette variété
ne se reproduit pas par graines, mais elle en
conserve même pas ses caractères; la couleur
rouge va Constamment en diminuant de sorte, qu’en
quelques années cette plante a repris les carac-
tères du type ; elle est revenue à feuilles vertes.
.Nous pourrions encore, à l'appui de notre dire:
citer la plupart de nos plantes potagères dont il
faut renouveler si souvent les graines, en les ti-
rant des localités ou elles conservent les qualités qui
les font rechercher. |
Le Hêtre à feuilles pourpres présente, au point.
de vue de Sa multiplication par graines, un fait ana-
logue à celui que nous venons de rapporter. Ainsi,
à Ris-Orangis, où cette variété vient pourtant très-
bien, où ses feuilles sont d’un pourpre très-foncé,
presque noir, les graines qu’on y récolte ne don-
nent néanmoins que très-rarement et pour aïnsi
dire exceptionnellement (parfois 4 à 8 pour 100} |
de plantes à feuilles pourpres, tandisque les graines. |
de cette même variété récoltées dans différents:
endroîts, notamment à Mortefontaine, donnent
50, parfois 75 pour 100 d'individus à feuilles.
pourpres.
Note 45. — Nous avons dit ailleurs (Note 1),
que les faits soit de dimorphisme, soit de dichroïsme:
pourraient être partagés en deux catégories : ceux qui
se manifestestent brusquement et ceux dont l’appa-
rition est lente. Le Viola Rothomagensis pallidæ
rentre dans cette dernière catégorie, Voici le fait:
En 1863 nous avons fait venir des coteaux de
Vernon, un certain nombre de pieds de Viola Rotho-
magensis. Plantés au Muséum ils conservèrent à peu
près tous leurs caractères sauf toutefois la villosité
qui disparut en grande partie dès la première année.
Pendant cette année 1863 et toute l’année 1864,
ils donnèrent abondamment des fleurs bleues. Dans
l'hiver de 4864 à 1865 tous les pieds, excepté un,
périrent, le pied qui resta, au lieu de se couvrir
de fleurs d’un beau bleu ainsi qu'il avait fait
les deux années précédentes, produisit des fleurs
presque blanches. Cette couleur se maïntiendra-
t-elle? Ily aura-til formation d’une race jardi-
nique? C’est ce que l'avenir nous apprendra.
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